Les porte-parole d'Équité Outaouais, Suzanne Tremblay et Gilles Aubé

« L’argent est détourné de l’Outaouais »

Les effets du sous-financement chronique du système de santé et d’éducation « font avancer la région vers l’arrière », plaide l’organisme Équité Outaouais en réaction aux résultats de l’étude de l’Institut de recherche et d’informations socioéconomiques (IRIS).

Formée de citoyens et d’organismes communautaires, la coalition affirme sans détour qu’il est grand temps que la vapeur soit renversée et que l’Outaouais reçoive sa juste part. 

« Ce sont des chiffres qui nous parlent, c’est clair qu’il y a un retard à tous les niveaux. On constate qu’ils sont encore plus criants que ce qu’on pouvait penser », a lancé lors d’un point de presse la porte-parole du groupe en matière d’éducation et présidente du Syndicat de l’enseignement de l’Outaouais, Suzanne Tremblay.

Le médecin de famille et porte-parole en matière de santé, Gilles Aubé, estime quant à lui qu’il est urgent de « corriger cette situation ». À huit semaines du scrutin provincial, il spécifie qu’il ne faut pas voir dans cette sortie publique une tactique politique visant à déloger les libéraux du pouvoir.

« Nous, ce qu’on veut, c’est une prise de conscience du public qu’il y a un problème important dans la qualité des services publics, au niveau du financement et des infrastructures. On veut développer notre région. Nous n’avons pas de visée partisane. Tous les partis devront réfléchir et amener des solutions intelligentes au public. [...] On vise un rattrapage à la moyenne du Québec, c’est tout à fait raisonnable de demander ça », affirme-t-il. 

Mme Tremblay soutient que l’objectif principal est de mobiliser la population pour forcer le gouvernement à « prendre en charge la région comme il se doit de le faire ». Faisant allusion aux milliers d’étudiants qui s’exilent ailleurs en province ou qui traversent sur la rive ontarienne pour leurs études postsecondaires, elle a indiqué que « la région ne peut plus se permettre de perdre sa jeunesse de cette façon ».

Pétition 

Une pétition au sujet du sous-financement a été lancée par Équité Outaouais, entre autres en ligne. Jusqu’au 5 septembre, le public est invité à aller la signer. Elle sera ensuite présentée durant la campagne électorale provinciale.

« Les chefs de parti vont tous passer en Outaouais, on va leur présenter notre pétition, nos revendications. On veut des réponses, tous les chefs devront se mouiller, note M. Aubé, qui ajoute qu’on récolte les fruits de la négligence des dernières années. L’argent est détourné de l’Outaouais, c’est ça qu’on ne veut plus. On veut une justice interrégionale. »

Le porte-parole en matière de justice sociale, Gaétan Ouellet, rappelle de son côté que les communautés rurales se dévitalisent à vitesse grand V et qu’il y a une cassure importante entre les revenus des mieux nantis et des plus pauvres dans la région. 

Plusieurs citoyens ainsi que des intervenants des milieux communautaires et syndicaux ont pris la parole lors de la conférence de presse d’Équité Outaouais pour s’indigner des sommes accordées à la région. Des candidats aux élections étaient également présents, dont Robert Bussière de la CAQ, Marysa Nadeau et Yves Destroismaisons du PQ, ainsi que Benoit Renaud de Québec solidaire. 

Dans le lot, on comptait aussi l’homme d’affaires et président de Brigil, Gilles Desjardins, qui a indiqué que la population de l’Outaouais doit lever la main et réclamer sa part du gâteau.

« On doit arrêter de brailler à l’intérieur et on doit aller à Québec pour faire valoir notre région », s’est-il exclamé. 

Dans l’étude publiée mercredi par l’IRIS mais obtenue la veille par LeDroit, on apprend entre autres que l’Outaouais reçoit 1938 $ par habitant en matière de financement public de la santé, alors que la moyenne provinciale se chiffre à 2569 $. D’autres régions comparables comme le Bas-Saint-Laurent et la Mauricie/Centre-du-Québec bénéficient quant à elles de sommes respectives de 2992 $ et 2498 $. 

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LA QUESTION D'UN NOUVEL HÔPITAL REVIENT SUR LA TABLE

L’étude de l’IRIS pointant entre autres du doigt la qualité des infrastructures en Outaouais, la question de la construction d’un nouvel hôpital à Gatineau est revenue à la surface mercredi. 

L’Hôpital de Hull, construit en 1958 et dont la vétusté est déplorée par plusieurs, devrait-il faire l’objet de rénovations majeures? Devrait-on plutôt songer à ériger un hôpital tout neuf? 

La question a été posée à la députée de Hull Maryse Gaudreault, ainsi qu’au Dr Gilles Aubé, de la coalition Équité Outaouais. 

«Une campagne électorale s’en vient et on doit se garder des arguments, des engagements. Je ne me prononcerai pas sur cet élément-là, mais oui c’est vrai que l’Hôpital de Hull est vieillissant. Sauf qu’en ce moment, la priorité pour moi est d’ouvrir toutes les salles d’opération, de permettre à tout le monde d’avoir les chirurgies qu’ils attendent depuis souvent trop longtemps. Après, on verra. Je ne crois pas par contre que si un hôpital était neuf, il y aurait plus de main-d’oeuvre. Ce sont deux débats distincts», de dire l’élue libérale. 

Le Dr Aubé est plus critique. «Avec le gouvernement actuel, depuis six mois, ça pleut partout au Québec les infrastructures. À Vaudreuil-Soulanges, il y aura un nouvel hôpital de 400 lits, je n’ai rien contre Vaudreuil, je suis bien content pour eux, mais à quelques kilomètres de là, il y a la CUSM qui a coûté une beurrée. Pendant ce temps, nous sommes toujours oubliés. On vient de promettre 300 millions $ pour l’Hôpital général de Montréal et un développement très important pour les hôpitaux de l’Enfant-Jésus, Maisonneuve-Rosemont, etc. Tout le monde se développe, mais c’est nous qui payons ça, à nos dépens. [...] Il faut s’asseoir et faire un plan de développement», lance-t-il.