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Chambres TARP: médecins mobilisés en vain
Des médecins se sont mobilisés dans l’espoir de faire aménager deux salles de césarienne sur le même étage que les salles d’accouchement de l’unité des naissances de l’Hôpital de Gatineau.
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Chambres TARP: un projet critiqué par les médecins

Plusieurs médecins se sont mobilisés dans l’espoir que le réaménagement de l’unité des naissances de l’Hôpital de Gatineau comprenne deux salles de césarienne sur le même plancher que les salles d’accouchement. Leurs efforts auront été vains, révèlent des documents obtenus par Le Droit. Même s’il a été invoqué qu’il est « dangereux » pour les mères et les bébés que les césariennes se fassent sur un étage différent des accouchements par voie naturelle, c’est l’option qui a été retenue.

Cela fera bientôt cinq ans que le réaménagement du troisième étage de l’Hôpital de Gatineau a été annoncé, sous le gouvernement péquiste de Pauline Marois. L’objectif : y créer 32 chambres TARP (travail-accouchement-récupération-postpartum) pour améliorer l’expérience des familles et rapatrier des centaines de naissances qui se font actuellement chaque année sur la rive ontarienne.

Malgré les années, aucun mur n’a encore bougé sur l’unité. Le projet a même « été pratiquement abandonné » par le ministère de la Santé, écrivait au printemps 2017 le Dr Guy Morissette, qui occupait alors le poste de directeur des services professionnels du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).

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Selon des dizaines de documents obtenus par Le Droit grâce à une demande d’accès à l’information, ce dossier a suscité de vifs débats à l’interne. Des gynécologues-obstétriciens, médecins de famille accoucheurs et anesthésiologistes ont défendu l’importance d’avoir deux salles de césarienne sur le même étage que les chambres TARP. En février 2018, quatre ans jour pour jour après l’annonce des péquistes, les libéraux annonçaient que l’aménagement de ces chambres allait finalement se concrétiser. Alors que la première mouture du projet ne comprenait qu’une salle pour les césariennes, la plus récente en prévoit deux, mais elles seront un étage plus bas, là où se trouve le bloc opératoire.

Dans un échange de courriels entre médecins daté du printemps 2016, le chef du département d’obstétrique-gynécologie, le Dr Lionel Ange Poungui, affirmait pourtant que « tous » les médecins et gestionnaires s’entendaient pour dire « que la solution est deux salles d’opération » pour les césariennes au troisième étage. Il soulignait qu’il fallait tout de même présenter tous les scénarios possibles au ministère, avec les avantages et inconvénients de chacun. Les responsables du dossier au ministère verraient ainsi que le scénario comprenant deux salles de césarienne au troisième étage « s’impose par lui-même », écrivait alors le Dr Poungui.

Dans le même échange, une gynécologue-obstétricienne affirmait qu’il est « inquiétant qu’on puisse remettre en question l’intérêt d’avoir des salles de césarienne au même niveau que la salle d’accouchement ». « Il semble nécessaire de rappeler que le but de faire des travaux, outre le confort des patients et la gestion des lits, est essentiellement de travailler dans des conditions de sécurité optimales, écrivait cette spécialiste. Pour ce faire, il faut que les salles de césarienne restent au même étage que l’obstétrique. »

Dans une proposition de procès-verbal d’une réunion tenue en mai 2016, un anesthésiologiste soulignait pour sa part que le système actuel « est dangereux pour la mère et son bébé en raison de l’obligation de transférer au deuxième étage ». Ce message rapportait aussi que « tous les représentants des médecins » du comité consultatif sur le projet des chambres TARP s’entendaient pour dire que les salles de césarienne ne devaient pas se situer au deuxième étage, car le voyage en ascenseur et le transfert d’informations créent des « risques inacceptables » pour les mères et leurs bébés.

Toujours au printemps 2016, une pédiatre a écrit, dans un courriel envoyé au Dr Morissette, avoir voulu vérifier si l’option d’installer l’unité de néonatalogie ailleurs qu’au troisième étage avait été considérée. « Pour nos tout petits patients, le voyage en ascenseur serait tellement moins dangereux après la naissance, réanimation et stabilisation qu’entre la souffrance fœtale et la césarienne ‘crash’ », écrivait-elle, en précisant ne pas vouloir retarder la réalisation « cruciale » du projet.

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Un gain mais pas «l’idéal»

À défaut de pouvoir obtenir un projet «idéal» et par crainte que le statu quo l’emporte, les médecins de l’Hôpital de Gatineau oeuvrant auprès des mères et de leurs nouveau-nés ont fini par se rallier derrière les plans séparant d’un étage les chambres d’accouchement des salles de césariennes.

Le Dr Lionel Ange Poungui, chef du département d’obstétrique-gynécologie du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO), ne cache pas que «l’idéal» et «la préférence des médecins, c’était deux salles [de césarienne] au troisième [étage]» de l’Hôpital de Gatineau, là où seront aménagées 32 chambres TARP (travail-accouchement-récupération-postpartum).

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L'hôpital de la CAQ

Séparer les salles pour les césariennes des chambres TARP aurait été « inacceptable » dans un nouvel hôpital, estime le Dr Lionel Ange Poungui, chef du département d’obstétrique-gynécologie du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).

Or, la Coalition avenir Québec (CAQ) a promis de bâtir un nouvel hôpital d’au moins 170 lits dans la région d’ici cinq ans. Cette promesse électorale a été réitérée une fois la CAQ au pouvoir, plus tôt cet automne.

Pas question toutefois pour le CISSSO de refaire les plans du projet des chambres TARP en fonction de cet éventuel nouvel hôpital. « Ça fait longtemps que la population attend ce projet-là, souligne la directrice des programmes jeunesse du CISSSO, Martine Bilodeau. [...] Je me sentirais mal de juste encore aller selon [...] quelque chose qui a été promis par un nouveau gouvernement, qu’on ne sait pas si ça va arriver non plus. »