La Dre Anne Gervais, directrice médicale de la clinique Médigo.

Le lien s’effrite entre l’urgence et Médigo

La superclinique Médigo met fin à la réservation de plages horaires pour les patients référés par les salles d’urgence, a appris Le Droit.

La nouvelle est tombée jeudi après-midi. Selon nos informations, la Dre Anne Gervais, directrice médicale de la clinique Médigo, a fait parvenir un message à des gestionnaires du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) pour leur signaler que les patients n’ayant pas de médecin de famille à la superclinique ne pourront dorénavant plus y être réorientés par le personnel de l’urgence.

Ouverte depuis juillet 2017, la superclinique devait aider à désengorger les salles d’attente des urgences de la zone urbaine en acceptant de voir des patients dont l’état de santé n’est pas jugé prioritaire — les fameux codes P4 et P5 du processus de triage.

Lors d’une conférence de presse avec le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, juste avant l’ouverture de la superclinique, il avait été spécifié que des ententes avaient été conclues pour que ces patients — qui représentent environ 60 % des visites à l’urgence — puissent être dirigés vers Médigo, située à deux pas de l’Hôpital de Hull.

Depuis l’automne dernier, entre sept et 15 plages de consultations étaient réservées chaque jour chez Médigo pour des patients référés par l’urgence de l’Hôpital de Hull, et autant pour celle de l’Hôpital de Gatineau.

L’annonce du changement décrété par Médigo est arrivée alors que des patients référés par l’urgence de Hull devaient se présenter à la superclinique vendredi. Toujours selon nos informations, le personnel de l’urgence a donc dû rappeler les patients concernés et les informer qu’ils devaient essayer d’obtenir un rendez-vous à leur propre clinique — s’ils ont un médecin de famille — ou revenir à l’urgence.

Chez Médigo, la Dre Gervais a indiqué au Droit que la superclinique continuera d’accepter « tous les patients inscrits à ses propres médecins qui seront référés par les urgences ».

« Pour ce qui est des patients sans médecin de famille, notre processus actuel de référence par le CISSSO n’a pas donné les résultats escomptés, poursuit la Dre Gervais. Nous maintenons donc les plages non utilisées par le CISSSO pour les demandes faites par la clientèle chez Médigo sur place ou par le site Internet ».

L’offre globale du nombre de consultations ne diminuera donc pas, assure la Dre Gervais, puisque les patients orphelins et ceux qui ne sont pas en mesure de voir leur propre médecin de famille continueront d’avoir accès aux consultations sans rendez-vous chez Médigo, mais sans passer par l’urgence.

Selon la Dre Gervais, la diminution du nombre de places réservées pour les patients des urgences s’est faite progressivement. La Dre Gervais a fait savoir que « Médigo et le CISSSO devront s’asseoir sous peu ensemble afin d’établir les moyens pour débloquer ce dossier ».

LES PROGRÈS POURRAIENT ÊTRE FREINÉS

La décision de la superclinique Médigo de ne plus accepter que l’urgence lui transfère directement des cas jugés non urgents risque de freiner les progrès réalisés par le Centre de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) en matière de « réorientation » de patients.

Le directeur adjoint des services professionnels du CISSSO, le Dr Nicolas Gillot, reconnaît que l’organisation « préférerait avoir des places disponibles à Médigo » afin de poursuivre les efforts entamés l’automne dernier pour réorienter les cas non prioritaires des urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau vers des cliniques.

Le Dr Gillot note que « la réorientation des patients faite depuis l’urgence est actuellement deux fois supérieure à la moyenne provinciale de 4,6 % », cette proportion atteignant 10 % pour les deux plus grosses urgences de l’Outaouais. En septembre dernier, ce taux n’était que de 0,5 % à Hull et de 2 % à Gatineau, où les résultats étaient déjà « un peu meilleurs grâce à la mini-urgence pédiatrique ».

Le hic, c’est que les progrès observés depuis l’automne découlent en bonne partie de l’accès que la superclinique réservait pour les patients référés par l’urgence. À titre d’exemple, le mois dernier, s’il y avait dix réorientations dans une journée, sept se faisaient vers Médigo, a fait savoir le Dr Gillot en soulignant que la décision prise par les responsables de Médigo « leur appartient ». La superclinique pouvait notamment s’avérer une option de choix pour les cas non prioritaires des urgences, en raison de certains services qui ne sont pas offerts dans les GMF traditionnels.

« Malheureusement, notre institution n’est peut-être pas capable d’évoluer à la même vitesse que [Médigo], souligne le Dr Gillot. Je pense que ça peut générer des frustrations. »

La direction des services professionnels du CISSSO souhaite maintenant rencontrer les responsables de Médigo pour faire le point sur la situation et voir comment les choses peuvent être améliorées. « Chaque problème apporte de nouvelles solutions, philosophe le Dr Gillot. Il y a une porte qui s’est fermée, mais ça va peut-être permettre d’en ouvrir d’autres. »

Tout en affirmant vouloir poursuivre la collaboration établie avec les différents groupes de médecine familiale (GMF) de la zone urbaine « qui sont très ouverts à prendre en charge leurs patients », le CISSSO veut par ailleurs se doter d’outils informatiques pour « systématiser » les critères de réorientation à partir du triage de ses urgences. Un tel outil pourrait notamment permettre de « remplir les rendez-vous directement dans les GMF », indique le Dr Gillot.