Dans un test de Maryse Arcand, les femmes qui adhèrent le plus au rôle féminin montrent plus de symptômes anxieux que les autres, mais également les hommes qui ont des traits de caractère associés aux femmes.

L’anxiété chez les femmes: la faute à la biologie ou à la société?

GATINEAU — Que ce soit les troubles de panique, les phobies ou l’anxiété généralisée, les femmes sont environ deux fois plus nombreuses que les hommes à souffrir de troubles anxieux. La question à 1000 $ a toujours été : est-ce à cause de différences biologiques, comme les hormones, ou est-ce que les causes sont plus sociales ou culturelles? Et une étudiante de l’UQAM, Maryse Arcand, pourrait bien avoir trouvé des éléments de réponse.

«Les enfants sont socialisés très tôt pour incorporer des rôles et des attitudes conformes à leur genre. On s’attend par exemple à ce qu’une fille soit plus calme et plus sensible, et à ce que les garçons bougent plus, etc. Ces rôles de genre vont ensuite avoir un effet sur la façon dont on régule nos émotions», a expliqué Mme Arcand lors d’une présentation au 87e congrès de l’Association francophone pour le savoir (ACFAS), qui a lieu cette semaine à l’Université du Québec en Outaouais.

Afin de savoir si ces apprentissages sociaux ont un effet sur l’anxiété, Mme Arcand a fait remplir deux questionnaires à près de 260 adultes en santé afin de mesurer leur niveau d’anxiété, mais aussi leur degré d’adhésion à l’un ou l’autre des «rôles de genre». Dans l’échelle utilisée, des caractéristiques comme la sensibilité, l’affectuosité, le fait d’aimer les enfants étaient associées à un rôle «féminin», alors que des traits comme la confiance en soi, le leadership, etc., étaient considérés comme «masculins».

Niveaux d’anxiété

Résultat : sans surprise, les femmes qui adhéraient le plus au rôle féminin montraient plus de symptômes anxieux que les autres. Mais, et c’est un point majeur, c’était le même chose pour les hommes : ceux qui penchaient plutôt du côté féminin faisaient eux aussi plus d’anxiété que les autres. Essentiellement, les scores d’anxiété moyens des sujets les plus «féminins» (hommes et femmes) correspondaient grosso modo à 25 % les plus anxieux chez les plus «masculins».

Cependant, de là à dire que la plus grande anxiété des femmes a une origine entièrement sociale et pas du tout biologique, il y a un pas à ne pas franchir avertit Mme Arcand, qui entame une maîtrise en science biomédicale.

«Étant donné que le développement d’une personne est teinté par l’environnement social, il est difficile de séparer l’aspect social de l’aspect biologique. En effet, nous ne savons pas si les individus ayant une plus grande identification aux caractéristiques féminines ont une tendance plus «naturelle» à vivre plus d’anxiété (peut-être, par exemple, qu’ils se posent davantage de questions et sont plus émotifs)», dit Mme Arcand. Mais il est aussi possible que dans une société qui valorise des traits traditionnellement associés à la masculinité, les rôles de genre féminin engendrent plus d’anxiété.

Quoi qu’il en soit, il pourrait tout de même être intéressant, note la jeune chercheuse, d’insister sur l’affirmation de soi dans l’éducation des enfants, si cela peut éviter des cas d’anxiété.