Le secteur du Pontiac où est situé l’hôpital de Shawville se retrouve fréquemment sans couverture ambulancière, ce qui a inévitablement un impact sur les délais de réponse aux appels.
Le secteur du Pontiac où est situé l’hôpital de Shawville se retrouve fréquemment sans couverture ambulancière, ce qui a inévitablement un impact sur les délais de réponse aux appels.

Découverture ambulancière dans le Pontiac

Le secteur du Pontiac où est situé l’hôpital de Shawville se retrouve fréquemment sans couverture ambulancière, ce qui a inévitablement un impact sur les délais de réponse aux appels. Aux yeux de la Coopérative des paramédics de l’Outaouais (CPO), la solution passe par l’ajout de 128 heures de service par semaine, a appris Le Droit.

Le directeur général de la CPO, Paul Levesque, a plongé dans ses statistiques afin d’évaluer à quelle fréquence et dans quelles circonstances le secteur de l’Hôpital du Pontiac est privé de ressources ambulancières. Les résultats sont évocateurs, au point où la CPO a fait savoir au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) qu’une demande devrait être faite à Québec pour un ajout de service « dans les meilleurs délais ».

M. Levesque admet que « ça fait longtemps que les paramédics disent que ça ne marche pas ». Encore fallait-il le prouver avec des statistiques. Une tâche à laquelle s’est donc attelée la CPO dans les dernières semaines.

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Le problème se trouve dans ce qui est appelé la zone 702. Cette délimitation utilisée par les services préhospitaliers d’urgence inclut l’Hôpital du Pontiac, à Shawville, mais aussi d’autres municipalités comme Bristol, Portage-du-Fort, Bryson, Clarendon et Thorne.

Dans cette fameuse zone 702, une ambulance est en fonction en tout temps selon un horaire de faction. Ce type d’horaire prévoit que les paramédics sont sur appel à partir de leur résidence, sept jours sur sept par période de deux semaines. Dans le jargon du milieu, on l’appelle l’horaire 7/14.

En plus de cette ambulance sous horaire de faction, un autre véhicule couvre aussi la zone 702, mais seulement du lundi au vendredi, entre 6 h 30 et 14 h 30. On l’appelle le véchiule « à l’heure ». Pendant un total de 128 heures par semaine, il n’y a donc qu’une seule ambulance dans la zone.

Zones de relève

Il arrive parfois qu’il n’y ait aucune ambulance disponible dans la zone d’où provient une demande. Dans un tel cas, ce sont les ambulances des zones limitrophes – appelées zones de relève – qui sont appelées en renfort.

Les zones de relève interviennent beaucoup plus souvent dans la zone de Shawville lorsqu’il n’y a qu’un véhicule qui y est affecté que lorsqu’il y en a deux. Selon les statistiques présentées par M. Levesque, près du tiers des affectations provenant de la zone de Shawville lorsqu’il n’y a qu’une seule ambulance assignée à ce territoire ont dû être réalisées par un véhicule provenant d’une zone de relève. Pendant les périodes où deux ambulances sont affectées à la zone 702, seulement 9 % des appels sont effectués par une zone de relève. « C’est acceptable », note M. Levesque. Mais quand il n’y a qu’un véhicule en fonction sur le territoire de Shawville et des environs, cette proportion grimpe à 29 %.

Là où le bât blesse, c’est qu’en partant d’une zone de relève pour répondre à un appel dans la zone 702, l’ambulance passe inévitablement plus de temps sur la route. Le patient attend par conséquent plus longtemps avant de voir les paramédics arriver. Dans la majorité des cas, cette relève « est à 40 kilomètres, à Fort-Coulonge », souligne le directeur général de la CPO. L’écart dans les délais de réponse est significatif. Pour les cas urgents de priorité 1 à 3 enregistrés en 2018-2019 dans la zone de Shawville, le délai moyen de réponse était accru en moyenne de 15 à 17 minutes lorsqu’un véhicule de relève y était affecté. Pour les patients, l’attente pouvait ainsi atteindre de 29 à 36 minutes, au lieu de la moyenne de 13 à 21 minutes observée lorsqu’une ambulance de la zone 702 était disponible. « Ça explique l’enjeu de manière assez criante », reconnaît Paul Levesque.

Toutes ces données ont été présentées au CISSSO, qui a choisi de soumettre une demande d’ajout de service auprès du ministère de la Santé. Tout en souhaitant garder l’horaire de faction dans la zone 702, la CPO aimerait que l’horaire à l’heure soit en fonction en tout temps, 24 heures par jour, sept jours sur sept.

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Les transferts au «coeur du problème»

«Le coeur du problème» de la couverture ambulancière dans les environs de Shawville repose dans les transferts interhospitaliers, soutient le directeur de la Coopérative des paramédics de l’Outaouais (CPO), Paul Levesque.

Pendant l’année 2018-2019, l’ambulance de l’horaire de faction de la zone couvrant l’Hôpital du Pontiac – la zone 702 – a répondu à 669 appels. Du lot, 500 appels ont eu lieu alors que cette ambulance était la seule affectée à ce territoire, soit en dehors des 40 heures par semaine où un deuxième véhicule est en fonction dans le même secteur.

Sur ces 500 affectations faites en étant la seule ambulance de la zone de Shawville, un peu plus de la moitié – 291 – concernaient des demandes provenant de l’intérieur de cette même zone. Dans le quart des cas, les affectations étaient attribuables à des transferts interhospitaliers – vers des hôpitaux de Gatineau, d’Ottawa ou de Montréal. En moyenne, un véhicule effectue un tel transfert «est parti pendant 2h46, alors la zone 702 est découverte au complet pendant 2h46», rapporte M. Levesque.

Si l’on revient aux 500 affectations qui ont lieu quand une seule ambulance est en fonction dans la zone de Shawville, il y en a aussi 155 qui proviennent de la zone située plus à l’ouest, qui inclut notamment Campbell’s Bay et Fort-Coulonge. Dans 20% de ces cas, les transferts interhospitaliers sont en cause. Encore là, la zone 702 se retrouve sans aucune couverture ambulancière.

À la CPO, Paul Levesque souligne que la situation actuelle dans le Pontiac ne date pas d’hier. «On vit avec ça presque depuis toujours», dit-il. Or, précise-t-il, «il n’y a encore pas longtemps», l’enjeu le plus préoccupant de la CPO n’était pas la couverture ambulancière, mais bien le recrutement de main-d’oeuvre pour offrir les services déjà autorisés.

La compilation récente de statistiques précises sur les affectations dans le Pontiac fait en sorte que la CPO a découvert avec précisé l’étendue de la problématique. En comparant avec les ressources affectées à la Petite-Nation et à la Haute-Gatineau, «ce n’est pas compliqué à comprendre que le Pontiac, en termes de couverture ambulancière, est forcément désavantagé par rapport au reste de l’Outaouais», soutient M. Levesque.