Au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, on reconnaît qu’il y a un «retard» au niveau de l’implantation d’un réseau Internet sans-fil accessible dans les établissements de la région.

Le Wi-Fi, une denrée rare pour les patients de l'Outaouais

Si le Wi-Fi commence de plus en plus à faire son entrée dans les établissements de santé du Québec, à peine un seul des six hôpitaux de l’Outaouais offre présentement un accès élargi et gratuit à un réseau Internet sans-fil.

Une vérification effectuée par Le Droit auprès du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) a permis de constater que seul l’Hôpital du Pontiac, situé à Shawville, offre gratuitement un accès élargi à un réseau Internet sans-fil à l’intérieur de ses installations.

Pour les centres hospitaliers de Gatineau et Hull, les patients séjournant dans ces établissements peuvent louer un terminal de chevet donnant accès à la télévision câblée et à une interface permettant de naviguer sur Internet, mais il ne s’agit pas d’une borne sans-fil sur laquelle on peut brancher sa tablette, par exemple. Les visiteurs munis d’un téléphone intelligent qui circulent ou dorment entre les murs des hôpitaux de Papineau, Maniwaki et Wakefield doivent pour leur part utiliser leur bande passante personnelle en cas de besoin puisqu’aucun Wi-Fi n’est disponible dans ces édifices.

Au CISSSO, on reconnaît qu’il y a un « retard » au niveau de l’implantation d’un réseau Internet sans-fil accessible dans les établissements de la région. Le sujet figure sur la liste de chantiers, note l’une des porte-parole de l’organisation, Patricia Rhéaume, mais impossible de dire à quel moment il sera possible de brancher son téléphone intelligent ou sa tablette à un réseau gratuit dans l’ensemble des hôpitaux de l’Outaouais.

« Il est trop tôt pour parler de délais dans ce dossier, mais des actions sont prévues à court terme en ce qui a trait à la planification de l’implantation du Wi-Fi », affirme Mme Rhéaume.

« Notre mission première est de soigner des gens, mais on veut aussi qu’ils aient une bonne expérience “patient”. Ce sont des projets qui se travaillent beaucoup en partenariat, entre autres avec les fondations. On en discute beaucoup et on regarde les options qui peuvent s’offrir à nous. Nous sommes pas mal là-dedans en ce moment », ajoute-t-elle.

Le modèle de Gatineau et Hull

Si l’Hôpital du Pontiac fait bande à part avec son réseau sans-fil universalisé, c’est la Fondation Santé Gatineau (FSG) qui agit comme intermédiaire dans l’offre de services des terminaux de divertissement disponibles dans les centres hospitaliers de Gatineau et Hull.

Depuis 2013, les patients alités dans ces édifices peuvent louer un moniteur de chevet offrant la télévision et la navigation sur Internet, mais la facture pour pouvoir bénéficier de l’appareil n’est pas à la portée de tous. À titre d’exemple, la location du terminal est de 14,75 $ par jour, à l’Hôpital de Gatineau. Un patient peut notamment opter pour un forfait 20 jours à 147,50 $, ce qui lui donne 10 jours offerts gratuitement.

Certaines exceptions s’appliquent. Les usagers du département de pédiatrie, à Gatineau, ont accès au service sans avoir à défrayer un sou. Les personnes fréquentant les aires communes et certaines autres unités des lieux sont aussi exemptées de frais.

Extenway Solutions, qui avait implanté cette technologie dans les deux établissements en 2013, après avoir remporté un appel d’offres à l’époque, a déclaré faillite en 2016. Depuis, le plus gros fournisseur de terminaux de chevets au Canada, HealthHub, a racheté le contrat tel quel, confirme le directeur général de la FSG, Jean Pigeon. « Leur offre à eux, c’était qu’une fois l’amortissement des équipements payé, une ristourne de 15 % des revenus nets devait revenir à la Fondation. On pouvait faire le projet à coût nul et eux prenaient tout le risque. Par la suite, une fois les équipements payés, sur un contrat de 10 ans, on prévoyait recevoir des revenus à réinvestir dans le système de santé », explique M. Pigeon.

Ce n’est finalement que depuis janvier dernier que la FSG a commencé à récolter des dividendes en lien avec cette entente. « On estime probablement à 10 000 $ de ristournes qui nous seront remis pour cette année », note M. Pigeon.

Le directeur général de la FSG reconnaît que les coûts associés à la location de l’appareil par les patients peuvent paraître exorbitants, mais c’est le prix à payer, dit-il, rappelant que les budgets accordés aux établissements de santé ne contiennent pas d’argent pour le divertissement des usagers.

« Ce n’est pas comme être abonné au câble à la maison. Les équipements et tout le filage, ça coûte cher à installer et à entretenir. Il y a aussi un technicien de HealthHub qui est à l’hôpital en tout temps et qui s’occupe des branchements. On ne peut pas ne pas charger ces frais et être déficitaires. On n’a pas ce budget, que ce soit le CISSSO ou la Fondation », explique-t-il.

Un service de Wi-Fi universalisé comme c’est le cas à Shawville pourrait-il être envisageable pour Gatineau et Hull ? En vertu de l’entente de 10 ans en vigueur entre la FSG et HealthHub, les deux parties sont liées jusqu’en 2023, à moins que le contrat soit résilié. Cette option n’est pas envisagée pour l’instant, mais la réflexion est amorcée, souligne M. Pigeon.

« C’était probablement un modèle très intéressant sur lequel on avait misé à l’époque, mais la technologie change rapidement. Je pense qu’il faut maintenant regarder vers le futur avec notre partenaire, le CISSSO, par rapport à nos besoins à venir. Nous sommes en réflexion par rapport à quel service on veut offrir et comment on peut le financer. C’est toujours une question d’argent. Il faut penser que si on change la technologie, elle doit demeurer disponible pour l’ensemble de la population qui souhaite recevoir ce service. Si on met un signal Wi-Fi partout sans moniteur, qu’est-ce qui va se produire avec la personne qui arrive à l’hôpital et qui n’a pas déjà tablette ou de téléphone intelligent ? »