La docteure Liane Feldman

Le Centre universitaire de santé McGill nomme une première chirurgienne en chef

MONTRÉAL — La docteure Liane Feldman est devenue le 1er janvier la première femme à occuper le poste de chirurgienne en chef et directrice de la Mission chirurgicale du Centre universitaire de santé McGill (CUSM).

À ce titre, elle aura la charge de travail clinique des salles d’opération, des cliniques ambulatoires et des services d’urgence de l’Hôpital Royal Victoria, de l’Hôpital général de Montréal, de l’Hôpital de Lachine et de l’Institut thoracique de Montréal. Elle assurera aussi la cogestion des services périopératoires pour adultes dans l’ensemble du CUSM, en plus d’occuper le poste de directrice du Département de chirurgie de la Faculté de médecine de l’Université McGill.

Il s’agit d’une nouvelle distinction pour celle qui cumule les honneurs depuis le début de sa carrière.

La Presse canadienne a discuté avec elle quelques jours seulement après qu’elle se soit installée dans son nouveau bureau:

Que représente cette nomination pour vous?

C’est un grand honneur, un privilège, d’être dans une position de peut-être donner un peu d’inspiration aux autres, pour les autres femmes chirurgiennes et peut-être les personnes qui ne sont pas si bien représentées dans le leadership. Je pense que si c’est un bon exemple pour les autres personnes, alors tant mieux.

Est-ce que le domaine de la chirurgie est encore très dominé par les hommes?

Nous avons 50 % de nos étudiantes en médecine qui sont des femmes, ou peut-être plus que ça. Et dans les résidences en chirurgie générale, c’est aussi 50 %. Et pour nos chirurgiennes maintenant, les nouvelles sont peut-être aussi de 50 % ou peut-être plus que ça. Mais pour les positions qui sont plus avancées, les professeurs ou des chaires de départements, on manque encore de femmes.

Mais vous leur donnez un bel exemple de ce qu’il est possible de faire en tant que femme. Vous tracez un peu le chemin.

J’ai toujours eu beaucoup de soutien comme résidente en chirurgie. J’ai eu l’opportunité de voir deux de mes mentors enceintes pendant ma formation, et ça fait déjà plus que 20 ans. Alors j’ai eu beaucoup de soutien, j’ai eu de bons exemples et moi-même j’ai eu trois enfants pendant ma formation, ma résidence et mon fellowship. Alors c’est important de donner l’exemple, aussi d’offrir du soutien et des opportunités d’avoir peut-être un chemin qui n’est pas traditionnel, peut-être d’avoir des années pendant lesquelles on est moins productif dans le sens académique ou même clinique et d’avoir l’opportunité après ça de recommencer un petit peu ou de rejoindre le chemin. Je pense que c’est très important pour la formation et pour encourager les leaders qui peut-être sont des femmes, ou peut-être aussi des jeunes hommes ou d’autres personnes qui veulent avoir (cet équilibre), pour tout le monde qui essaie d’avoir (un équilibre) entre le travail et la famille et d’avoir des résultats ou une bonne carrière ou une bonne vie en famille et de faire cette intégration et (cet équilibre). Je pense que ce n’est pas seulement la personne, c’est vraiment le système, le soutien, les mentors que nous avons. Je pense que j’ai été très chanceuse (de ce côté-là).

En tant que cheffe de la chirurgie au CUSM, est-ce que vous allez occuper cette chaise-là différemment parce que vous êtes une femme de ce que votre prédécesseur faisait? Est-ce que vous allez incarner ce rôle-là différemment, ou le jouer différemment?

C’est une bonne question. Je pense que ce n’est pas vraiment juste la question d’être une femme, c’est une question de personnalité, c’est une question des expériences. J’ai toujours travaillé sur le rétablissement des patients et la qualité des chirurgies, essayé de créer des cheminements pour les patients, améliorer les résultats chirurgicaux. Alors je pense que mes expériences, ma personnalité, mon style de leadership sont des choses qui sont peut-être plus importantes que d’être une femme ou un homme.

Quels sont les principaux défis qui vous attendent dans ce nouveau poste?

Je pense que nos défis sont très connus partout au Québec, au CUSM, au Canada; ce sont les listes d’attente pour nos patients, l’efficacité, de faire plus avec les ressources que nous avons, de travailler avec le ministère, de peut-être espérer avoir un peu plus de lits à l’hôpital... C’est un défi majeur pour nous. Mais ma priorité c’est toujours les patients, et je pense que c’est la valeur la plus importante: d’organiser nos soins, nos activités autour des patients.

Donc en tête de liste de vos priorités, quand vous avez accepté le poste, c’était de mieux vous occuper des patients? C’était votre motivation première?

C’est une de mes priorités majeures. Je pense qu’on a fait déjà des améliorations. J’ai vu dans les dernières années que notre administration, les relations avec le ministère, dans notre système au CUSM, le leadership ici et tous les autres processus (mis en place) pour mieux gérer nos listes d’attente, cela a eu un impact et je vais travailler sur cette base. Je pense que c’est mieux déjà depuis les dernières années.

Comment envisagez-vous la mission académique du CUSM, son rôle deformation?

Notre mission académique est très importante. C’est très important pour moi comme chercheuse. C’est très important de prendre soin et de soutenir nos activités en recherche, en éducation pour la formation de la prochaine génération. Les chirurgies que nous faisons ici et dans notre réseau sont complexes, et c’est ça notre position dans notre système, et c’est très important de continuer de soutenir notre mission avec McGill, avec notre institut de recherche. Pas seulement de faire des recherches pour faire des recherches, mais de faire des recherches pour améliorer les soins, pour être capable d’offrir à nos patients les meilleures innovations dans les soins et les meilleures options pour eux en orthopédie, en trauma, dans tous les programmes où nous avons une position de leadership dans notre province.

*Les propos de la docteure Feldman ont été édités à des fins de concision et de clarté.