La ministre de la Santé Danielle McCann

La «guerre aux abus spirituels» menée depuis longtemps

POINT DE VUE / En réaction au texte «Les soins spirituels dans la mire» de Patricia Cloutier.

L’article paru jeudi laisse entendre que le mandat confié en mars dernier au CHU de Québec et au centre SpiritualitéSanté de la Capitale-Nationale, dirigé par Marie-Chantal Couture, a pour objectif prévenir et de mettre un terme aux abus spirituels et religieux que nous avons dénoncés dans le dossier paru samedi dernier dans La Presse.

Or ce n’est pas le cas, et nous apporterons ici les précisions qui s’imposent.

Comme il a été rapporté dans les articles précédents, nous avons contacté le Ministère à plusieurs reprises depuis le mois de janvier pour leur faire part de nos inquiétudes en lien avec ces abus, mais également des disparités sur le terrain découlant du manque de formation appropriée. Je pense en particulier à un appel téléphonique du 7 mai dernier, où nos signaux d’alarme par rapport aux abus religieux ont été balayés du revers de la main par notre vis-à-vis du ministère, et où à aucun moment il n’a été question d’un mandat de refonte des soins spirituels donné deux mois plus tôt au CHU de Québec et au centre SpiritualitéSanté. Notre association n’a eu connaissance de ce mandat que des mois plus tard, en juin, et encore : il s’en est fallu de peu pour que l’AIISSQ ne soit jamais informée de cette situation. Le MSSS et  le centre SpiritualitéSanté semblent avoir tout fait pour éviter que l’AIISSQ apprenne qu’un vaste chantier portant sur sa profession s’était mis en branle. Tout cela alors même que notre association -la seule association professionnelle représentant les intervenants en soins spirituels (ISS) cliniciens du Québec-  essayait à plusieurs reprises de faire comprendre au MSSS que de graves abus spirituels et religieux se déroulaient partout dans le réseau de la santé, et qu’un resserrement de la formation obligatoire pour exercer ce métier exigeant était impératif. 

Plusieurs questions se posent alors. Pourquoi tout faire pour tenir l’AIISSQ à l’écart de ce vaste chantier sur la profession qu’elle représente? Ensuite, pourquoi avoir confié ce mandat au CHU de Québec et au centre SpiritualitéSanté, étant donné que l’AIISSQ possède déjà une structure de formation qui fonctionne, qui est reconnue à l’international (Canada, États-Unis et Europe), et qui est non-confessionnelle? En excluant l’AIISSQ, c’est toute la francophonie canadienne et internationale dont se prive le MSSS et l’Université Laval, car leur programme ne sera pas reconnu ailleurs qu’au Québec. Pourquoi se priver d’une formule qui nous positionnerait aisément comme des leaders internationaux en matière de soins spirituels non confessionnels?

Quoi qu’il en soit, les ISS membres de l’AIISSQ possèdent déjà la formation adéquate pour intervenir auprès des clientèles de toutes les confessions et s’exprimant à travers toutes les formes de spiritualité. Ils/elles agissent déjà au quotidien pour protéger leur patient.e.s des abus comme ceux qui sont — fort heureusement — médiatisés aujourd’hui. L’AIISSQ offre déjà de la formation rigoureuse qui tient compte de cette réalité, et forme ses ISS en conséquence. Nous n’avons pas besoin d’attendre un rapport en 2021 pour agir, d’autant plus que Mme Couture nie l’existence de ces abus sur son territoire dans l’article paru dans La Presse! Voilà qui est très inquiétant, venant de celle à qui l’on a confié le mandat de repenser toute la profession. 

Si la ministre McCann désire profiter de notre expertise pendant cette refonte des soins spirituels — car il y a effectivement beaucoup de travail à faire —, nous serions heureux d’accepter son invitation, de siéger sur ses comités et de nous occuper du volet pancanadien et international d’une éventuelle formation clinique non confessionnelle. 

Car cette «guerre aux abus spirituels», nous la faisons déjà depuis longtemps, sur le terrain. Au MSSS de décider s’il veut des troupes expérimentées dans ses rangs pour réfléchir à sa stratégie, ou non.