« Il y a des variations dans l’ADN de certains gènes en lien, par exemple, avec le métabolisme de certains aliments, a expliqué Marie-Claude Vohl.

La nutrigénétique : la science de la nutrition et de la génétique

MONTRÉAL — Peut-être que, sans le savoir, vous métabolisez tellement lentement la caféine que vous ne devriez pas boire plus de deux cafés par jour. Peut-être aussi que, toujours sans le savoir, vous devriez manger davantage d’aliments riches en vitamine C pour que votre organisme ait toujours accès à cette vitamine quand il en a besoin.

S’il est pour le moment très difficile d’obtenir de telles informations, cela pourrait bientôt changer avec l’arrivée sur le marché de firmes qui offrent des tests de ce qu’on appelle à la fois la nutrigénétique et la nutrigénomique, même si le premier terme semble un peu plus populaire auprès des experts.

« Il y a des variations dans l’ADN de certains gènes en lien, par exemple, avec le métabolisme de certains aliments, a expliqué Marie-Claude Vohl, qui enseigne à l’École de nutrition de la faculté des sciences de l’agriculture et de l’alimentation de l’Université Laval. Les variations génétiques de ces gènes-là sont testées pour voir si vous avez par exemple une plus grande capacité à métaboliser plus rapidement la caféine ou pas, ou d’autres types de vitamines, ou d’autres nutriments. »

Concrètement, il s’agit de tests qui sont offerts par le biais d’un expert de la santé, souvent une nutritionniste.

Le client fournira un échantillon de salive qui sera transmis à un laboratoire qui en fera l’analyse. La nutritionniste discutera ensuite avec lui des données générées, de manière à l’aiguiller un peu plus concernant son alimentation.

Les tests pourraient également informer le client de son risque futur de souffrir de certains problèmes de santé chroniques, comme les maladies cardiovasculaires et les maladies inflammatoires de l’intestin.

Selon une enquête réalisée récemment par Mme Vohl et ses collègues, 91 % des gens seraient prêts à adapter leur alimentation en fonction de leur profil génétique, surtout s’ils se savent à risque de certains troubles de santé ou qu’ils souffrent déjà de problèmes comme l’hypertension, le diabète de type 2 ou l’obésité.

L’inverse serait toutefois aussi vrai : les gens seraient moins intéressés à adopter une alimentation optimale s’ils se savent dotés d’un code génétique solide qui les protège de la plupart des maladies.

Pas pour tout le monde

Les tests coûtent entre 335 $ et 400 $ et ne sont pour le moment offerts que par le secteur privé. Ils ne seront donc pas à la portée de tous — mais qu’à cela ne tienne, dit Mme Vohl, puisque tous n’en ont pas besoin.

« Ce n’est pas pour tout le monde, a-t-elle dit. Ça va en aider certains à se prendre en main. Les études cliniques démontrent que les gens qui ont reçu ces recommandations personnalisées, un an après, y adhèrent encore mieux que des recommandations plus générales parce qu’ils avaient l’impression que c’était pour eux. »

« C’est un effet positif, et je le vois plus comme un outil supplémentaire pour aider les gens à mieux manger. Certains seront attirés par d’autres manières, certains seront attirés par des approches comme celle-là. Mais à très court terme, ce n’est pas nécessairement pour tout le monde, et tous n’en ont pas besoin non plus. »

D’autant plus que les participants à l’enquête menée par Mme Vohl et son équipe ont indiqué être ouverts à des recommandations concernant les glucides, les gras et les gras saturés — mais moins intéressés par des suggestions touchant la caféine, l’alcool, le gluten et le lactose.

« Les gens sont tous pour la vertu. Ils sont prêts à faire des efforts s’ils sentent qu’il y a un gain pour eux, mais en même temps ils ne veulent pas que l’alimentation devienne diabolisée. Ils veulent garder le plaisir de manger, a précisé Mme Vohl. Quand ils nous répondent ça, c’est un peu ce qu’ils nous disent : je suis prêt à faire des efforts, mais j’aimerais avoir un certain plaisir. D’où l’importance d’être bien accompagné d’un professionnel de la santé (...) pour que la transition se fasse en douceur, où le plaisir de manger sera préservé. »

« Toute amélioration est toujours bénéfique. Les gens ne veulent pas que ça devienne trop restrictif, ils ne veulent pas perdre le plaisir de manger, ils veulent que le geste de manger demeure naturel, pas si compliqué non plus... Ils veulent que ça s’ajoute d’une manière positive, pas d’une manière coercitive. »