Si un agent de sécurité avait été présent à l’urgence le 25 mai dernier, un patient « désorganisé » n’aurait pas fracassé la vitre du guichet d’admission derrière lequel elle travaillait, soutient Jo-Annie Marcotte.

Elle réclame plus de sécurité à l'urgence de Granby

En arrêt de travail depuis deux mois après avoir été victime d’un patient en colère, Jo-Annie Marcotte n’a pas l’intention de reprendre ses fonctions, tant qu’un agent de sécurité ne sera présent en tout temps à l’urgence de l’hôpital de Granby.

Si un agent avait été présent à l’urgence le 25 mai dernier, un patient « désorganisé » n’aurait pas fracassé la vitre du guichet d’admission derrière lequel elle travaillait, soutient Mme Marcotte. Cette dernière et un autre patient ont été blessés par les éclats de verre.

De petits morceaux de vitre se sont logés dans le bras gauche et la cheville droite de la Sheffordoise ; des blessures dont elle s’est malgré tout remise rapidement. « Les blessures ne sont pas tant physiques », a fait valoir lundi celle qui travaille à l’hôpital de Granby depuis 10 ans.

Les séquelles sont davantage psychologiques. « Après ça, j’avais peur. Je n’avais plus le goût de retourner au travail, de me retrouver sur les lieux de l’accident. Je me suis mise à faire des cauchemars, de l’insomnie. Je vois un psychologue », a indiqué Jo-Annie Marcotte.

« Je me suis dit que je n’y retournerais pas, tant qu’il n’y aurait pas un agent de sécurité dans les bureaux à l’entrée de l’urgence. On n’est pas du tout en sécurité. »

Un point de vue partagé par ses collègues de travail, alors qu’une pétition a été mise en circulation à l’hôpital pour appuyer sa demande. En quelques jours, une cinquantaine de signatures auraient été récoltées.

Pas nouveau
Selon Mme Marcotte, la situation n’est pas nouvelle. Des événements impliquant des patients hors de contrôle surviendraient de façon ponctuelle à l’urgence, mais ils ne sont pas toujours rapportés.

Jo-Annie Marcotte souligne qu’un bureau aurait été prévu pour un agent de sécurité lors du réaménagement de l’urgence, il y a quelques années. Mais il n’aurait jamais été occupé, faute de budget.

Il y a bien un agent de sécurité à l’hôpital de Granby, mais il se trouve à l’entrée principale de l’établissement. « Avant que l’agent s’en vienne, ça peut être très long. Dans le cas de mon accident, c’est ce qui est arrivé. J’avais appelé l’agent de sécurité, mais il n’a pas eu le temps de se rendre. Le gars a eu le temps de frapper dans la fenêtre, de l’arracher et de s’en aller en marchant, selon ce que les policiers m’ont dit après vu les images de la caméra », a raconté la femme de 29 ans.

Sébastien Denis, 34 ans, a été localisé deux jours plus tard grâce à des informations obtenues par des citoyens après la diffusion d’un avis de recherche. Il se serait impatienté parce qu’il n’avait pas les documents réclamés pour obtenir des services à l’urgence. Le trentenaire a depuis été accusé de méfait et de voie de fait.

Jo-Annie Marcotte souligne qu’un bureau aurait été prévu pour un agent de sécurité lors du réaménagement de l’urgence, il y a quelques années. Mais il n’aurait jamais été occupé, faute de budget.

La Sheffordoise estime, dans les circonstances, avoir en quelque sorte servi de « cobaye » puisque la vitre du guichet d’admission aurait été remplacée par du verre un peu plus épais. La porte du bureau où se trouve l’employé affecté à l’admission des patients est aussi dorénavant verrouillée en tout temps, ce qui n’était pas le cas avant, selon elle. « Pourquoi il faut attendre que quelque chose arrive ? », a déploré Mme Marcotte, qui croit par ailleurs que ces mesures ne sont pas suffisantes.

Celle-ci dit également dénoncer la situation pour assurer la sécurité de ses collègues. « Ce n’est pas parce que je ne suis plus assise sur la chaise qu’il n’y a plus de danger », a-t-elle laissé tomber.

Jo-Annie Marcotte affirme être en remise en question. Elle demeure angoissée, craintive et dit sursauter « à rien ». Une situation qu’elle trouve d’autant plus regrettable qu’elle se plaisait à son travail. « On travaille à l’admission, à l’émission des cartes d’hôpital et à l’urgence. Ça bouge beaucoup. Mais on dirait que je n’ai plus la même vision des choses. J’ai l’impression que j’ai été un peu naïve de croire qu’on était en sécurité quand on ne l’était pas du tout... »

Une réflexion entamée
Porte-parole du CIUSSS de l’Estrie, Geneviève Lemay a cependant assuré lundi que l’établissement a entrepris une réflexion afin de déterminer comment la sécurité de l’ensemble de la clientèle de l’hôpital pourrait être améliorée.

« Est-ce que ce serait de délocaliser le gardien, qui est à l’entrée générale ? Est-ce qu’il y aurait un endroit plus stratégique pour une intervention plus rapide, s’il arrive quelque chose ? Plusieurs scénarios sont actuellement sur la table. S’il y a une pétition, on va l’accueillir avec le plus grand des sérieux. Mais on n’a pas attendu la pétition, la réflexion est déjà en cours », a-t-elle affirmé, sans être en mesure de préciser à quel moment une décision sera prise.

« C’est une question de sécurité, on ne peut pas mettre ça sur le hold jusqu’à l’automne », a toutefois plaidé Jo-Annie Marcotte, alors qu’elle appréhende son retour au travail.