En décembre 2015, un accouchement s’est compliqué à la Maison de naissance de l’Outaouais.

«Décès évitable» d’un nouveau-né à Gatineau

La reconnaissance tardive de la position d’un fœtus et le délai observé pour permettre aux paramédics de contribuer aux manœuvres de réanimation font partie des « problématiques » soulevées par une coroner à la suite du « décès évitable » d’un nouveau-né survenu il y a quelques années à Gatineau.

Dans un rapport daté du mois d’août dernier, la coroner Marie Pinault analyse les circonstances ayant mené au décès d’un nouveau-né à la suite d’un accouchement par le siège à la Maison de naissance de l’Outaouais, en décembre 2015.

Ce n’est qu’en plein travail, à la Maison de naissance, qu’il a été décelé que la présentation se faisait en « siège décomplété », c’est-à-dire que les jambes du bébé pointent vers le haut, près de sa tête. « On explique à la mère la nécessité d’un transfert en centre hospitalier, mais celle-ci décline ce dernier, relate la Dre Pinault. Le cœur fœtal se maintient à 150. »

Les services ambulanciers sont appelés sur place quelques minutes pus tard. À leur arrivée, « il leur est demandé d’attendre dans l’entrée ». L’obstétricien de garde de l’Hôpital de Gatineau recommande à son tour un transfert au centre hospitalier. La mère maintient vouloir demeurer à la Maison de naissance « tant que le cœur fœtal se maintient ».

Le bébé naît peu de temps après, mais son pouls diminue, il doit être intubé et des manœuvres de réanimation sont entamées. Le transfert vers l’Hôpital de Gatineau est ensuite effectué. Un retour de pouls est noté, mais « le pronostic vital et neurologique [est] sombre », rapporte la Dre Pinault. Les manœuvres sont ensuite cessées et le décès du nouveau-né est constaté.

L’analyse effectuée par la coroner montre qu’une échographie vers la 32e semaine de grossesse suggérait une position de siège. « À l’examen, on note qu’il est possible que la position soit un siège, lit-on dans le rapport. Aux prochaines visites de grossesse, la présentation est toujours décrite comme étant céphalique [par la tête]. Pendant le premier stade de l’accouchement, il n’est jamais mention de position fœtale. L’accouchement par présentation céphalique semble aller de soi. »

La Dre Pinault souligne qu’il « est peu probable que la position ait changé pendant les dernières semaines de grossesse », même si « cela reste possible ». Malgré l’échographie montrant un possible siège, il semble que « les visites prénatales subséquentes n’aient pas réussi à déceler cette position ».

La coroner note aussi que la position n’a été « décelée que très tardivement pendant le deuxième stade du travail », alors que les poussées étaient en cours depuis plus d’une heure. Ce deuxième stade a aussi duré beaucoup plus longtemps que ce que prévoient les recommandations pour un accouchement par le siège, note la coroner.

Une autre problématique soulevée concerne l’intubation difficile, qui a dû « être reprise deux fois avant le transfert ». La Dre Pinault soulève finalement que les paramédics ont été autorisés à participer aux efforts de réanimation seulement 26 minutes après leur arrivée.

« La reconnaissance tardive de la position en siège décomplété est ici au centre des problématiques reliées à cet accouchement, écrit la coroner. [...] On ne saura jamais si un transfert précoce (bien que déjà tardif) aurait signifié la survie du bébé. »

En statuant qu’il s’agit d’un « décès évitable », la Dre Pinault recommande au syndic de l’ordre des sages-femmes du Québec et à la Maison de naissance de l’Outaouais – qui fait partie du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) – de réviser ce dossier afin de se pencher sur trois aspects : la formation concernant la reconnaissance des positions fœtales, la formation sur la réanimation néonatale « étant donné les difficultés manifestes de l’intubation dans ce cas » et « la pertinence d’accepter l’aide des ambulanciers sur place de façon précoce afin d’accélérer le transfert vers le centre hospitalier ».

Le CISSSO a brièvement réagi par écrit en soulignant que « l’encadrement de la pratique de réanimation est plus formel » et qu’« un plan de formation a été déployé ». « De plus, depuis 2018, les sages-femmes participent à une formation spécialisée sur le siège », a ajouté l’organisation.