Le Regroupement des maisons pour femmes violentées a lancé un appel à l’aide pour dénoncer leur manque de ressources.

Hébergement pour femmes violentées: les ressources étirées au maximum

MONTRÉAL — Les victimes de violence conjugale sont de plus en plus à risque de se heurter à des portes closes lorsqu’elles se présentent à une maison d’hébergement, celles-ci étant débordées.

Le Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale a lancé un cri d’alarme, mercredi, indiquant que les ressources de ses 43 maisons membres sont étirées au maximum, certaines au-delà, au point où elles doivent parfois placer des femmes sur une liste d’attente, une situation intenable qui met leur sécurité et celle de leurs enfants à risque, ou encore couper d’autres services.

« Certaines maisons sont vraiment pleines à capacité (...) Donc, oui, il y a des refus d’hébergement », a expliqué Chantal Arseneault, présidente du Regroupement, en conférence de presse à Montréal.

« En violence conjugale, quand arrive une situation de crise, c’est là que les femmes appellent. C’est là qu’elles sont dans leur sentiment d’injustice et c’est là qu’il faut répondre rapidement. Malheureusement, quand on ne peut pas faire ça, et qu’on la rappelle trois, quatre semaines après, des fois elle est rendue ailleurs. Donc, on échappe parfois ces femmes-là. »

À ses côtés, Annick Brazeau, directrice générale de la maison d’hébergement pour Elles des Deux Vallées, en Outaouais, soulevait les difficiles questions : « Est-ce qu’on peut prendre le risque de dire à une femme qu’on n’est pas capable de lui offrir les services, qu’elle devra retourner dans son milieu de violence ? Est-ce que ça veut dire, comme on n’est pas capable de lui offrir le service, que cette famille-là, cette femme-là va être en danger, elle et ses enfants ? »

L’organisme, qui représente 43 maisons d’hébergement à travers la province, demandait depuis un an à rencontrer la ministre de la Santé et des Services sociaux, Danielle McCann. Or, le bureau de la ministre a finalement répondu positivement à cette demande une demi-heure avant la conférence de presse du Regroupement, mercredi, sans toutefois donner de date pour la rencontre.

Les maisons d’hébergement sont aux prises avec une tempête parfaite d’éléments nuisibles à leur mission. La pénurie de main-d’œuvre, combinée au fait que les salaires sont beaucoup plus élevés dans le réseau public que dans ces organismes communautaires, entraîne un exode des intervenantes, ce qui se traduit non seulement par un manque de personnel, mais aussi une perte d’expertise.

Selon Annick Brazeau, c’est pas moins de la moitié du personnel d’intervenantes qui a quitté au cours de la dernière année.

« Évidemment, il y a une pénurie de main-d’œuvre et elles se dirigent vers les Centres de santé et de services sociaux (CISSS) qui offrent des meilleures conditions de travail », dit-elle.

Par ailleurs, les compressions imposées au réseau public par le précédent gouvernement libéral ont amené tant le réseau de la santé et des services sociaux que la DPJ à référer de plus en plus de cas aux maisons d’hébergement.

« Il y avait des groupes offerts aux femmes dans les CISSS, il y avait des services et là, on voit de plus en plus qu’on nous demande notre aide », raconte Mme Brazeau.