Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux Lionel Carmant et le député de Gatineau Robert Bussière représentaient la Coalition avenir Québec, lundi. Ils ont donné des détails sur le programme Agir tôt, qui doit « influencer positivement la trajectoire de vie de l’ensemble des enfants du Québec ».

Dépistage des troubles de développement chez les enfants: 1,8 M$ pour l'Outaouais

L’Outaouais obtient une enveloppe de 1,8 million $ de Québec dans le but de dépister plus efficacement, et ce dès la petite enfance, les troubles de développement chez les jeunes. Sur le terrain, l’investissement se traduira par l’ajout d’une vingtaine de spécialistes au sein du réseau, y compris des orthophonistes et des ergothérapeutes.

Le ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, était de passage à Gatineau lundi pour annoncer de quelle façon la région bénéficierait du programme Agir tôt, mis sur pied par le gouvernement Legault l’hiver dernier. 

La stratégie, réalisée en concertation avec trois ministères, consiste à rehausser les équipes d’intervention précoce auprès des enfants de 0 à 5 ans présentant un retard de développement, un trouble du spectre de l’autisme ou une déficience physique ou intellectuelle. Elle vise également à déployer une plateforme informatique à laquelle les familles concernées auront accès dès qu’ils ont la moindre suspicion, entre autres pour répondre à des questionnaires au sujet du développement de l’enfant et être orienté vers le bon type de service. 

Le ministre Carmant a évoqué d’emblée qu’à titre de neuropédiatre, un dépistage plus rapide des problèmes de développement chez l’enfant et une amélioration des délais, qu’il qualifie d’inacceptables, ont été ses principales motivations pour faire le saut en politique. 

« Ça permet de régulariser la situation avant l’entrée à l’école. Le point clé, c’est d’enlever le focus sur le diagnostic et de le mettre sur l’intervention. Vous savez, l’Enquête québécoise sur le développement des enfants à la maternelle nous a démontré que plus d’un enfant sur quatre arrive à la maternelle cinq ans avec un retard dans au moins une sphère de son développement. C’est ce portrait-là qui m’a vraiment apporté à faire ce changement de carrière, parce qu’ils arrivent en maternelle avec un retard, ensuite quand la première année survient, les choses se complexifient, l’enfant commence à développer une perte d’estime de soi, les troubles de comportement s’installent et malheureusement, le décrochage scolaire s’ensuit trop souvent », a-t-il lancé.

Les cinq domaines de développement chez l’enfant sont la santé physique et le bien-être ; les compétences sociales ; la maturité affective ; le développement cognitif et langagier ; ainsi que les habiletés de communication et les connaissances générales.

Les professionnels seront déployés dans cinq centres de services, avec comme point d’entrée les CLSC, et seront appelés à se déplacer dans les services de garde, a spécifié M. Carmant. 

De l’aveu du ministre, Agir tôt, pour lequel le gouvernement caquiste a prévu injecter 48 millions $ cette année, représente « une opportunité unique d’influencer positivement la trajectoire de vie de l’ensemble des enfants du Québec ». Les investissements seront augmentés progressivement pour atteindre 88 millions $ d’ici 2023-2024. 

Pour la présidente-directrice générale du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), Josée Filion, l’octroi de ce financement est plus que le bienvenu, considérant que « ce chiffre (28 % des enfants vulnérables dans un domaine de développement) parle haut et fort ». La somme sera répartie entre les directions de la jeunesse ainsi que de la déficience et de la réadaptation, a-t-elle ajouté. 

« Le fait que ces deux directions-là travaillent déjà ensemble autour de la trajectoire de services, pour des enfants avec des retards, facilitera grandement la mise en place du nouveau programme, ce qui permettra d’avoir des résultats positifs encore plus rapidement. L’union fait la force. Il est crucial que notre établissement diminue les listes d’attente », a indiqué Mme Filion. 

L’embauche d’éducateurs et de psychoéducateurs est également envisagée grâce à cet investissement.

De 230 jours à 90 jours

Si Lionel Carmant n’a pas été en mesure de préciser un échéancier pour l’embauche de ces nouveaux spécialistes, il rappelle que le gouvernement souhaite que les délais d’attente pour consulter un professionnel soient réduits à un maximum de 90 jours.

« En orthophonie, les délais étaient de 230 jours, donc huit mois, alors il y a quand même du travail à faire, mais je vous dirais que c’est meilleur que dans d’autres régions », a-t-il dit.

+

BEAUCOUP DE POSTES D'ORTHOPHONISTES « NE TROUVENT PAS PRENEURS »

L’octroi à l’Outaouais d’un montant de 1,8 million $ pour améliorer le dépistage des troubles de développement chez les enfants en ajoutant des ressources humaines sur le terrain est perçu par un syndicat comme « un premier pas satisfaisant qui doit impérativement être suivi par d’autres ».

« C’est sûr qu’on ne peut pas se dire complètement insatisfaits, mais on espère qu’il y aura d’autres gestes comme ça pour refléter les besoins réels de la région. On a par exemple beaucoup parlé d’orthophonistes, sauf que beaucoup de postes ne trouvent pas preneurs, et ils demeurent vacants. De savoir qu’il y aura de nouveaux affichages, c’est très intéressant, mais ceci dit, il va falloir que ces postes-là soient attrayants pour les professionnels. Il y a d’autres secteurs, par exemple la protection de la jeunesse, où la rétention du personnel est vraiment problématique », de dire la représentante nationale de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) en Outaouais, Christine Prégent.

Cette dernière craint par exemple que le mouvement de personnel ait pour effet de dégarnir certains autres secteurs.

« Nous, notre rôle sera de questionner le CISSSO sur la façon de déployer les ressources sur le terrain. Espérant que ces postes-là ne demeureront pas perpétuellement vacants. On doit définitivement abaisser la charge de travail des intervenants », note-t-elle.