La Maison Fraternité d’Ottawa qui reçoit des jeunes toxicomanes francophones fermera ses portes au printemps 2020.

Fermeture d'une résidence pour jeunes toxicomanes francophones d'Ottawa

Le Centre résidentiel pour jeunes de la Maison Fraternité d’Ottawa - seul en son genre pour les toxicomanes francophones de l’Ontario - devra fermer ses portes au printemps 2020, faute de financement.

Le président de la Maison Fraternité, Raymond Jacques, indique avoir récemment appris que le Réseau local d’intégration des services de santé (RLISS) de Champlain cessera de financer les activités du centre, où sont hébergés des jeunes de 12 à 21 ans vivant des problèmes de toxicomanie.

La nouvelle est tombée « juste avant » l’annonce des compressions dans les services aux Franco-Ontariens du gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford. « Est-ce que c’est relié ? Je ne le sais pas, note M. Jacques. Mais la coïncidence est assez intéressante. C’est encore une fois les francophones qui font les frais de tout ça. »

Selon M. Jacques, le RLISS de Champlain a invoqué des motifs statistiques pour justifier sa décision de cesser, à compter d’avril 2020, le financement annuel de 816 000 $ que reçoit le Centre résidentiel pour jeunes, qui compte cinq lits et emploie une vingtaine de personnes.

« Ils ont fixé un taux d’occupation de 89 % et se fient sur des statistiques, déplore-t-il. Pendant deux ou trois ans, on a essayé de leur expliquer qu’on n’est pas une usine. On travaille avec des adolescents, des jeunes. On ne peut pas remplir des lits à la chaîne 365 jours par année, parce que c’est sur une base volontaire que les jeunes viennent et restent au centre. On leur a dit de regarder nos chiffres de réussite plutôt que le nombre de corps chauds dans les lits. »

La Maison Fraternité voit son taux d’occupation varier au fil des mois, précise M. Jacques, entre autres en fonction des références faites par le réseau scolaire ou par d’autres ressources œuvrant auprès des jeunes.

« Les cinq lits sont occupés depuis quelques semaines », souligne le président de la Maison Fraternité, qui s’attend à une hausse des demandes en raison de la légalisation du cannabis. Depuis le début 2018, le centre a accueilli 26 jeunes pour des séjours de quelques semaines.

M. Jacques a fait savoir que le Centre résidentiel pour jeunes, situé sur la rue Olmstead, fait partie d’un « continuum » incluant des services de jour. « Certains jeunes sont suivis le jour et s’ils ont besoin de plus, ils vont vers la résidence, alors que d’autres vont à la résidence en premier et quand les choses se rétablissent et qu’on voit qu’ils sont stables, on les transfère vers les services de jour », a-t-il expliqué.

Seule ressource du genre en Ontario pour les adolescents et jeunes adultes francophones aux prises avec un problème de toxicomanie, le Centre résidentiel de la Maison Fraternité accueille même des gens de l’extérieur d’Ottawa et de l’Est ontarien. Raymond Jacques craint donc que les jeunes se retrouvent pris à se tourner vers des services en anglais si le Centre résidentiel ferme.

Selon ses informations, le RLISS demandera dès le mois prochain des soumissions pour offrir un service similaire. « Ils vont demander s’il y a des organismes communautaires qui ont de meilleures idées à moins cher pour leur donner la subvention au lieu de subventionner notre résidence », dénonce-t-il.

Personne au RLISS de Champlain n’était disponible pour commenter ce dossier, mardi, mais une réaction est attendue mercredi.