Le profil démographique de la clientèle de l’hôpital Montfort a beaucoup changé depuis quelques années.

Hôpital Montfort: enjeux et critiques linguistiques

Le président-directeur général de l’Hôpital Montfort, Dr Bernard Leduc, persiste et signe: le français a beau être la langue de travail à l’intérieur des murs, reste que l’établissement n’a d’autre choix que de naviguer dans un système de santé anglophone.

«Nous ne sommes pas sur une île complètement séparée, on doit communiquer avec nos partenaires, ce doit donc aussi être accessible en anglais», se défend le grand patron de l’hôpital lorsqu’on lui fait part de réactions acheminées au Droit à la suite de la publication dans nos pages de l’article «Une réalité qui fait sourciller», le 14 avril dernier. 

Dans ce reportage, une infirmière qui avait requis l’anonymat soutenait que Montfort s’anglicisait à rythme effréné depuis quelques années, ce qui causerait de la frustration chez plusieurs employés. Elle prétendait entre autres que jamais autant de médecins n’ont rédigé leurs notes en anglais et que l’embauche d’infirmières bilingues dont la langue maternelle est l’anglais est préconisée, chose qu’avait réfutée la direction de l’hôpital.

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Après la publication de l’article, une étudiante en médecine qui a complété un stage à Montfort a dénoncé des situations semblables. Elle a indiqué, par exemple, que les notes des superviseurs de stages ont quasi toujours été rédigées en anglais et que l’enseignement était en anglais dans plusieurs de ses stages. Plusieurs séances de formation pour urgentologues sont aussi données en anglais par des médecins de l’hôpital, a-t-elle ajouté, se questionnant à savoir pourquoi n’a-t-on pas recruté des superviseurs de stage au Québec. 

Pour M. Leduc, la réponse est la même qu’il y a un mois, même s’il se dit sensible à la question. 

«Le fait qu’on va pouvoir former davantage de gens en français va régler ce problème-là. Encore là, on recrute les gens que l’on recrute. On est présents aux forums pour les résidents en médecine au Québec qui voudraient profiter d’une opportunité hors Québec. Mais les médecins que l’on recrute sont majoritairement issus de programmes de formation ontariens, et la majorité de ces gens-là ont été formés en anglais. C’est excessivement difficile de demander à quelqu’un qui a fait cinq ou six ans de résidence dans un domaine technique de tout à coup documenter ses choses en français. Au niveau de la qualité, ce serait problématique», lance-t-il. 

DLeduc réitère que le profil démographique de la clientèle de l’hôpital a beaucoup changé depuis quelques années. 

«Vanier est moins francophone qu’il ne l’était il y a 30 ans, Orléans aussi. On est victime de notre succès, car la réputation de Montfort fait son chemin au niveau de la clientèle anglophone, qui veut venir chercher ses soins chez nous. Ça va demeurer un enjeu de maintenir cette identité francophone, mais est-ce qu’il y aura des défis? Oui, c’est évident. On ne peut pas être dans une mer anglophone et ne pas avoir d’enjeux», soutient-il.