Les enfants de l'Outaouais manquent de services professionnels et se butent à de longues listes d'attente, dénonce une pédiatre dans un cri d'alarme lancé aux dirigeants du réseau régional de la santé.

Cri d'alarme pour les services aux enfants

Que ce soit en radiologie, en ophtalmologie, en ergothérapie, en psychologie ou encore en nutrition, les enfants de l'Outaouais manquent de services professionnels et se butent à de longues listes d'attente, dénonce une pédiatre dans un cri d'alarme lancé aux dirigeants du réseau régional de la santé.
Dans une lettre datée de la fin mars qu'elle signe « pour le département de pédiatrie », la Dre Eve-Marie Bélanger, pédiatre au Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO), énumère « plusieurs lacunes » dans les services pour les patients de 0 à 17 ans. « Nous croyons qu'il est inacceptable et discriminatoire de priver une catégorie de patients de soins ou de services », clame-t-elle dans ce « cri d'alarme ».
« Il devient difficile pour nous de voir des patients sans pouvoir leur offrir les soins et/ou évaluations que nous jugeons essentiels et ceci s'avère particulièrement vrai pour les familles issues de milieu socioéconomique défavorisé, écrit la Dre Bélanger. Actuellement, il n'y a aucune possibilité pour les enfants de l'Outaouais âgés de 5-18 ans de recevoir des services en externe au CISSSO en nutrition, ergothérapie ou physiothérapie. Les familles doivent se tourner vers le secteur privé, ce qui n'est pas toujours envisageable. »
En psychologie, la pédiatre souligne qu'il n'y a actuellement « aucun service » externe pour les enfants du Pontiac, de la Vallée-de-la-Gatineau et des Collines. « De plus, quand les services sont disponibles, la liste d'attente peut parfois atteindre jusqu'à 18 mois », déplore la Dre Bélanger. Une attente de plusieurs mois est aussi observée en service social et en psychoéducation, ajoute-t-elle.
Pour l'accès aux services médicaux spécialisés, le cas de l'ophtalmologie « est particulièrement problématique car les demandes de consultation sont souvent refusées par nos ophtalmologistes du CISSSO qui nous demandent de les rediriger au Centre hospitalier pour enfants de l'est de l'Ontario (CHEO) ». Or, le CHEO refuse aussi parfois ces demandes, ou peine à respecter les délais recommandés en raison de « la demande excessive ».
En radiologie, « il est impossible d'obtenir une résonance magnétique pour les 0-16 ans », dénonce la pédiatre.
« Actuellement, nous ne savons pas comment régler le problème d'accessibilité aux services pour notre clientèle pédiatrique », résume la Dre Bélanger, qui soutient que malgré les démarches faites « depuis de nombreuses années, [...] les avancées n'ont jamais été à la hauteur des besoins de nos patients ».
Outre les conséquences immédiates que ces lacunes génèrent, la Dre Bélanger note qu'à long terme, le manque de ressources pour les enfants peut engendrer des problèmes de santé physique ou psychosociaux pour ces adultes de demain.
Dans sa lettre de réponse, le président-directeur général du CISSSO, Jean Hébert, affirme que l'organisation offre « une large gamme de services », tout en reconnaissant que « certaines listes d'attente sont importantes ». « À travers divers chantiers, nous tentons de trouver des solutions pour mieux gérer cette attente », écrit-il.
Le grand patron du CISSSO note qu'« il est vrai que plusieurs services » visent les 0 à 5 ans en vertu des orientations ministérielles visant une intervention précoce. Il soutient également que le CISSSO a « optimisé » ses partenariats avec le milieu scolaire pour les 6 à 17 ans, notamment en psychologie et en orthophonie. Des démarches sont aussi en cours pour accroître les services pédiatriques en ophtalmologie et en radiologie, affirme M. Hébert, qui souligne que « l'offre globale des services médicaux pour la clientèle pédiatrique doit être revue à la lumière de l'environnement dans lequel nous évoluons ».