Émilie Houle, qui s’est enlevé la vie le 29 mars dernier, laissant derrière elle une lettre dans laquelle elle racontait, entre autres, les démarches qu’elle avait entreprises pour obtenir de l’aide.

Forum Jeunes et santé mentale: les proches d'Émilie Houle pas invités

TROIS-RIVIÈRES — «Émilie ne pourra plus jamais parler. C’était un peu une façon pour moi de lui rendre hommage, et d’en sauver d’autres comme elle, parce que des Émilie, il y en a partout. Il y en a plein», déplore Mollie Ferron, la conjointe d’Émilie Houle, qui s’est enlevé la vie le 29 mars dernier, laissant derrière elle une lettre dans laquelle elle racontait, entre autres, les démarches qu’elle avait entreprises pour obtenir de l’aide.
Mollie Ferron, conjointe d’Émilie Houle.

Pour les proches d’Émilie Houle, originaire de Baie-du-Febvre, la déception est vive de ne pas avoir été invités au forum Jeunes et santé mentale qui se tenait, lundi, à Québec. Mollie Ferron et Frédérik Boisclair, une amie d’enfance, souhaitaient la représenter et lire non seulement la lettre laissée par la jeune femme de 23 ans, mais aussi raconter les écueils qu’elle a rencontrés lorsqu’elle luttait contre son mal de vivre. Elle avait même été conduite à l’urgence en ambulance, mais elle n’avait finalement pas été hospitalisée. Elle est passée à l’acte quelques jours plus tard. «Le but, c’était de lire notre témoignage par rapport à toutes les démarches qu’on avait faites. Le but, ce n’était pas juste de lire sa lettre, mais vraiment de dénoncer le manque d’accès. C’est la raison pourquoi je me tiens debout. C’est de défendre son nom, de défendre ce qu’elle a essayé de dénoncer avant de s’enlever la vie, et on n’a pas pu le faire», s’indigne Mme Ferron. «Je me disais que s’ils l’entendaient vraiment de la bouche des personnes qui l’ont vécu avec elle, et qui ont essayé de l’aider, et qu’ils le voyaient dans nos yeux que ça vient nous chercher profondément, qu’ils allaient peut-être avoir vraiment envie que ça change», ajoute-t-elle, en parlant des participants au forum. Elle croyait jusqu’à il y a quelques jours qu’elle pourrait y participer d’autant plus que la mort de sa conjointe a fait l’objet d’une grande médiatisation.

La mère d’Émilie Houle, Maryse Dionne, partage la déception de Mme Ferron. «C’est désolant. Elles étaient prêtes à aller porter le message d’Émilie. Le message qu’elle nous a laissé, c’était pour sauver d’autres vies. C’est plus pour elle qu’on le faisait et en nous laissant cette lettre, c’est ce qu’elle nous demandait, je crois.»

Mme Dionne espère que le forum va mettre de l’avant des solutions pour aider des personnes comme Émilie. «On espère qu’il y aura des mesures concrètes. C’est sûr que ce ne sera pas le mois prochain ni dans deux mois, mais on espère des investissements, plus de ressources, plus de centres. On a visité un centre et ils ne vivent pas sur l’or, ce n’est pas simple. Ils font ce qu’ils peuvent avec ce qu’ils ont, mais je pense qu’il y a un manque.» «On va espérer que ce n’est pas juste du bla-bla, et que des actions vont être posées», ajoute-t-elle.

Une chose est sûre, elle n’a pas l’intention de baisser les bras. «J’espère que quelque chose va sortir du forum. Sinon, on va continuer de frapper sur le clou pour éviter qu’en bout de ligne, il ne se passe rien.»

Pour Mme Ferron, c’était la chance de s’adresser à la ministre de la Santé, Danielle McCann. «J’aurais espéré qu’elle [la ministre McCann] veuille nous voir en face pour nous dire qu’il va y avoir des changements, confie-t-elle. Je comprends que ça puisse prendre des années, mais au moins qu’on sente qu’il y a un plan. Mais là, on n’a même pas eu la chance d’y aller, et ça me brise le cœur.»

La mère d’Émilie Houle, Maryse Dionne.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on explique que les participants ont été choisis afin qu’il y ait une représentativité des organismes et des personnes touchées. «Des organismes représentatifs du milieu de la santé mentale et des jeunes ont donc été sollicités afin qu’ils identifient des jeunes et des proches qui étaient disposés et à l’aise de s’exprimer et de participer dans le contexte du forum», a précisé, par courriel, Noémie Vanheuverzwijn, relationniste de presse au MSSS.

Pour ce qui est du suicide, c’est le regroupement des endeuillés Zéro suicide qui devait suggérer des noms de participants. En collaboration avec le MSSS, le regroupement a dû choisir seulement quatre personnes endeuillées du suicide pour livrer un témoignage.

Le choix a été très difficile à faire, souligne Marlène Gauthier, instigatrice du regroupement des endeuillés. «C’est sûr et certain que c’était décevant. Ça m’a crevé le cœur. J’aurais voulu tous les prendre, c’est certain, mais il fallait faire un choix», souligne la dame dont le fils Olivier est mort par suicide à 19 ans. Certaines personnes ont pleuré en apprenant qu’elles ne pourraient prendre part au forum. «Moi, j’ai pleuré pour eux», laisse tomber Mme Gauthier.

Le forum parlait d’ailleurs de santé mentale et non pas uniquement de la problématique du suicide. D’autres proches et jeunes ont livré des témoignages mais sur d’autres aspects concernant la santé mentale. Les personnes choisies devaient être représentatives des différentes régions et être de différents groupes d’âge. De plus, puisque la salle contenait seulement 200 places, il a fallu faire un choix parmi les personnes qui désiraient y prendre part.

Mme Gauthier se réjouit toutefois que plusieurs décideurs étaient sur place. D’ailleurs, le MSSS assure que toutes les régions étaient représentées. Mme Gauthier est confiante que ce forum va faire une différence. «J’ai senti une grande ouverture de la part de la ministre. J’ai senti beaucoup d’émotions lorsqu’on a présenté nos témoignages. C’était très émotif dans la salle. J’attends des actions concrètes, mais je sens qu’il va y avoir un vent de changement. J’ai l’impression que les personnes qui ont des idées suicidaires et qui se présentent à l’hôpital ou dans un centre de crise vont être prises au sérieux maintenant.»

Même s’ils n’étaient pas présents, les proches d’Émilie Houle étaient bien représentés par ceux qui ont partagé leur expérience, estime Mme Gauthier. «Les gens ont pris la parole. On a parlé beaucoup de suicide. On ne minimisera plus. Je pense qu’on est rendu à une autre étape. Je l’espère en tout cas.»

Le MSSS assure que l’objectif du forum est que tous ceux qui souhaitent s’exprimer sur le sujet soient entendus. Ainsi, toute personne ayant des commentaires ou des recommandations à formuler peut le faire par une consultation en ligne au http://www.msss.gouv.qc.ca/professionnels/sante-mentale/forum-jeunes-et-sante-mentale/consultation-en-ligne/

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre l’Association québécoise de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553).