Le fort achalandage à l’hôpital de Granby, comme dans plusieurs autres établissements hospitaliers du Québec, n’explique pas à lui seul la situation chaotique que vivent les employées. Le manque de personnel sur le plancher serait aussi en cause.

Le personnel de l'urgence de Granby à bout de souffle

Le personnel de l’urgence de l’hôpital de Granby est au bout du rouleau. Alors que le manque de main-d’œuvre se fait toujours sentir, des employés envoient des messages à leur syndicat pour lui signifier, ainsi qu’au CIUSSS de l’Estrie, que les conditions dans lesquelles ils travaillent sont devenues insoutenables.

« Le temps des Fêtes a été particulièrement difficile, tout le monde est épuisé. Il y a une énorme surcharge de travail, du temps supplémentaire obligatoire », a confié lundi une employée de l’hôpital de Granby, sous le couvert de l’anonymat.

« Parfois, il n’y a qu’un seul inhalothérapeute dans tout l’hôpital, ajoute notre source. On a aussi un seul médecin la nuit, alors qu’un deuxième serait parfois nécessaire. Si plusieurs choses arrivent en même temps, on est mal pris. »

« Hier [dimanche], il y avait une quarantaine de patients dans la salle d’attente de l’urgence, mais nous étions incapables d’avoir une deuxième personne au triage. On est incapables de réévaluer les gens. Par exemple, des gens dont l’état doit être suivi chaque heure sont peut-être réévalués aux trois heures, et ça c’est quand on sait qui ils sont », affirme l’employée.

Par ailleurs, deux lits ont été fermés à l’unité de soins intensifs depuis samedi minuit, «pour des raisons de disponibilité de main-d’œuvre qualifiée pour prendre en charge ce type de clientèle. La situation est révisée aux 24 h», indique-t-on au CIUSSS de l’Estrie. Le transfert de certains patients au centre hospitalier de Sherbrooke était toutefois inévitable, précise-t-on, que les lits aient été accessibles ou non.

Déclaration

« Nous avons une super belle équipe, qui donne tout ce qu’elle a, mais on est essoufflés », commente la travailleuse.

« C’est dangereux pour les patients. On a beaucoup de gens qui se sont mis à signer des décharges », car des soins sont compromis, poursuit l’employée. « On peut les signer pour s’enlever la responsabilité, car la charge de travail est trop grande », ajoute-t-elle.

Le document en question, dont La Voix de l’Est a obtenu copie, s’intitule Formulaire syndical de dégagement de responsabilité. L’employé qui remplit ce formulaire communique ainsi à son employeur que « la situation actuelle sur [s]on unité de soins fait en sorte qu’il [lui] est impossible de prendre en charge tout accroissement des tâches [qu’elle] accompli[t] habituellement, sans risquer de compromettre la qualité des soins à laquelle [s]es clients ont droit ».

Interrogée sur la nature du document, Sophie Séguin, présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, a expliqué qu’il s’agit « d’une dénonciation dans laquelle on avise l’employeur qu’on a atteint le maximum. »

La présidente du Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est  Sophie Séguin reconnaît que le taux d’absentéisme des employés de l’hôpital complique la tâche de leurs collègues toujours en poste.

Ce formulaire ne déleste en aucun cas le personnel médical des responsabilités qui incombent à sa tâche. « Nous sommes régis par un ordre professionnel, alors on ne peut jamais se décharger de nos responsabilités, précise-t-elle. Ce formulaire sert plutôt à aviser l’employeur quand on se trouve dans une situation qui vient dangereuse pour les patients. »

Une telle procédure est également disponible en ligne. Un document électronique intitulé Formulaire de soins sécuritaires, accessible via le site de la Fédération des infirmières du Québec (FIQ) permet au membre qui le remplit de signifier à son syndicat « une situation qui pose des risques pour la qualité et la sécurité des soins ou qui nuit à [ses] conditions d’exercice ».

« Des fois, on est débordés, il y a des situations où on doit retarder l’administration d’un médicament ou d’un traitement, explique Mme Séguin. On se sert de ce formulaire-là pour déclarer les circonstances qui font que le soin n’a pas pu être donné comme prévu. C’est une obligation de déclarer ces événements. »

La présidente du syndicat d’infirmières ne pouvait toutefois pas préciser si le nombre de formulaires acheminés était à la hausse pendant le temps des Fêtes.

De son côté, le CIUSSS de l’Estrie n’était pas en mesure de commenter le dossier, lundi.

« Fragile depuis plusieurs années »

Le fort achalandage à l’hôpital de Granby, comme dans plusieurs autres établissements hospitaliers du Québec, n’explique pas à lui seul cette situation chaotique parmi le personnel. Lundi, l’urgence du centre hospitalier avait atteint 110 % de sa capacité.

Notons que sa capacité d’accueil a été surpassée tous les jours depuis le début de l’année.

« On a des gens avec des problèmes pulmonaires, la gastro, l’influenza, les blessures liées à la pratique d’un sport d’hiver : les Fêtes, c’est une période plus névralgique, relève Sophie Séguin. C’est une constante, on n’est plus capables d’absorber les débordements parce qu’on a aussi des gens censés aller en hébergement qui occupent des lits de courte durée. On a aussi des gens qui devraient être vus en clinique, au sans rendez-vous, mais qui ne le sont pas et qui finissent à l’urgence. »

Le manque de personnel est donc plutôt à blâmer.

Mme Séguin reconnaît que le taux d’absentéisme des employés de l’hôpital complique la tâche de leurs collègues toujours en poste. « Je sais que nos membres sont dans une drôle de situation, qu’ils sont sur la corde raide, reconnaît-elle. On manque de personnel, car on en a plusieurs en congé de maternité, sur l’assurance-salaire ou qui reçoivent des prestations de la CNESST. Ces absences nuisent beaucoup à l’organisation. L’urgence est fragile depuis plusieurs années. »

Dimanche, le CIUSSS de l’Estrie a d’ailleurs fait paraître un communiqué invitant les gens dont l’état de santé n’était pas critique à ne pas se présenter à l’urgence.