Selon le plan d'affaires, les cours fondamentaux seront diffusés par viséoconférence interactive depuis la salle de classe à l'Université McGill.

Faculté de médecine: le quart de la formation en anglais

Près du quart de la formation des étudiants de la future faculté satellite de médecine de l'Outaouais devra se faire en anglais et à distance.
C'est ce que révèle le plan d'affaires déposé sur le bureau du ministre de la Santé du Québec par l'Université McGill à la fin du mois de février. Le document confidentiel, dont LeDroit a obtenu copie, est toujours en analyse au ministère de la Santé. Selon nos informations, la chef péquiste Pauline Marois doit réunir ce matin à Montréal toute son équipe de candidats issus du domaine de la santé. Le projet de faculté satellite devrait être abordé par le candidat dans Hull, Gilles Aubé, qui assistera à la réunion.
Le plan d'affaires, que la députée sortante de Hull, Maryse Gaudreault, a confirmé avoir en main la semaine dernière, précise notamment que «les cours fondamentaux seront diffusés par visioconférence interactive au même moment où ils sont offerts au plus grand groupe [d'étudiants] à Montréal».
Ces cours qui renferment la base théorique de la médecine - les notions théoriques sur le système respiratoire, le système cardio-vasculaire, la digestion et bien d'autres - sont offerts en anglais à l'Université McGill et seront donc diffusés directement sur des écrans interactifs. Dans les deux premières années, soit jusqu'à la fin de la construction à Gatineau du pavillon des sciences de la médecine de l'Université McGill, en 2018-2019, ces cours à distance auront lieu dans les installations de l'Université du Québec en Outaouais.
«La formation fondamentale représente environ 18 mois dans la formation, environ 20% du programme, précise le directeur régional de l'enseignement médical et vice-doyen à l'enseignement de la médecine de l'Université McGill, le DrGilles Brousseau. Cette partie de l'enseignement sera dispensée en anglais, mais tout le reste, comme l'apprentissage par problèmes ainsi que la troisième et quatrième année, se fait en français, dans un environnement francophone, avec un tuteur en classe.»
Selon une source, l'utilisation de l'anglais dans l'enseignement aurait fait sourciller le ministre de la Santé du Québec, Réjean Hébert.
Le Dr Brousseau confirme que l'Agence de la santé de l'Outaouais et le Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG) ont soulevé des questions quant à cette façon de faire. Il soutient et insiste que la langue d'enseignement pour la formation fondamentale ne pose «aucun problème», surtout en médecine.
«C'est au contraire un avantage, s'empresse-t-il d'ajouter. Ça ne doit pas être un obstacle au projet. Vouloir faire de ça un obstacle, ce serait vouloir défavoriser la région de l'Outaouais. La majorité des livres en médecine sont déjà en anglais. Ce n'est pas mauvais pour un médecin d'avoir des connaissances en langue anglaise. En plus, les étudiants pourront poser des questions en français lors des exposés et les enseignants, qui sont pour la plupart bilingues, pourront leur répondre en français, comme c'est déjà le cas à McGill.»
La traduction, un obstacle
La traduction de toute la formation fondamentale en médecine de l'Université McGill serait très longue à réaliser et à faire accréditer, indique le Dr Brousseau.
Cela nécessiterait des coûts astronomiques et ne serait d'aucun intérêt, selon lui.
«Si on nous demande demain matin que tous nos cours soient offerts en français, on vient d'empêcher la réalisation de la faculté pour les prochaines années, précise-t-il. On ne serait certainement pas prêt pour 2016 et de toute façon, les étudiants ont intérêt à avoir des activités d'enseignement en anglais.»
Le Dr Brousseau explique que l'Université McGill n'a pas le choix d'agir de la sorte, puisque sa formation est construite de cette façon-là. «Nous ne pouvons pas présenter un programme différent de celui qu'on offre à McGill, explique le vice-doyen. Ce n'est pas une nouvelle faculté qu'on implante à Gatineau, c'est la même formation que nous délocalisons. Si je présente une formation différente, nous n'obtiendrons pas l'accréditation de l'Association des facultés de médecine du Canada.»
La création de la faculté satellite de médecine de l'Université McGill en Outaouais nécessite des investissements gouvernementaux de 25 millions $ au départ, ainsi qu'un financement récurrent annuel d'un peu plus de 5 millions $, selon le plan d'affaires.
Le projet reçoit actuellement l'appui de tous les partenaires impliqués, ainsi que de la haute direction des études médicales de McGill.