Le club des 100 000  $ s'agrandit au CSSSG

Le nombre d'infirmières gagnant plus de 100 000 $ par année grâce au temps supplémentaire et aux primes est en forte croissance au Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG). De 34 qu'elles étaient en 2011, c'est maintenant 53 infirmières qui sont membres du club des 100 000 $ et plus en 2013, en hausse de 65 % en deux ans. En 2012, elles étaient 40.
Selon les données obtenues par LeDroit auprès du CSSSG, par le biais de la Loi d'accès à l'information, ces travailleuses de la santé réussissent dans la majorité des cas à doubler leur salaire de base.
L'infirmier le mieux payé du CSSSG a gagné 209567,70$ l'an dernier. Il a reçu 109212,99$ en temps supplémentaire et 41138,54 en primes et avantages sociaux.
En comparaison, c'est tout juste 9150$ de moins que le directeur général de l'établissement qui a touché la somme de 218725,49$ en 2013.
Parmi les 53 infirmières membres du club des 100000 $ et plus, la majorité cumule deux ou même trois postes. Il peut s'agir entre autres d'infirmières cliniciennes ou même de postes de gestion.
La directrice des ressources humaines au CSSSG, Johanne Robertson, ne cache pas que la pénurie de main-d'oeuvre dans le domaine de la santé peut expliquer en partie le nombre d'heures supplémentaires disponibles, et ce malgré les efforts de recrutement effectués par l'institution de santé. Toutefois, elle ajoute que plusieurs projets sont sur la planche à dessin afin de pallier à ce manque de personnel.
La pénurie de personnel dans les hôpitaux est payante pour les infirmières qui doivent travailler plusieurs heures supplémentaires, sur une base obligatoire, mais aussi sur une base volontaire.
Ni l'employeur ni le syndicat n'imposent de limite quant au nombre d'heures supplémentaires que les infirmières peuvent faire. Toutefois, des ententes de gestion existent entre le ministère et les agences de santé. Québec demande de rencontrer des cibles de gestion dans les établissements, un ratio que rencontre le CSSSG pour le pourcentage de temps supplémentaire travaillé. «Comme on se situe en dessous de la norme établie, nous sommes confortables avec ce taux. Par contre, on est conscient que ça coûte cher le temps supplémentaire. L'idéal c'est le taux régulier», indique Mme Robertson.
«Pas anormal»
En 2013, l'employé qui a travaillé le plus d'heures supplémentaires en a cumulé 2027,50 au total. Les autres infirmières - parmi celles ayant gagné plus de 100000$ - ont travaillé entre 1500 et 200 heures de plus au cours de l'année. En moyenne on parle d'environ 680 heures. «680 heures ce n'est pas anormal dans le contexte de manque de ressources», note Mme Robertson.
La présidente du syndicat des infirmières, infirmières auxiliaires inhalothérapeutes du CSSSG, Lyne Plante, n'est pas étonnée d'apprendre que des employés sont appelés à faire autant de temps supplémentaire. «Non, ça ne me surprend pas, dit-elle sans hésitation. Un jour on souhaite qu'il n'y ait plus de temps supplémentaire.»
Elle rappelle que travailler trop d'heures supplémentaires peut entraîner l'épuisement des infirmières et des erreurs risquent d'être causées par la fatigue. «Un temps supplémentaire obligatoire c'en est un de trop. Il faut départager le volontaire de l'obligatoire. Quand c'est sur une base volontaire, je ne peux pas rien dire, c'est le choix de la personne. Mais quand c'est obligatoire, c'est inacceptable», déplore Mme Plante.
La présidente du syndicat s'explique mal pourquoi il n'y a pas de limites. «Les heures des camionneurs sont régies. Ils ne peuvent pas travailler plus qu'un certain nombre d'heures par jour. Mais du côté des infirmières, il n'y a pas de quota d'heures défini par le ministère», regrette-t-elle.
Avec William Leclerc