Un horaire à temps complet serait imposé dès jeudi à l'ensemble des infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires des hôpitaux de Hull et de Gatineau, peu importe le nombre d'heures prévues à leur poste.
Un horaire à temps complet serait imposé dès jeudi à l'ensemble des infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires des hôpitaux de Hull et de Gatineau, peu importe le nombre d'heures prévues à leur poste.

Le CISSSO forcera des infirmières et des préposés à travailler à temps plein

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Un horaire à temps complet serait imposé dès jeudi à l'ensemble des infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires des hôpitaux de Hull et de Gatineau, peu importe le nombre d'heures prévues à leur poste. «C'est du mépris, c'est presque de l'esclavage», s'insurge le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais (SPSO), Patrick Guay, qui craint que cette mesure se traduise par une vague de départs.

En entrevue avec Le Droit mardi soir, M. Guay a mentionné qu'à ses yeux, la présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), Josée Filion, «n'a aucune conscience» des conséquences qu'aura l'imposition d'un horaire à temps plein au personnel infirmier dans les deux plus gros hôpitaux de la région.

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«Toutes les infirmières et infirmières auxiliaires [seront] réputées être disponibles à temps plein et vont avoir un horaire à temps complet […] et l'employeur pourrait aussi obliger les quarts de travail de 12 heures», a fait savoir M. Guay, qui précise que cette mesure est prévue dans un arrêté ministériel adopté par le gouvernement du Québec en raison de la crise sanitaire.

La présidente du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la santé et de services sociaux de l'Outaouais (STTSSSO-CSN), Josée McMillan, a indiqué avoir obtenu la même information pour les préposés aux bénéficiaires des deux mêmes hôpitaux.

Du côté patronal, on soutient toutefois que ce n'est pas chose faite. «Pour le moment, le CISSS de l'Outaouais évalue la possibilité d'utiliser le levier de rehaussement de poste à temps complet de l'arrêté ministériel, a indiqué l'organisation au Droit. Le processus d'évaluation est toujours en cours et une décision sera prise dans les prochains jours. Ce sera en effet pour répondre aux besoins grandissants des hôpitaux de Hull et Gatineau pour desservir les besoins liés notamment à la COVID-19.»

Les représentants syndicaux affirment de leur côté avoir eu la confirmation que cette mesure entrera en vigueur jeudi et que des salariés ont déjà commencé à recevoir des appels en ce sens.

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l'Outaouais, Patrick Guay

Départs à venir?

Les deux syndicats craignent maintenant des démissions et un plus grand nombre de congés de maladie. Dans des régions où le même arrêté ministériel a été appliqué, les départs se sont comptés par centaines, souligne d'ailleurs M. Guay.

Les syndicats ont été avisés que les employés qui refuseront de se plier aux changements d'horaires imposés s'exposeront à des mesures disciplinaires. «Ils ont même parlé qu'il y aurait possibilité d'amendes et que ça pourrait être de 1000$ à 6000$, a indiqué Mme McMillan au Droit. […] Ils nous ont dit que ce n'était pas définitif, mais que c'était possible.»

M. Guay et Mme McMillan s'inquiètent pour leurs membres, en particulier les personnes monoparentales qui pourraient, par exemple, se faire imposer sans préavis des quarts de travail de nuit alors que leur poste n'en comporte pas en temps normal. «Qui va s'occuper des enfants?, se demande le président du SPSO. […] C'est vraiment méprisant envers les employés.»

Au STTSSSO-CSN, Mme McMillan s'attend aussi à ce que des démissions surviennent chez des préposés aux bénéficiaires à temps partiel qui occupent un autre emploi ailleurs, qui ne pourront pas réussir à respecter un horaire à temps complet au CISSSO.

Les employés réagissent

La nouvelle a grandement fait réagir sur les réseaux sociaux. Assistante infirmière-chef à l'urgence de l'Hôpital de Gatineau, Caroline Dufour a publié un message pour dénoncer la décision du CISSSO en soulignant qu'elle se fait «sans égard» aux responsabilités personnelles, aux obligations et à la santé mentale et physique des employés concernés.

«Les dommages collatéraux seront importants pour le réseau en Outaouais, prédit Mme Dufour. Les soignants quitteront et je prédis une vague de burnout, démissions et de blessures. Je suis en colère!»

Sur la page Facebook du SPSO, les commentaires étaient aussi nombreux, mardi soir. Certaines professionnelles y indiquaient déjà leur intention de quitter le réseau.

Tout cela survient alors que l'Outaouais enregistre, depuis la semaine dernière, une forte hausse des hospitalisations liées à la COVID-19. Le CISSSO avait annoncé, vendredi, un délestage de plusieurs activités afin d'avoir accès à un nombre suffisant d'employés. L'organisation avait dû avoir recours pour une première fois à l'arrêté ministériel afin de déplacer une trentaine d'employés, au courant de la fin de semaine.