Le documentaire de Martine Asselin sur le parcours du premier sage-femme masculin, Louis Maltais, est projeté jusqu’à mercredi à la Cinémathèque, à Montréal.

Le premier homme sage-femme au Québec ne croit pas utile de modifier le titre

Alors que le terme «sage-femme» semble suggérer une pratique exclusivement féminine, le premier Québécois à se lancer dans la profession est catégorique: il n’a pas besoin d’un titre différent.

Louis Maltais souligne que le mot - «midwife» -, qui vient du vieil anglais, signifie en fait «avec une femme», et qu’il va directement au coeur de ce que fait une sage-femme.

M. Maltais a fait tourner les têtes plus tôt cette année lorsqu’il est devenu le premier Québécois à s’inscrire et à obtenir les crédits du seul programme de formation de sage-femme de niveau universitaire de la province.

Les mois qui se sont écoulés depuis ce temps ont été un véritable tourbillon, avec notamment l’accouchement de son 100e bébé cet été, son retour dans sa ville natale de Chicoutimi et la projection d’un documentaire sur son expérience intitulé «Un homme sage-femme».

M. Maltais, un jeune homme de 31 ans, a dit croire que ses collègues et ses patientes étaient ouvertes à la présence d’un homme parmi elles.

Une partie de la raison pour laquelle il a permis à l’équipe de tournage de le suivre, a-t-il expliqué, était pour partager son expérience avec d’autres personnes - y compris des hommes - susceptibles de vouloir entrer dans la profession.

«Je pense que ce n’est pas pour tous les hommes parce que c’est très féministe, et c’est un élément très important, mais quand on se sent vraiment à l’aise avec ça, les femmes sont très ouvertes», a-t-il soutenu en entrevue avant la première projection du film à Montréal à la Cinémathèque québécoise, samedi.

Le documentaire réalisé par Martine Asselin, qui fait l’objet de projections à la Cinémathèque jusqu’à mercredi, doit être diffusé ultérieurement à Unis TV.

Alors qu’il évalue qu’environ une femme sur 20 ne souhaite pas sa présence lors de l’accouchement, M. Maltais a déclaré que la plupart étaient réceptives - et qu’elles se sentaient généralement plus à l’aise au fil du temps.

Le jeune homme a indiqué qu’il envisageait de devenir ostéopathe ou acupuncteur avant de décider de devenir un spécialiste de la naissance, pour des raisons qu’il ne sait pas tout à fait expliquer.

Il était à la recherche d’un emploi lui permettant de nouer des liens avec d’autres personnes et il a commencé ses recherches sur le programme de baccalauréat en pratique de sage-femme de l’Université du Québec à Trois-Rivières, où il était attiré par l’approche centrée sur le patient.

«J’aime le défi et apporter quelque chose de différent et de très important pour les femmes», a-t-il affirmé, parlant de moments ayant une «énorme» valeur.

Selon l’Association canadienne des sages-femmes, la pratique était présente au Canada pendant des siècles, notamment exercée par des femmes autochtones, mais elle a refait surface dans les années 1960 et 1970, parallèlement au mouvement de défense du droit des femmes.

Légalisée depuis 1999

La profession de sage-femme a été légalisée lors de l’entrée en vigueur de la Loi sur les sages-femmes, adoptée le 19 juin 1999, indique l’Ordre des sages-femmes du Québec sur son site internet.

À l’heure actuelle, les sages-femmes sont présentes à environ 11 pour cent des naissances au Canada, bien que cela varie grandement d’une province à l’autre.

L’Ontario a connu le plus grand nombre de naissances dirigées par une sage-femme l’année dernière, avec plus de 23 400, et la Colombie-Britannique a enregistré le pourcentage le plus élevé avec plus de 22 pour cent.

Au Québec, il y a eu 3574 naissances menées par des sages-femmes, soit un pourcentage de 4,2 pour cent du total des naissances.

Les sages-femmes fournissent des soins de santé aux femmes pendant la grossesse, le travail et la période post-partum, dans le but de faciliter une expérience positive centrée sur les besoins de la mère.

L’Association a indiqué qu’elle était au fait d’un seul autre sage-femme de sexe masculin qui a reçu sa formation au Canada, bien qu’il pourrait y en avoir quelques-uns ayant suivi leur formation ailleurs qu’au Canada.

Mais si les sages-femmes de sexe masculin sont extrêmement rares au Canada, l’association souligne que ce n’est pas nécessairement le cas dans d’autres pays.

Et comme la demande augmente au point que de nombreuses sages-femmes ont de longues listes d’attente, la présidente du groupe a déclaré qu’elle était plus qu’heureuse d’accueillir M. Maltais dans leurs rangs.

«De la position de l’Association, nous voulons davantage de sages-femmes exerçant au Canada, quel que soit leur sexe», a souligné Nathalie Pambrun.