Une décision rendue le mois dernier par le TAT lève le voile sur « une série d’événements » ayant mené une travailleuse sociale à tomber en arrêt de travail un an après son embauche au service Info-Social.

Harcèlement psychologique au CISSSO

Après deux échecs, une ancienne travailleuse sociale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) vient de réussir à faire reconnaître qu’elle a subi une lésion professionnelle en raison du harcèlement psychologique dont elle a été victime de la part de sa gestionnaire.

Une décision rendue le mois dernier par le Tribunal administratif du travail (TAT) lève le voile sur « une série d’événements » ayant mené une travailleuse sociale à tomber en arrêt de travail un an après son embauche au service Info-Social.

C’est au printemps 2015 que la dame a été embauchée, au moment où le CISSSO lançait le service Info-Social, le pendant psychosocial du service Info-Santé pour ceux qui composent le 811.

Quelques jours après avoir cessé de travailler, en mars 2016, la travailleuse dépose une requête à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST), « alléguant avoir été victime de harcèlement psychologique et avoir développé un trouble de l’adaptation en lien avec son travail ». La CNESST a rejeté sa réclamation à deux reprises.

La travailleuse s’est tournée vers le TAT, qui reconnaît maintenant, trois ans après l’arrêt de travail, qu’elle a subi une lésion professionnelle.

La décision révèle que la travailleuse a déposé une plainte pour harcèlement psychologique « selon la procédure interne » du CISSSO. « Une enquête indépendante chez l’employeur a eu lieu qui a conclu que la travailleuse a été victime de harcèlement psychologique », lit-on dans la décision rendue par le juge administratif Marco Romani.

Selon la preuve prépondérante, la gestionnaire de la travailleuse avait « une réputation qui la précédait avant qu’elle soit au service 811 » et « elle était connue comme étant une gestionnaire rigide et ferme ».

La décision note que « plusieurs témoins ont constaté que la travailleuse a subi les foudres » de la gestionnaire et que « plusieurs témoins ont fait allusion à de la violence verbale ».

« Tous les témoignages ont illustré qu’il y avait de la tension entre [la gestionnaire] et la travailleuse, lit-on aussi dans la décision. Particulièrement que [la gestionnaire] pouvait souvent s’impatienter et crier après la travailleuse devant d’autres personnes. [...] Ce comportement ne fait pas partie d’un environnement de travail normal. »

La représentante du CISSSO « a plaidé que le dossier n’est qu’un conflit de travail » et que « l’environnement de travail était normal ». Le TAT ne partage toutefois pas cet avis, et souligne que « même les témoins de l’employeur ont reconnu » l’existence des problèmes dans les relations de travail.

Accumulation

D’autres incidents sont aussi relatés dans la décision, qui rappelle que « ceux qui sont objectivement bénins deviennent significatifs par accumulation », et que le tout s’apparente à « un événement imprévu et soudain » au sens de la Loi sur les accidents du travail et les maladies professionnelles.

La décision rendue par la CNESST à la suite d’une révision administrative a ainsi été infirmée, le TAT reconnaissant que la travailleuse a subi une lésion professionnelle et qu’elle a droit aux prestations prévues dans la loi.

Le CISSSO a refusé de commenter ce dossier, et n’a pas non plus voulu dire s’il songeait à porter la décision en appel.