Devant la progression des cas de maladie de Lyme en Montérégie, des affiches ont été installées en bordure de sentiers boisés.

La maladie de Lyme inquiète

Lorsqu’elle est diagnostiquée rapidement et traitée efficacement, la maladie de Lyme n’est pas un ennemi très redoutable pour les humains. Mais, pour différentes raisons, le diagnostic n’est pas toujours facile à effectuer. Sans compter qu’il existe une forme tardive de la maladie qui suscite des débats. Lumière sur un problème de santé publique parfois déroutant.

Le nombre de cas de maladie de Lyme est en croissance au Québec, surtout dans les régions plus au sud. Alors que personne ne se préoccupait des cas recensés à une époque, la population s’intéresse désormais au phénomène. Même l’Assemblée nationale a tenu une commission parlementaire, récemment, pour mieux comprendre la situation et s’assurer que le système de santé répondait adéquatement aux besoins.

Au terme de leurs travaux, les membres de cette commission parlementaire ont demandé au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec d’en faire davantage et ont plaidé en faveur d’une amélioration de la formation des médecins en lien avec ce mal propagé par des tiques infectées.

La cause paraît cependant tout entendue pour de nombreux experts de la santé : en dépit des craintes dans la population et parmi les élus provinciaux, il n’y a pas lieu selon eux de s’alarmer puisque les méthodes diagnostiques et les traitements existants sont efficaces.

« Les tests diagnostics qu’on utilise au Québec pour la maladie de Lyme sont recommandés par le gouvernement fédéral ainsi que par les États-Unis. Ils sont hyperperformants plusieurs mois après l’arrivée de la tique. Et, en clinique, les médecins font constamment un meilleur travail de dépistage », fait valoir Karine Thivierge, parasitologiste au Laboratoire de santé publique du Québec.

La multiplication des tiques en sol québécois a forcé les médecins à s’adapter rapidement, car nombre d’entre eux avaient du mal à reconnaître les symptômes de cette maladie infectieuse il y a quelques années à peine.

« Ça a été toute une expérience à vivre pour le système de santé parce que cette infection n’était pas présente au Québec il y a 5 ou 10 ans à peine. La formation des médecins est capitale et on travaille sur cet aspect. Notre évolution est progressive et elle va se poursuivre parce que, en raison des changements climatiques, les tiques ne disparaîtront pas de nos régions », fait valoir Mélissa Généreux, directrice de santé publique en Estrie.

Dre Généreux souligne également que des efforts de sensibilisation importants sont consentis afin d’amoindrir les impacts de la maladie sur la population. Et elle ajoute que les pharmaciens ont été intégrés à la stratégie de lutte à l’infection par le biais d’une ordonnance collective leur permettant de proposer un traitement antibiotique préventif à des personnes piquées dans des zones à risque.

Un autre son de cloche

Présidente de l’Association québécoise de la maladie de Lyme (AQML), Annie Roussy tient cependant un discours en porte-à-faux avec celui des experts québécois. Il y a selon elle encore beaucoup de chemin à parcourir, au Québec, avant d’avoir des méthodes parfaitement efficaces pour diagnostiquer et traiter la maladie de Lyme.

« Notre association existe depuis quatre ans, justement parce qu’une controverse médicale a éclaté au sujet de ce problème de santé et que le Québec avait du retard tant en matière de diagnostic que de traitement, note d’emblée Mme Roussy. Ça a commencé à bouger avec le corps médical, mais on voit toujours des histoires d’horreur. »

Entre autres, la présidente de la l’AQML juge qu’il est temps que les autorités de la santé publique reconnaissent pleinement la forme tardive ou « chronique » de la maladie de Lyme, considérée plus agressive.

S’appuyant sur les travaux d’experts en Europe et aux États-Unis, Annie Roussy affirme aussi qu’il serait nécessaire de revoir les protocoles qui s’appliquent en province pour les cas d’infection et de les faire évoluer en fonction des découvertes.

Elle prétend ainsi qu’il est urgent de trouver une solution pour les personnes qui présentent les symptômes de la maladie, des mois ou des années après une piqûre, sans qu’on soit en mesure de démontrer de façon claire qu’elles ont été infectées par une tique.

Sans réagir directement aux propos de Mme Roussy, Karine Thivierge avoue que l’injection de fonds supplémentaires dans la recherche n’est pas un luxe. « Aidons les chercheurs à pousser plus loin les connaissances », dit-elle.

Mélissa Généreux assure pour sa part que l’approche adoptée, en Estrie, en est une d’ouverture. « On a un comité de vigilance et ses membres restent ouverts. On veut ce qu’il y a de mieux pour la population. On a confiance dans nos méthodes actuelles, mais on demeure à l’affût des avancées », résume-t-elle.

L’Assemblée nationale s’en mêle

Tous les partis politiques présents à l’Assemblée nationale du Québec réclament l’adoption de pratiques plus performantes en ce qui concerne le traitement de la maladie de Lyme en province. En avril dernier, la Commission de la santé et des services sociaux a livré un rapport unanime portant sur ce nouveau problème de santé publique. 

Le document contient trois recommandations principales. Les députés demandent la mise sur pied d’une grande campagne de sensibilisation pour prévenir la propagation de la maladie. Ils souhaitent également que le ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec « bonifie le programme de formation des professionnels de la santé sur les formes de la maladie de Lyme, son diagnostic et son traitement ». 

Enfin, ils désirent être informés des actions futures du Ministère relatives à ce dossier. Entre autres, le rapport déposé s’intéresse à la forme chronique de la maladie de Lyme, qui a provoqué son lot de débats au Québec au cours des dernières années. Les députés indiquent notamment qu’ils veulent être tenus informés « de ses nouvelles modalités de traitement ».

Par ailleurs, le rapport reconnaît que plusieurs personnes atteintes de la maladie de Lyme souffrent beaucoup, qu’elles consultent souvent plus d’un médecin et que l’errance des patients, à l’intérieur du système de santé, coûte cher à l’État québécois.