La destitution du grand patron du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Jean Hébert, est saluée par de nombreux intervenants de la région

Le congédiement de Jean Hébert salué

La destitution du grand patron du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Jean Hébert, est saluée par de nombreux intervenants de la région, à commencer par la préfète de la MRC de la Vallée-de-la-Gatineau, Chantal Lamarche.

Plusieurs dizaines de citoyens de la Haute-Gatineau s’étaient déplacés à Gatineau, le 13 décembre dernier, pour prendre la parole à la réunion du conseil d’administration du CISSSO et dénoncer « l’absence d’écoute » de M. Hébert face aux nombreuses plaintes concernant l’accès aux soins et les ruptures de service en chirurgie générale à l’Hôpital de Maniwaki. Mme Lamarche avait publiquement réclamé la destitution de Jean Hébert.

En entrevue avec Le Droit, Mme Lamarche s’est dite très heureuse que le cri du coeur des élus, des citoyens et des gens d’affaires ait finalement été entendu par Québec.

« Je suis consciente que notre sortie a été très drastique pour certains, mais il faut rappeler que notre territoire a été ignoré, non respecté, non entendu et très fragilisé par l’exode des soins de santé de proximité », a-t-elle expliqué.

Les gens de la Vallée-de-la-Gatineau veulent ravoir une gouvernance dans la région et rapatrier des services de proximité, a souligné Mme Lamarche. Cela fait d’ailleurs partie des recommandations de l’accompagnateur qu’avait nommé la ministre de la Santé, Danielle McCann. Chantal Lamarche espère maintenant « la construction d’une bonne relation de confiance et d’un partenariat très solide avec la prochaine équipe de direction du CISSSO ».

Du côté syndical, la représentante nationale pour la région de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux, Andrée Poirier, a tenu à saluer « l’action collective de la population de l’Outaouais et des élus qui se sont mobilisés pour dénoncer le manque d’écoute et de respect qu’il y a eu dans le déploiement de la réforme du réseau ».

Mme Poirier espère maintenant que la nouvelle direction soit en « mode écoute » afin de faciliter la mise en place de mesures « pour régler les problèmes ».

À la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec, la présidente régionale, Lyne Plante, estime que le départ de Jean Hébert apportera une lueur d’espoir chez les membres de son syndicat. Elle souligne toutefois que la personne qui prendra la relève à la tête du CISSSO devra avoir accès aux ressources nécessaires pour piloter les changements réclamés.

« Si on met une autre personne, mais qu’il n’y a pas plus d’outils et qu’il n’y a pas plus de financement, nous ne sommes pas plus avancés », a mentionné Mme Plante.

Le vice-président de Santé Outaouais 2020, Gilbert Langelier, a pour sa part indiqué ne pas être surpris par le congédiement du grand patron du CISSSO.

« Durant son mandat, M. Hébert n’a pas été une personne très à l’écoute de la population et des employés, a réagi M. Langelier. Son objectif premier était d’équilibrer à tout prix le budget, même si ça voulait dire éliminer des services ou piler sur les orteils de certains groupes d’employés. »

M. Langelier espère des changements rapides dans le réseau régional de la santé, mais souligne au passage que le gouvernement doit « régler le problème de sous-financement de l’Outaouais ». « Peu importe qui est PDG, il va avoir les mains liées par le fait qu’il n’y a pas de marge de manœuvre pour mettre en place les nouveaux services et décentraliser des services en régions rurales », a-t-il mentionné.

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Recommandations de l’accompagnateur :

- Établir des liens de communication efficaces et soutenus avec les autorités régionales et les partenaires locaux

- Favoriser et soutenir la mise en place d’un comité consultatif devant soumettre des recommandations

- Mieux coordonner les actions sur le territoire par la présence de «cadres locaux» responsables de l’organisation des services et des activités dans les installations et auprès des partenaires

- Assurer une représentation des milieux au sein du conseil d’administration du CISSSO

- Élaborer un plan de consolidation et de développement des services de proximité

- Soutenir la direction du CISSSO dans l’élaboration du projet de nouvel hôpital

Extraits du rapport de l’accompagnateur

«La question de la continuité des services a également été soulevée. […]Un bon exemple à cet égard est la nouvelle procédure mise en place pour avoir accès à un organisateur communautaire. Alors que par le passé les intervenants de ces milieux, qui se connaissent bien, s’interpelaient directement et pouvaient rapidement agir sur les situations, les demandes doivent maintenant être faites à l’aide d’un formulaire, qui est ensuite acheminé à Gatineau avec les délais inhérents à ce type de procédure.»

«Je suis d’avis que l’établissement possède les leviers financiers nécessaires pour faire face aux différentes obligations liées à sa mission, pourvu qu’il puisse éliminer l’inadéquation entre la dépense prévue à certains postes budgétaires et celle qui est effectivement observée après sept périodes. [...] Une partie notable des ressources financières de l’établissement [est] cannibalisée par les dépenses liées à l’assurance salaire et au temps supplémentaire.»

«Plusieurs ont également fait ressortir un manque d’écoute et une absence de reconnaissance par les plus hautes autorités du CISSSO des problèmes qui se vivent sur le terrain. Cette perception, malheureusement, est partagée par plusieurs acteurs politiques et socioéconomiques de la région. À mon point de vue, il s’agit vraisemblablement du problème le plus délicat qui se pose actuellement parce qu’il renvoie à la question du lien de confiance des autorités et des partenaires régionaux à l’endroit du premier dirigeant de l’établissement.»

«Un exemple assez frappant de cette difficulté à bien organiser les services dans le milieu est celui, encore une fois, des services d’hémodialyse à Maniwaki. Nous avons ici un plateau technique disponible qui fonctionne à cinquante pour cent de sa capacité, alors que des usagers du secteur doivent se déplacer à Gatineau pour recevoir ce service.»

«Toujours selon les propos entendus, l’absence de dirigeants et de cadres en autorité dans ces milieux pose au quotidien le défi du soutien et de l’encadrement des différentes équipes de travail. Il se dégage ainsi l’impression que les équipes sont laissées à elles-mêmes, qu’elles ont peu l’occasion de rencontrer leur supérieur immédiat. Selon les dires de plusieurs, notamment des partenaires syndicaux, un climat de morosité tend à s’installer au sein de certaines équipes.»

«Les entrevues réalisées dans le cadre de la démarche ont clairement fait ressortir des difficultés d’accès aux services pour les populations vivant en milieu rural. […] Si on ne remet pas en question la qualité des services offerts, les personnes rencontrées ont beaucoup fait état de services spécialisés auparavant accessibles dans leur milieu et qui, avec la réorganisation du réseau, ont été déplacés vers Gatineau. […] Plusieurs ont également fait remarquer que pour les clientèles vulnérables, souvent sans moyens de transport et avec peu de moyens financiers, cela peut se traduire par une incapacité de poursuivre leurs suivis médicaux, voire parfois, leurs traitements.»