À l'avant, le Dr Arnaud Desbordes, la Dre Clémentine Buyoya et le Dr Jérôme Lopez. À l'arrière, la Dre Delphine Mallein, le Dr Jérôme Champvillard, la Dre Sylvie Rousselot et le Dr Nicolas Gillot.

La filière médicale française en Outaouais

Ils ont tout laissé derrière eux. Maisons, meubles, bagnoles, copains. L'époque où le boulot grugeait presque toute leur énergie fait maintenant partie du passé, une ère restée de l'autre côté de l'Atlantique. Souvent boudée par les médecins de famille, l'Outaouais a été pour eux une terre d'accueil leur permettant de renouer avec leur passion, celle de soigner les gens.
Par un vendredi soir de décembre, ils sont sept médecins de famille - tous débarqués de France au cours des dernières années - réunis pour prendre un verre autour d'une bonne bouffe. Les conjoints et la marmaille - nombreuse - font en sorte que l'accent français résonne aux quatre coins de la demeure québécoise du Dr Nicolas Gillot, le premier du lot à avoir posé ses pénates au pays, au printemps 2012. Celui qui est aujourd'hui le chef du département de médecine générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais a été le maître de stage de la moitié des médecins français réunis ce soir-là.
Ces médecins se confient sans gêne sur ce qui les a poussés à faire le saut. La Dre Delphine Mallein n'est pas partie par écoeurement, mais plutôt pour «changer de vie». Le Dr Arnaud Desbordes a pour sa part réalisé en quelque sorte un rêve de jeunesse, lui qui avait passé trois mois au Québec au début de la vingtaine.
Dans le cas du Dr Jérôme Lopez, c'est «un ras-le-bol total» qui l'a mené à oeuvrer au CLSC de Saint-André-Avellin, dans la Petite-Nation.
«J'étais pas loin du burn out, raconte-t-il. Je faisais de deux à trois gardes de 24 heures par semaine, je faisais des semaines de 70 à 100 heures, je n'avais plus de week-ends, [...] je n'avais plus de vie de famille et pas de temps pour voir les copains.»
La politique a aussi joué un rôle, admet celui qui s'affiche ouvertement de droite, puisqu'il a pris sa décision après l'élection de François Hollande à l'Élysée.
La Dre Delphine Mallein et le Dr Arnaud Desbordes oeuvrent eux aussi au CLSC de Saint-André-Avellin. En obtenant un permis de pratique restrictif en tant que médecins immigrants, ils ont l'obligation de travailler en établissement pendant cinq ans.
La Dre Mallein, qui travaillait pour SOS médecins en France, a rapidement vu un contraste dans la perception qu'ont les patients des médecins, puisqu'ils ont longtemps été privés d'un accès à des soins de première ligne. Elle a vu des gens avoir les larmes aux yeux en leur annonçant qu'elle allait désormais les suivre, qu'elle serait leur médecin.
«C'est une question d'éducation de la société, renchérit la Dre Clémentine Buyoya. Ici, les gens viennent consulter quand ça va vraiment mal. En France, ils ont trop l'habitude d'avoir trop facilement accès à un médecin. [...] Il y a aussi beaucoup plus de médicaments en vente libre ici, donc les pharmaciens vont souvent compenser pour le manque de médecins.»