Des milliers de travailleurs de la santé sont aux prises avec des problèmes de santé mentale, selon un important syndicat.

Détresse psychologique: «Des plasters sur des bobos infectés»

Devant l'ampleur des problèmes psychologiques que disent vivre ses membres qui « tombent les uns après les autres », l'un des syndicats du réseau de la santé de l'Outaouais a déposé une plainte formelle à la Commission des normes, de l'équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST).
La présidente de l'Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), Carolle Dubé, a présenté mercredi à Gatineau un portrait sombre de la santé mentale des quelque 32 000 membres - dont environ 1500 en Outaouais - qu'elle représente.
Dans le cadre d'un sondage en ligne mené l'automne dernier en collaboration avec des chercheurs de l'Université Laval, l'APTS a consulté près de 7000 membres des quatre coins de la province sur leur état de santé psychologique.
Le constat, pour la centrale syndicale, est que la réorganisation mise en place dans le réseau de la santé au printemps 2015 nuit à la santé mentale des travailleurs, et ce à bien des égards.
Pour les cinq indicateurs, les résultats de l'Outaouais sont défavorables par rapport à la moyenne provinciale. Les répondants de la région ont notamment jugé que leur niveau de détresse psychologique était élevé ou très élevé dans 62,5 % des cas, comparativement au résultat provincial de 58,6 %. Les travailleurs de la région ayant participé au sondage ont également indiqué dans une proportion de 73,2 % qu'ils ne disposaient pas d'assez de temps pour effectuer leur travail, comparativement à 65 % à l'échelle provinciale.
Plainte
 
L'APTS a donc déposé, lundi, une plainte à la CNESST dans l'espoir de « contraindre » le CISSSO « à respecter les lois en matière de santé et de sécurité au travail, la convention collective, le Plan d'action en santé mentale 2015-2020 ainsi que son propre énoncé de valeurs et sa philosophie de gestion ».
Pour la répondante politique de l'APTS en l'Outaouais, Andrée Poirier, le projet de loi 10 ayant mené à la réforme pilotée par le ministre Gaétan Barrette rime avec « du gros brassage de structures, de la chaise musicale, de l'incertitude, de l'inquiétude, de la frustration, des déménagements, des nouvelles façons de faire, des nouveaux gestionnaires, de la centralisation des services en urbain et des impacts majeurs et inquiétants pour les régions périphériques ».
« On met continuellement des plasters sur des bobos infectés », dénonce Mme Poirier.
Assurance salaire
Les plus récentes données sur les sommes dépensées en assurance salaire par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) démontrent par ailleurs, selon l'APTS, que les travailleurs sont à bout de souffle.
Selon le CISSSO, les plus récentes projections font état de dépenses qui devraient dépasser de 4,2 millions $ les 18 millions $ prévus au budget de l'année en cours en assurance salaire.
« Sur le terrain, le gens tombent les uns après les autres, entraînant ceux qui restent dans la spirale de l'épuisement, de l'anxiété et de l'impuissance », affirme Catherine Lavigne-Charette, vice-présidente de l'exécutif local de l'APTS.
Alors que le syndicat souhaite que sa plainte mène à la création d'un comité paritaire dans ce dossier, le CISSSO se dit « surpris » de cette sortie publique. La porte-parole du CISSSO, Geneviève Côté, affirme que l'organisation « a offert de mettre en place quatre comités paritaires, soit un par catégorie d'emploi », une proposition « rejetée du revers de la main par le syndicat » qui a « plutôt exigé la mise en place d'un comité par convention collective », alors qu'il y en a actuellement 42.
Le CISSSO ajoute que « la sécurité des employés est une préoccupation constante », et que des plans d'action et « un sondage sur la mobilisation du personnel » sont en cours, tandis que des mesures sont développées pour limiter les congés de maladie.