L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) a demandé au gouvernement du Québec, en juin 2012, de rendre obligatoire l'obtention d'un baccalauréat en sciences infirmières avant d'accéder à la profession.

Infirmières: le bac facultatif déçoit l'UQO

En faisant une croix sur le baccalauréat obligatoire pour ses futures infirmières, le gouvernement Marois s'entête à vivre dans une ère aujourd'hui révolue partout ailleurs, en raison de pressions faites par certains syndicats, estiment les responsables du département de sciences infirmières de l'UQO.
Profondément déçu par la décision du ministre de la Santé, Réjean Hébert, qui annonçait la semaine dernière qu'il ne donnerait pas suite aux recommandations de l'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) et du président du Groupe de travail sur la formation de la relève infirmière visant à faire du baccalauréat une exigence, le département de sciences infirmières de l'Université du Québec en Outaouais (UQO) appelle Québec à revoir sa décision.
«Réjean Hébert avait tout en main pour mettre le Québec sur un pied d'égalité avec les autres provinces et les autres pays», a affirmé en entrevue le directeur du département, Mario Lepage. «En octobre, lors de l'assemblée générale de l'OIIQ, devant plus de 2000 personnes, le ministre avait affirmé lui-même que le statu quo n'était plus acceptable. La semaine dernière, ce qu'il a annoncé, c'est [le statu quo].»
M. Hébert avait expliqué sa décision par l'absence de consensus au sein de la profession infirmière. Si l'OIIQ juge que le baccalauréat devrait être essentiel pour accéder à la profession afin de répondre à la complexité croissante des soins de santé, la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), dont la majorité des membres sont des diplômées collégiales, s'y oppose. Les cégeps appuyaient également le maintien de la reconnaissance de leurs diplômes.
«En réalité, le plus navrant n'est pas la décision du ministre, mais davantage l'absence de consensus entre les différents membres de la profession infirmière face à un tel enjeu», note Robert Bilterys, directeur du module des sciences de la santé de l'UQO.
Exode vers l'Ontario à prévoir
En dépit de la volte-face de Québec, l'UQO se trouve en bonne posture, ses programmes attirant un nombre croissant d'apprentis infirmiers chaque année, notent MM. Lepage et Bilterys. Les divers programmes offerts à Gatineau et St-Jérôme ont été en constante croissance depuis 2008. Reste à déterminer où s'en vont réellement les diplômées.
Ceux qui s'intéressent à ce domaine «ne se satisfont plus d'une simple technique, car ils savent que ce n'est plus qu'une question de temps avant la mise en place du baccalauréat obligatoire», dit M. Bilterys, selon qui la «victoire» de la FIQ et des cégeps «sera de courte durée».
L'Outaouais risque néanmoins de perdre encore davantage d'infirmières aux mains de l'Ontario, car les infirmières équipées d'un baccalauréat ont droit d'y effectuer de nombreuses tâches et procédures qu'elles ne peuvent pas faire du côté de Gatineau.
«À l'hôpital de Gatineau, les infirmières techniciennes (venues du cégep) et bachelières ont les mêmes tâches, les mêmes responsabilités. C'est dévalorisant pour ces infirmières, car elles ne peuvent appliquer tout ce qu'elles ont appris. Il y a des départs de l'autre côté de la rivière. On en voit souvent, c'est sûr», conclut Mario Lepage.