Le professeur de physique du Cégep de Sherbrooke Martin Aubé est coauteur d’une étude internationale montrant un lien entre l’exposition nocturne à la lumière bleue et les cancers du sein et de la prostate.

Le lien entre lumière bleue et cancer est établi

EXCLUSIF / L’exposition nocturne à la lumière bleue pourrait être associée à un risque accru de souffrir d’un cancer du sein ou de la prostate, montre une étude internationale à laquelle a participé le professeur de physique Martin Aubé du Cégep de Sherbrooke. Les participants de l’enquête des zones plus exposées à Madrid et Barcelone avaient 1,5 fois plus de risques de souffrir du cancer du sein, et deux fois plus de risques d’être atteints d’un cancer de la prostate. Aux yeux de M. Aubé, ces résultats doivent alerter la santé publique et inciter les autorités à poursuivre les recherches.

« On a assez d’informations pour dire que c’est un problème de santé publique, qu’il faut faire de la prévention et agir », commente M. Aubé, coauteur de l’étude.

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Celle-ci a été menée par une équipe internationale sous la direction de l’Institut pour la santé mondiale de Barcelone (isGlobal). Les résultats ont été publiés dans la revue Environmental Health Perspectives.

Les résultats sont d’autant plus préoccupants que l’étude s’est intéressée à l’exposition nocturne à la lumière dans les villes, soit l’éclairage artificiel extérieur. Elle ne tient pas compte, par exemple, de la lumière bleue qui provient des écrans de tablettes et de téléphones portables.

Si on décompose une lumière, on retrouve toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, dont la lumière bleue. Elle est notamment émise par la majorité des lumières DEL blanches.

Martin Aubé s’attendait à voir un lien, mais pas de façon aussi importante. « On ne s’attendait pas à ça, honnêtement. On a vérifié et revérifié... C’est un résultat tellement fracassant! »

Même si l’étude montre une « forte corrélation » entre les deux, on ne peut pas parler de « preuve hors de tout doute ». Le chercheur espère que ces résultats stimuleront la recherche; son équipe et lui ne connaissent pas, par exemple, « quel est le mécanisme » qui pourrait entraîner cette association.

« Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a classé le travail de nuit comme cancérogène probable chez l’homme. Il existe des preuves de l’existence d’une relation entre le travail de nuit sous un éclairage artificiel, qui implique une perturbation du rythme circadien, et les cancers du sein et de la prostate. Dans notre étude, nous voulions savoir si l’exposition nocturne à la lumière dans les villes pouvait aussi avoir une influence sur l’apparition de ces deux types de cancer », indique Manolis Kogevinas, chercheur d’isGlobal et coordinateur de l’étude dans un communiqué.

La lumière bleue est entre autres montrée du doigt parce qu’elle favoriserait la suppression de la mélatonine, l’hormone du sommeil.

Les scientifiques ont utilisé les données médicales et épidémiologiques de plus de 4000 personnes âgées de 20 à 85 ans. Les informations ont été recueillies par l’entremise d’entrevues personnelles et grâce « aux images nocturnes prises par les astronautes depuis la Station spatiale internationale ».

« En Espagne, les stores sont très opaques. Pour qu’on ait vu ces résultats dans ces conditions, ça veut dire que les effets de la lumière bleue sont très forts. » « Ça laisse croire que c’est un mécanisme qui requiert très peu de lumière... Les traces de lumière bleue sont suffisantes pour faire cet effet-là. »

Martin Aubé souhaitait mener une semblable étude à Montréal, mais sa collègue et lui n’ont pas pu obtenir le financement nécessaire.

« À ce stade, il est nécessaire d’effectuer des études supplémentaires faisant intervenir plus de données individuelles en utilisant, par exemple, des capteurs de lumière sensibles à la couleur et installés dans les espaces intérieurs. Il serait également important de mener cette recherche chez les jeunes qui utilisent des écrans émettant une bonne proportion de lumière bleue... » plaide Ariadna Garcia, chercheuse à l’isGlobal et première auteure de l’étude. Martin Aubé travaille sur un appareil qui permettra d’obtenir des données sur la lumière qui pénètre à l’intérieur des résidences.

L’étude, menée dans le cadre du projet MCC-Espagne, est financée par le Réseau de recherche biomédicale et le Centre d’épidémiologie et de santé publique.