Les données obtenues par Le Droit montrent que le quart de l’enveloppe de 24,8 millions$ est utilisé pour le centre de cancérologie de l’Hôpital de Gatineau.

CISSSO: une utilisation «inadmissible» du statut particulier

L’utilisation des sommes du statut particulier consenti au réseau de la santé de l’Outaouais il y a 12 ans est « inadmissible » aux yeux du président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), Patrick Guay.

Invité à réagir aux données obtenues par Le Droit sur les mesures financées par le Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO) grâce à l’enveloppe de 24,8 millions $ du Plan d’action Outaouais (PAO), le président du SPSO estime qu’il y en a plusieurs, dans le lot, « qui n’ont rien à voir avec le statut particulier ».

Patrick Guay est également estomaqué par l’ampleur des sommes servant pour des projets d’infrastructures comme l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, l’agrandissement de l’Hôpital de Papineau ou encore le centre de cancérologie.

« C’est comme s’ils avaient fait des rénovations sans avoir le budget de fonctionnement, déplore-t-il. Le statut particulier tombe demain matin et ça veut dire qu’ils n’ont plus d’argent pour payer l’électricité, finalement. Ça n’a pas de bon sens. […] Cet argent-là ne devrait pas être pris dans cette enveloppe-là. »

Jugeant le portrait global du PAO « inadmissible », M. Guay entend « poser plusieurs questions » à la grande patronne du CISSSO, Josée Filion, lors d’une rencontre prévue cette semaine.

Le SPSO aimerait notamment que le CISSSO « recentre » l’utilisation du budget du statut particulier pour l’attraction et la rétention de main-d’œuvre.

À l’heure actuelle, près de 4,4 millions $ servent à payer les primes particulières accordées en Outaouais pour les quarts de travail de soir, de nuit et de 12 heures, des incitatifs considérés essentiels par le SPSO.

Du travail supplémentaire doit toutefois être fait, croit Patrick Guay, entre autres pour la « stratégie de rétention », à laquelle le CISSSO octroie cette année 107 000 $ provenant du statut particulier.

« J’ai hâte de voir c’est quoi leur rétention, lance M. Guay. Jusqu’à il y a deux semaines, c’était tout sauf de la rétention qu’ils faisaient. Le monde voulait juste quitter l’établissement. »

Le SPSO a plaidé ces dernières semaines pour que des fonds provenant du statut particulier soient utilisés afin de modifier les ratios en place dans diverses unités de soins, afin que les professionnelles, « débordées », puissent offrir des soins « plus sécuritaires » en ayant moins de patients sous leur responsabilité.

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CHRONOLOGIE

Juin 2007

Le ministre de la Santé de l’époque, Philippe Couillard, annonce l’octroi d’un statut particulier au réseau régional de la santé. « Les besoins particuliers de l’Outaouais et sa proximité avec l’Ontario justifient un plan d’action unique à la région », avait-il notamment mentionné.

Octobre 2011

Le Droit révèle que des primes spéciales consenties grâce au statut particulier aux infirmières pour les quarts de travail de soir, de nuit et de 12 heures seront abolies pour « financer des projets structurants dans le domaine de la main-d’œuvre ». Un sursis est accordé et les députés de la région finissent par demander le maintien des primes. Un mois et demi plus tard, une entente est conclue pour que les primes soient maintenues.

Avril 2013

Le Droit révèle que 85 % de l’enveloppe de 20 millions $ du statut particulier sert à financer des programmes et des mesures de façon récurrente, ne laissant que peu de marge de manœuvre pour des projets ponctuels et non récurrents.

Décembre 2015

Le Droit obtient des données montrant qu’une grande partie du budget du statut particulier sert désormais à assumer des dépenses courantes de fonctionnement pour des services offerts dans plusieurs autres régions du Québec. Le ministre de la Santé de l’époque, Gaétan Barrette, se dira ensuite « étonné » de l’utilisation faite de l’argent provenant du statut particulier.

Avril 2016

Des députés de la région affirment pour la première fois que certaines sommes provenant du statut particulier sont dépensées de manière inadéquate. Le député de Chapleau de l’époque, Marc Carrière, indique que le ministre « a demandé une réévaluation de toute l’enveloppe ».

Novembre 2018

Le Droit dresse un nouveau portrait de l’utilisation des sommes du statut particulier. Malgré la réévaluation annoncée deux ans plus tôt, l’enveloppe sert encore à financer de nombreuses dépenses courantes pour des services offerts ailleurs au Québec. Fraîchement nommé ministre responsable de la région, Mathieu Lacombe affirme que le statut particulier a été « dénaturé » et que le montant investi « pour être compétitif avec l’Ontario » doit être « augmenté ».

Septembre 2019

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, reconnaît que le statut particulier s’est « un peu perdu dans la brume » et indique que le dossier est sous analyse au ministère de la Santé.