La fonction première de la graisse brune est de générer de la chaleur en brûlant des calories.

Le café ferait fondre la graisse brune

MONTRÉAL — La consommation de café semble activer la graisse brune du corps, ce qui pourrait permettre de combattre l’obésité et même le diabète, affirment des chercheurs britanniques.

Deux experts ont toutefois dit à La Presse canadienne qu’il s’agit d’une découverte intéressante, sans plus, et qu’il ne faudrait surtout pas en conclure qu’il suffit de boire de bonnes quantités de café pour régler son problème de poids.

La fonction première de la graisse brune est de générer de la chaleur en brûlant des calories.

Les chercheurs de l’Université de Nottingham ont tout d’abord déterminé en laboratoire quelle dose de caféine était nécessaire pour activer la graisse brune. Ils ont ensuite utilisé une technique d’imagerie thermique pour vérifier l’activité de la graisse brune de leurs sujets, en mesurant la température de leur peau.

«C’est le processus par lequel la graisse brune produit de la chaleur et combat le froid, a expliqué le professeur André Carpentier, du département de médecine de l’Université de Sherbrooke. En même temps, ça diffuse de l’énergie et ça permet littéralement de brûler la graisse contenue dans le tissu adipeux brun et ça crée de la chaleur directement.»

En théorie, poursuit-il, si on pouvait activer la graisse brune de manière chronique et sécuritaire, «on pourrait potentiellement diffuser un bon nombre de l’excédent de calories qu’on retrouve chez les gens obèses», ce qui pourrait entraîner une perte de poids.

La mesure de la température cutanée là où se trouve l’essentiel de la graisse brune chez l’humain n’est pas non plus très précise quand vient le temps de quantifier son activité, selon lui. Il existe bel et bien une relation entre la chaleur de la peau et la graisse brune, mais d’autres facteurs peuvent aussi entrer en jeu et il ne s’agit pas d’une mesure spécifique à la graisse brune.

Pour sa part, Aurélie Baillot, qui enseigne au département des sciences infirmières de l’Université du Québec en Outaouais, souligne que l’effet de la caféine a été observé chez une poignée de sujets qui n’étaient ni obèses ni diabétiques.

«On ne sait pas encore si on retrouverait la même chose chez ces personnes-là», a-t-elle dit.

Les scientifiques ne s’entendent pas non plus sur la quantité exacte de graisse brune que renferme le corps.

«Ça va de quelques dizaines de grammes à un ou deux kilos, dépendamment des méthodes de mesure, a dit M. Carpentier. Ça va autrement dit de l’insignifiance à quelque chose de très significatif.»

Mme Baillot se demande par ailleurs comment l’organisme réagirait à cette soudaine dépense de calories.

«Il y a une balance énergétique, a-t-elle rappelé. Donc oui, ça va peut-être augmenter les dépenses énergétiques, mais en augmentant les dépenses énergétiques, est-ce que ça ne va pas augmenter la prise alimentaire quelque part ou faire en sorte que les personnes bougent peut-être moins à un autre moment ? Donc est-ce que le corps ne va pas quelque part, de manière inconsciente, faire que les personnes mangent plus ?»

Les deux experts s’entendent sur un point crucial: il s’agit d’une étude intéressante, sans plus, et il ne faudrait surtout pas penser qu’on va régler son problème de poids en buvant tasse après tasse de café.

«Il faut être très prudent, a rappelé M. Carpentier. Actuellement, les meilleures choses à faire sont encore les conseils nutritionnels et l’activité physique.»

Même si on arrivait à activer la graisse brune de manière efficace, et même si on avait une quantité substantielle de graisse brune dans notre corps, ajoute-t-il, l’activation de la graisse brune comparativement à l’activité physique aurait un impact insignifiant, puisqu’on brûle beaucoup plus d’énergie à faire de l’activité physique qu’en activant la graisse brune. Cette étude pourrait éventuellement accoucher d’un médicament, «mais ça ne sera pas la pilule miracle», a-t-il prévenu.

«Des personnes obèses qui boivent du café, il y en a déjà beaucoup, a dit Mme Baillot. Il ne faut surtout pas envoyer le message que si on boit du café, c’est bon et on va maigrir.»

Les conclusions de cette étude sont publiées par Scientific Reports.