Plusieurs des professionnels de la santé présents ont dit ne pas pouvoir bien faire leur travail en raison de leurs conditions.

Des infirmières se vident le coeur chez Amir Khadir

Des infirmières à bout de souffle sont allées se vider le coeur chez le député de Québec solidaire, Amir Khadir, dimanche matin, et toutes martelaient le même message : il faut revaloriser le métier en redonnant à ces professionnels de la santé les moyens d'accomplir pleinement leur travail auprès des patients.

Le député solidaire avait organisé une assemblée de cuisine chez lui, à Montréal, afin d'entendre les doléances des infirmières, dont les problèmes de surcharge ont été révélés au grand jour par une jeune travailleuse, Émilie Ricard, qui avait exposé sa détresse sur les réseaux sociaux.

Une vingtaine de personnes ont répondu à l'appel lancé sur les réseaux sociaux et se sont entassées dans son salon pour parler de leur expérience et pour faire part de leurs suggestions.

Plusieurs d'entre elles ont dit ne pas pouvoir bien faire leur travail en raison de leurs conditions. L'une d'entre elles, Kim, a relaté que les infirmières étaient tellement surchargées qu'elles étaient forcées à «négliger» certaines parties de leur travail pour finir à temps. Et selon elle, c'est souvent le contact avec le patient qui écope.

Il a évidemment aussi été question du ratio entre les infirmières et les patients et des heures supplémentaires obligatoire (TSO), qui ont des répercussions dévastatrices sur les travailleuses, a-t-on fait valoir.

«Moi, j'ai fait deux fois du TSO et je m'en souviens encore», a témoigné Sarah, qui pratique son métier depuis sept ans.

«La détresse vient du fait d'être forcée à rester», a-t-elle ajouté.

Les personnes présentes ont notamment suggéré d'offrir ces quarts d'heures supplémentaires à d'autres infirmières, qui auraient un incitatif à aller travailler en étant payées plus cher.

Épuisement à répétition

Une autre infirmière qui ne s'est pas nommée a témoigné qu'elle en était à son quatrième épisode d'épuisement professionnel, causé par le ratio trop élevé de patients à sa charge et le nombre faramineux d'heures supplémentaires qu'elle a dû effectuer. En une année, elle a dit avoir fait 20 000 $ en temps supplémentaire.

Les participantes en avaient aussi contre le climat de travail, qui est parfois toxique. Plusieurs d'entre elles ont raconté qu'elles se faisaient menacer si elles refusaient un quart de travail.

Natalie Stake-Doucet, qui a quitté le métier il y a un an, dénonce aussi la «loi du silence» qui règne dans le milieu. Les infirmières n'ont pas le droit de dénoncer leurs conditions, car elles pourraient risquer de faire mal paraître leur lieu de travail, a-t-elle déploré.

D'ailleurs, plusieurs infirmières ont refusé d'être nommées publiquement car elles craignaient de se faire congédier pour ce que les patrons appellent un «conflit de loyauté.»

«La loyauté est aux patients, pas aux hôpitaux», a lancé Mme Stake-Doucet.

Sarah a pour sa part critiqué le salaire des infirmières, qui est trop modeste par rapport aux autres professions, selon elle.

«[L'augmentation] de 3,25 % sur cinq ans, c'est un peu rire de moi», a-t-elle laissé tomber.

Les participants à la rencontre ont aussi proposé de mieux exploiter les compétences des infirmières et des infirmières praticiennes spécialisées — qui seraient encore trop à la remorque des médecins — et de baisser le nombre d'échelons salariaux.

Une technicienne en administration qui travaille dans le secteur de la santé a finalement suggéré au ministre Gaétan Barrette de changer de discours, lui qui dit vouloir mettre le patient au centre du système.

«Les employés, c'est ce qu'il y a de plus important. Si les employés sont mal traités, ça se répercute sur le patient», a-t-elle expliqué.

La présidente de la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), Nancy Bédard, et le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, se sont rencontrés la semaine dernière afin de s'attaquer au problème.

Mme Bédard a laissé entendre que Québec allait agir bientôt sur les ratios et les heures supplémentaires obligatoires.

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DES COEURS BRISÉS EN SOUTIEN

Les infirmières ont «le cœur brisé» à cause de la surcharge de travail et des heures supplémentaires obligatoires, et une campagne est lancée auprès du public, qui est invité à porter un cœur brisé en signe d’appui au personnel dans la santé.

Cette campagne du cœur brisé est lancée par la Fédération de la santé de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) — une centrale surtout connue pour représenter la majorité des enseignants du primaire et du secondaire, mais qui représente également 5000 infirmières, infirmières auxiliaires et inhalothérapeutes.

La CSQ aimerait que ce symbole du cœur brisé pour le personnel de la santé devienne un peu l’équivalent du «carré rouge» des étudiants que plusieurs arboraient en 2012 en soutien à la cause, même lorsqu’ils n’étaient pas eux-mêmes étudiants.

La Fédération de la santé de la CSQ invite les intéressés à consulter la page Web coeurbrise.lacsq.org pour obtenir leur cœur brisé, et ce, gratuitement. Elle distribuera d’ailleurs à ses membres ce cœur brisé qu’ils pourront épingler à leurs vêtements.