Patrick Guay, président par intérim du syndicat des professionnelles en soins de santé de l’Outaouais.

Heures supplémentaires à 200%: le CISSSO fait marche arrière

Après avoir promis une rémunération à 200 % du taux horaire habituel à des employés devant effectuer des heures supplémentaires pendant la longue fin de semaine de la fête du Travail, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) fait marche arrière, puisqu’une telle mesure « ne respecte pas les conventions collectives ». « De l’amateurisme », lance le président par intérim du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), Patrick Guay.

Dans un bref communiqué envoyé vendredi après-midi, le CISSSO indique que « l’octroi de temps supplémentaire à des taux de 200 % ne respecte pas les conventions collectives ». Une telle mesure avait été annoncée la veille pour les infirmières, infirmières auxiliaires et préposés aux bénéficiaires effectuant des heures supplémentaires entre jeudi à 16 h et mardi à 8 h dans tous les hôpitaux et centre d’hébergement et de soins de longue durée du CISSSO.

« Par conséquent, à titre d’organisme public, le CISSS de l’Outaouais entend se conformer et fera la rémunération du temps supplémentaire au taux convenu dans les conventions, et ce, rétroactivement à ce qui avait été annoncé [jeudi] comme mesure exceptionnelle, est-il ajouté. Aucun autre commentaire ou entrevue ne seront accordés. »

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Au SPSO, Patrick Guay tentait de trouver les mots pour exprimer sa frustration. « Je suis rouge de colère, a-t-il lancé quelques minutes après avoir appris la nouvelle. […] C’est inadmissible. Si la PDG n’est pas capable de tenir ses promesses, qu’elle se retire de son poste. »

Le représentant syndical estime que la grande patronne du CISSSO, Josée Filion, « vient de briser le lien de confiance envers ses employés ».

« C’est de l’amateurisme, c’est du n’importe quoi », s’insurge M. Guay. Ce dernier soutient avoir dû demander, avec ses homologues de la Confédération des syndicats nationaux (CSN) représentant les préposés aux bénéficiaires, que le CISSSO s’occupe de contacter les employés qui avaient accepté de faire des heures supplémentaires en se fiant sur l’offre d’une rémunération à 200 %.

« Ils nous ont dit ‘on va faire notre possible’, relate M. Guay. Ça dépasse l’entendement. […] Ils ont le culot de dire qu’ils espèrent que les professionnelles en soins vont respecter leurs engagements, mais eux ne les respectent pas. »

À la CSN, le vice-président à la négociation du Syndicat des travailleuses et travailleurs de la santé et des services sociaux de l’Outaouais (STTSSSO), Jeremy Berthiaume, était lui aussi consterné par la volte-face du CISSSO.

« C’est pathétique, a-t-il lancé. C’est complètement pathétique. […] Ce n’était peut-être pas une mesure pour combattre l’épuisement, mais au moins, c’était une reconnaissance des efforts pour les heures supplémentaires. »

M. Berthiaume souligne que les préposés aux bénéficiaires « font partie des plus bas salariés du réseau ». « Quand on annonce une rémunération comme ça, ça attire nos membres, dit-il. Les préposés aux bénéficiaires trouvaient ça intéressant. »

Tant du côté du STTSSSO que du SPSO, on déplorait que le retrait de l’offre du taux à 200 % s’applique de manière rétroactive pour les employés ayant déjà travaillé des heures supplémentaires depuis jeudi soir. Les deux syndicats évalueront de quelle manière ils pourront contester le tout.

Jeudi, la ministre de la Santé, Danielle McCann, avait tenu « à rassurer » la population de l’Outaouais et le personnel du CISSSO en annonçant que « des mesures exceptionnelles » — l’offre du taux à 200 % — étaient mises en place pour « assurer des services de qualité aux patients et une stabilité dans les équipes de soins […] durant le long congé de la fête du Travail ».

Ces mesures avaient été annoncées après que le SPSO eut suggéré à la population, vendredi matin, d’éviter les urgences des hôpitaux de Hull et de Gatineau et « de privilégier toutes les autres options possibles, notamment l’utilisation du réseau de la santé de l’Ontario ».