Le rapport de Santé Outaouais 2020 a été signé par Gilbert Langelier, Michel Légère et Paul-Émile Leblanc.

«Désastre» anticipé dans le Pontiac

Des délais, de la bureaucratie à outrance et un manque de services de proximité : le Pontiac a grandement souffert de la réforme Barrette, conclut un rapport du groupe Santé Outaouais 2020 (SO2020) dans lequel sont soulevés de nombreux problèmes découlant d’une centralisation des décisions en zone urbaine. Un constat qui fait craindre à plusieurs intervenants du milieu « que la situation se transformera ni plus ni moins en désastre ».

Baptisé La réforme Barrette et ses effets dans le Pontiac, un système exemplaire écorché, le rapport d’une vingtaine de pages dont Le Droit a obtenu copie sera rendu public mercredi, à Campbell’s Bay, par les représentants de SO2020.

Rédigé par Gilbert Langelier, Paul-Émile Leblanc et Michel Légère à la demande du conseil d’administration de SO2020, le rapport se base sur les réponses obtenues lors d’entrevues avec 14 intervenants du Pontiac et un représentant du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO). C’est au sein de cette grande structure régionale qu’a été intégré l’ancien Centre de santé et de services sociaux du Pontiac, en 2015.

Les auteurs du rapport dressent un portrait sombre de la réforme du ministre de la Santé, Gaétan Barrette, qui a fait passer de 182 à 34 le nombre d’établissements de santé au Québec.

« On est en train de détruire un système qui fonctionnait bien », estime le Dr Thomas O’Neill, médecin à l’hôpital de Shawville, cité dans le document de SO2020.

D’une part, le départ de nombreux cadres du réseau du Pontiac a eu un « impact social et économique dévastateur » dans cette région rurale, l’une des plus pauvres au Québec. « Étant dirigés par les cadres supérieurs du CISSSO à Gatineau, les dix cadres intermédiaires qui travaillent dans le Pontiac ont peu d’autorité et de marge de manœuvre », constatent les auteurs, qui déplorent aussi qu’aucun représentant du Pontiac ne siège au conseil d’administration du CISSSO.

« Il faut qu’il y ait, quelque part, une délégation d’autorité qui revienne dans le Pontiac », estime donc le président de SO2020, Andrew Gibson.

Divers exemples sont rapportés pour appuyer les propos des intervenants rencontrés. C’est le cas du « 811-option 2 », le numéro que doit désormais composer le personnel scolaire pour qu’un élève obtienne des services, au lieu d’appeler directement au CLSC comme c’était possible auparavant en cas de crise. Même scénario pour les demandes au guichet d’accès jeunesse. « Il y a un délai de plus de trois semaines avant que les travailleurs sociaux du Pontiac ne reçoivent les dossiers et ceux-ci n’ont pas le droit de rencontrer ces jeunes avant de recevoir les dossiers, même si c’est urgent. »

Le système en place dans le Pontiac avant la réforme de la Loi 10 « était capable d’innover », comme ce fut le cas avec la mise sur pied d’une clinique pour patients orphelins, lit-on dans le document. Une initiative qui a valu à la Dre Ruth Vander Stelt une reconnaissance de l’Association des médecins du Québec.

« Face aux résultats de la réforme à ce jour, la déception des gens de la communauté est palpable, écrivent les auteurs du rapport. C’est un véritable cri du cœur qu’ils nous ont lancé. […] La réforme Barrette a mis à mal, voire démoli, un système qui fonctionnait très bien ! En a résulté un climat de morosité dans une région qui a son lot de défis à relever depuis la fermeture des usines de transformation du bois. »

EXTRAITS DU RAPPORT DE SANTÉ 2020

« Le fait que les références se rendent à Gatineau pour ensuite revenir dans le Pontiac est une perte de temps et d’autonomie. Les services de proximité ont été grandement diminués. En résumé, le personnel est inquiet, frustré et épuisé. »

« Nul doute que le sentiment de proximité, l’aisance des communications, tout ce qui humanisait le système a été mis à mal. »

« Qu’adviendra-t-il du modèle Pontiac à plus long terme ? Parmi les personnes interviewées, plusieurs prévoient que la situation se transformera ni plus ni moins en désastre. »

« Les dommages dont on nous a parlé au cours de nos rencontres sont considérables : perte de cadres, perte d’autonomie décisionnelle, perte du sens de la proximité, perte de repères, obligation de naviguer dans les méandres et les silos d’une bureaucratie lointaine. Tout cela fait que la population n’est pas satisfaite. »

« Un petit exemple des effets de la centralisation à Gatineau nous a frappés. L’hôpital de Shawville possédait auparavant sa propre timbreuse pour son courrier. Un jour, sans avertissement préalable, la timbreuse disparut. On apprend que le timbrage se fera dorénavant à Gatineau pour l’ensemble du territoire du CISSSO. Les installations du Pontiac doivent dorénavant transporter leur courrier à Gatineau pour y être timbré et posté ; une bonne partie du courrier revient ensuite dans le Pontiac. Inutile de dire que cette nouvelle pratique en fait sourciller plus d’un. »