Confronté à une grave pénurie d'infirmières, le CISSSO a choisi de fermer temporairement son service d'obstétrique dans le Pontiac pour six mois.
Confronté à une grave pénurie d'infirmières, le CISSSO a choisi de fermer temporairement son service d'obstétrique dans le Pontiac pour six mois.

Fermeture de l'obstétrique pour six mois dans le Pontiac

Justine Mercier
Justine Mercier
Le Droit
Confronté à une grave pénurie d'infirmières, le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) a choisi de fermer temporairement son service d'obstétrique dans le Pontiac pour six mois.

Alors que le service d'obstétrique de l'Hôpital du Pontiac à Shawville doit normalement pouvoir compter sur 12 infirmières, elles étaient seulement cinq à tenir le fort au cours des derniers mois. Pas moins de 14 bris de service ont eu lieu depuis la fin de l'été.

Deux autres départs tout récents ont rendu la situation intenable, au point où le service doit être interrompu jusqu'en septembre à partir de 20h, vendredi.

La présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion, a parlé d'une «décision très difficile» pour l'organisation.

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«Présentement, le service d'obstétrique compte seulement sur trois infirmières et trois médecins omni-accoucheurs, a-t-elle indiqué. Il devient donc impossible d'offrir le service 24 heures par jour, sept jours par semaine.»

Mme Filion a souligné que la situation devenait «impossible», tant pour les employés que pour les futures mamans. «Imaginez, à chaque bris de service, se poser la question 'est-ce que mon bébé va se pointer le bout du nez la bonne journée?', a-t-elle illustré. Ceci crée maintenant depuis des mois de l'anxiété pour nos futures mamans et leur famille. Donner la vie est un moment précieux et nous devons tout faire pour préserver ce moment. Devant ce constat, nous n'avons pas d'autre choix.»

Les femmes enceintes pourront continuer d'avoir leur suivi de grossesse dans le Pontiac. Elles devront toutefois se rendre à l'Hôpital de Gatineau ou à la Maison de naissance, aussi située dans le secteur Gatineau, pour leur accouchement. Des discussions ont aussi lieu avec l'Hôpital de Pembroke pour d'éventuels cas urgents, mais le CISSSO souhaite d'abord que les femmes «soient dirigées» vers Gatineau.

Bien que peu importe la distance à parcourir pour aller accoucher, «le risque zéro n'existe pas», Mme Filion a indiqué «souhaiter que tout se passe correctement» pour les femmes du Pontiac qui devront se rendre en sol gatinois pour mettre au monde leur bébé.

Un «défi colossal»

Josée Filion a insisté sur le fait que l'arrêt des activités en obstétrique à Shawville sera temporaire, sans toutefois pouvoir garantir qu'elles pourront reprendre en septembre. «Nous avons besoin de prendre une période d'au moins six mois pour rebâtir l'équipe, a-t-elle mentionné. [...] C'est une pause, ce n'est pas un arrêt définitif, bien au contraire. Nous aurons besoin de chaque jour, de chaque semaine pour rebâtir le service.»

Le CISSSO avait récemment affiché 21 postes en soins infirmiers pour le territoire du Pontiac qui n'ont pas trouvé preneur à l'interne. L'affichage est donc en cours dans le but de trouver des infirmières n'étant pas déjà à l'emploi de l'organisation.

La grande patronne du CISSSO est consciente qu’il y a un donc «défi colossal» pour l’obstétrique à Shawville. L’objectif du CISSSO est d’avoir au moins huit infirmières formées en obstétrique et quatre médecins de famille accoucheurs dans le Pontiac pour repartir le service en septembre.

«Nous avons besoin, tous ensemble, de se retrousser les manches pour faire du Pontiac un endroit attractif pour notre relève», a insisté Mme Filion. La «lueur d’espoir» de l’organisation repose dans une «grande séduction» auprès des nouvelles diplômées en soins infirmiers qui se chercheront un emploi au courant du printemps. Le CISSSO doit aussi considérer, dans ses efforts de recrutement, qu’une formation de trois mois est nécessaire pour les infirmières souhaitant travailler en obstétrique.

Mme Filion espère que la réouverture pourra se faire en septembre. «Si c’est après, soyez assurés que ce ne sera pas parce qu’on n’a pas mis tous les efforts, a-t-elle dit. Notre cible, c’est vraiment d’y arriver.»

La présidente-directrice générale du CISSSO, Josée Filion

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LA SÉCURITÉ «D'ABORD ET AVANT TOUT»

La ministre de la Santé, Danielle McCann, n’a «aucunement l’intention d’abandonner les mamans du Pontiac».

Le cabinet de la ministre McCann a indiqué par écrit, vendredi après-midi, comprendre «l’inquiétude soulevée» par l’interruption du service d’obstétrique à Shawville pour les six prochains mois. «Nous comprenons aussi la décision du CISSSO, qui vise à assurer d’abord et avant tout la sécurité des mamans et de leurs bébés», est-il ajouté.

Tout en soulignant que «les équipes ont tout donné» pour tenter de maintenir le service ayant été affecté par une dizaine de bris de service au cours des derniers mois, le cabinet de Mme McCann assure n’avoir «aucunement l’intention d’abandonner les mamans du Pontiac».

«Nous allons accompagner le CISSSO et le personnel afin que le service d’obstétrique se reconstruise sur des bases solides et soit maintenu à long terme», est-il précisé.

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DES INFIRMIÈRES «SOULAGÉES»

Les infirmières qui travaillaient encore au service d’obstétrique de l’Hôpital du Pontiac « sont soulagées » par la décision d’interrompre les activités jusqu’en septembre.

Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), Patrick Guay, a indiqué vendredi que les infirmières concernées ont vu leurs craintes être apaisées par la fermeture temporaire de l’obstétrique à Shawville. « Elles sont soulagées, a-t-il rapporté. Il en reste seulement trois, elles voyaient ça comme une montagne. Elles n’étaient plus capables [...] à trois personnes. Elles auraient été les prochaines à s’en aller. »

À l’instar des dirigeants du réseau, M. Guay affirme que le travail sera ardu au cours des prochains mois pour dénicher suffisamment d’infirmières pour relancer les activités en obstétrique en septembre. « Je ne peux pas dire que c’est utopique, mais ce sera difficile », a-t-il mentionné. Il croit par ailleurs que le gouvernement devra revoir sa stratégie pour assurer un recrutement suffisant dans la région. « Oui, il y a un statut particulier dans l’Outaouais, mais il va peut-être falloir regarder les disparités régionales, autant pour le Pontiac que pour la région de Maniwaki », estime M. Guay.

En attendant la relance prévue pour septembre, les infirmières touchées continueront de travailler dans le Pontiac, puisqu’elles n’étaient déjà pas affectées en tout temps à l’obstétrique. Avec une moyenne de trois naissances par semaine à Shawville, ces infirmières travaillent au sein d’autres unités et se rendaient auprès des mères se présentant pour accoucher.

Le SPSO a été informé qu’elles pourront « de temps en temps » aller effectuer des quarts de travail en obstétrique à l’Hôpital de Gatineau au cours des six prochains mois afin « maintenir leurs compétences à jour ».