Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette

Le rapport sur le Pontiac «n’est pas une analyse objective», dit Barrette

Le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, rejette la quasi totalité des reproches formulés à l’encontre de sa réforme dans un rapport commandé par le groupe Santé Outaouais 2020 (SO2020) sur la situation observée dans le Pontiac.

En entrevue avec Le Droit en réaction au document d’une vingtaine de pages intitulé La réforme Barrette et ses effets dans le Pontiac, un système exemplaire écorché, le ministre refuse d’entrée de jeu de lui accorder le titre de «rapport».

«Je ne le reçois pas comme un rapport, mais bien comme un texte d’opinion, a dit M. Barrette. Ce n’est pas une analyse objective qui est faite par quelqu’un d’impartial, mais je le reçois très favorablement au sens où les gens s’expriment et c’est une bonne chose qu’ils s’expriment. Il est possible qu’ils mettent le doigt sur certaines problématiques, mais sur le fond, je ne suis pas d’accord avec ce qui est dans ce texte-là. [...] Je les prends au sérieux ces choses-là, mais je les prends aussi avec le maximum de neutralité possible. C’est sûr que quand je regarde une affaire de même, je regarde c’est qui qui l’écrit, et [on ne peut pas] me reprocher de prendre en considération le potentiel - je dis bien le potentiel - biais qui vient avec ça.»

Alors que le rapport de SO2020 dénonce une bureaucratie accrue et un manque de flexibilité et de proximité dans les prises de décision depuis que la Loi 10 a créé le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, en 2015, le ministre Barrette rétorque que «la réforme, elle est faite pour la souplesse». «Alors moi, j’ai beaucoup de difficulté à accepter ce commentaire-là qui est dans le document d’opinion que vous avez rapporté», a-t-il réagi.

Les doléances rapportées par SO2020 ne sont donc pas prouvées aux yeux du ministre. Mais «s’il y a des correctifs à apporter, on apportera des correctifs», affirme-t-il en précisant qu’il faudra toutefois lui en faire «la démonstration».

Gaétan Barrette concède tout de même «une chose». «La communication entre les gens, comme ça arrive ailleurs, sûrement que ça mérite d’être amélioré, dit-il. [...] Mais de faire le saut entre une communication qui n’est pas toujours optimale et dire que la situation s’est détériorée en termes d’accès et de qualité des soins, je pense qu’il y a un pas qui est franchi un peu trop allègrement par ceux qui ont pondu le texte en question.»

Certains éléments contenu dans le rapport de SO2020, comme la disparition de la timbreuse pour le courrier qui se trouvait à l’hôpital de Shawville au profit d’une centralisation à Gatineau, font aussi sursauter le ministre. Ce dernier affirme, après avoir parlé au grand patron du CISSSO, que «la démontration [lui] est faite que cette façon de procéder entraîne des économies». «Admettons que la décision a été réfléchie et démontrée comme étant plus économe, c’est quoi le problème? Est-ce que maitnenant, on va dire aux administrations ‘ne gérez plus de façon efficace’ parce qu’il y a quelqu’un en quelque part qui n’est pas content de la décision?»

Contrairement au ministre, la nouvelle préfète de la MRC de Pontiac, Jane Toller, juge que le rapport de SO2020 est «solide». «J’ai demandé à Andrew Gibson [le président de SO2020] ce qu’on pouvait faire à la MRC, surtout en sachant que les élections provinciales s’en viennent.»

Même si le ministre n’accorde pas beaucoup de crédibilité au contenu du rapport, Mme Toller espère qu’il y accordera une grande importance. «Il doit faire quelque chose, lance-t-elle. Le titre du rapport le dit bien, on avait un système qui était exemplaire et qui fonctionnait bien, [...] et je pense que sa réforme a créé un problème qui ne devait pas être créé. [...] Les gens dans le Pontiac en parlent beaucoup, et les changements qu’ils constatent sont négatifs.»