La directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec, Annie Saint-Pierre.

L'aide médicale à mourir: un enjeu pour le monde funéraire

Trois-Rivières — Alors que le gouvernement du Québec songe à élargir l’accès de l’aide médicale à mourir, le milieu funéraire est encore en train de s’adapter à cette réalité de mort programmée.

L’aide médicale à mourir existe depuis plus de trois ans. La loi concernant les soins de fin de vie, qui pourraient être accessible aux gens atteints d’Alzheimer, est venue changer une partie de l’approche des gestionnaires des entreprises funéraires lorsque des familles ont vécu la mort d’un proche via l’aide médicale.

«On sent l’effet de l’aide médicale à mourir. Maintenant, des familles appellent les centres funéraires pour leur dire de venir chercher leur père demain à 14 h», déclare Annie Saint-Pierre, directrice générale de la Corporation des thanatologues du Québec, de passage à Trois-Rivières cette semaine dans le cadre d’une réunion du conseil d’administration de la corporation et d’une journée de formation.

Mme Saint-Pierre rappelle qu’une personne qui demande l’aide médicale à mourir n’est pas tenue d’informer ses proches de sa décision. Cela veut dire que parfois, des gens se retrouvent devant le fait accompli.

«Il y a des gens qui ne sont pas d’accord avec l’aide médicale à mourir. Il faut accompagner différemment ces familles à cause du contexte.»

L’aide médicale à mourir est un des sujets qui seront abordés lors d’une formation offerte par la Corporation des thanatologues du Québec, en juin. Ce sujet s’inscrit dans le volet des droits des défunts. Les entreprises funéraires doivent non seulement s’occuper de cette partie de leur travail avec des familles dont un proche est mort via l’aide médicale à mourir, mais aussi travailler avec des familles éclatées et traiter de dossiers de droits du défunt lorsque ce dernier n’a plus aucune famille ni entourage.

L’aide médicale à mourir est un nouvel aspect avec lequel le milieu funéraire doit composer.

Une prestation à bonifier

Le dossier de la formation de ses membres n’est pas le seul traité par la Corporation des thanatologues du Québec. Celui concernant l’augmentation de la prestation de décès fournie par Retraite-Québec représente une bataille de longue haleine que la corporation espère bien gagner.

Actuellement, le Régime de rentes du Québec remet 2500 $ à la famille d’un défunt, à condition que ce dernier ait suffisamment cotisé audit régime. La Corporation des thanatologues désire une indexation de cette prestation dont le montant n’a pas bougé depuis 22 ans, selon Mme Saint-Pierre, d’autant plus que la Société d’assurance automobile du Québec remet un montant de 5377 $ pour les frais funéraires d’une personne ayant perdu la vie sur la route et que la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail remet jusqu’à 5377 $ pour des frais funéraires concernant un décès relié au milieu du travail.

«Pourquoi une personne qui décède sur la route vaut deux fois plus qu’une personne qui décède dans un CHSLD et qui a travaillé toute sa vie? se questionne Mme Saint-Pierre. Ça fait 10 ans que la corporation demande un ajustement. On n’a pas eu de succès avec les anciens gouvernements. On souhaite une meilleure écoute de la Coalition avenir Québec.»

D’après Mme Saint-Pierre, bloquer la prestation de décès à 2500 $ envoie le signal aux familles que ce montant représente les coûts réels de services funéraires. À ce prix, on peut seulement avoir accès à une crémation et à la remise des cendres à la famille. Aucun rituel funéraire ne peut être accessible avec un tel budget.

«Pour 40 % des familles au Québec, la seule source financière pour les rites funéraires est la prestation de Retraite-Québec. On parle beaucoup que les gens escamotent les rituels funéraires depuis quelques années. Mais des fois, ce n’est pas par choix. Trop souvent, c’est parce que les familles n’ont pas les moyens.»

La Corporation des thanatologues du Québec souhaite que la prestation de décès de Retraite-Québec soit comparable à celles versées par la SAAQ et la CNESST. La corporation est cependant réaliste dans ses démarches. Sa requête réside d’abord dans un rehaussement de la prestation selon une indexation du coût de la vie (2 % par année) au cours des 22 dernières années, ce qui totalise autour de 3800 $.

«Ce serait un premier pas», dit Mme Saint-Pierre.

La corporation espère que le rehaussement de la prestation fera partie du prochain budget du gouvernement Legault.