Camille Lefebvre et Joël Bellehumeur dépendent des préposés pour accomplir une foule de petits gestes du quotidien.

Bains sautés et «énormément de patates pilées»

Des préposés qui suggèrent le port d'une culotte d'incontinence à un jeune homme handicapé qui n'est pas incontinent. Des bains donnés une fois par semaine - et parfois aux deux semaines - à 5h30 du matin. Des rôties pour souper. Sans oublier les patates pilées. « Énormément de patates pilées. »
Joël Bellehumeur et Camille Lefebvre sont handicapés. Le jeune homme est atteint d'amyotrophie spinale, la jeune femme de paralysie cérébrale. Les deux ont une chambre obtenue par un contrat du réseau public dans une résidence privée de Gatineau. Confinés à leur fauteuil roulant ou à leur lit, ils dépendent des préposés pour accomplir une foule de petits gestes du quotidien. Mais le service n'est pas toujours au rendez-vous, déplorent-ils.
Les deux jeunes adultes n'ont pas voulu rendre public le nom de la résidence où ils demeurent, parce qu'ils souhaitent d'abord et avant tout « faire connaître la situation au grand public », explique Joël.
En emménageant là où ils vivent actuellement, ils se sont tout de suite sentis mieux que dans la résidence intermédiaire où ils étaient auparavant, disent-ils conjointement. Mais au fil des ans, les lacunes se sont accumulées dans la prestation de soins qui leur est offerte, affirment-ils. Ils reconnaissent que certains préposés sont attentionnés, mais perçoivent que certains « n'aiment pas leur job ».
« Il y en a aussi qui travaillent à deux places différentes la même journée, alors ils sont fatigués et c'est la qualité qui en prend un coup », observe Joël.
Le jeune homme raconte qu'il doit normalement attendre de « cinq à dix minutes » pour qu'un préposé aux bénéficiaires l'accompagne à la toilette. « Mais ça m'est déjà arrivé d'attendre une heure, dit-il. Et moi, je suis tout le temps dans ma chaise roulante, donc je peux aller chercher un préposé. Je trouve que c'est plus rapide, parce que des fois on se fait oublier. »
Des préposés lui ont même déjà suggéré de porter une culotte d'incontinence pour éviter d'attendre. « Mais je suis capable de me retenir et je suis capable d'aller aux toilettes normalement, alors tant que je vais être capable, je vais le faire », a-t-il riposté.
Les soins d'hygiène sont aussi parfois escamotés, faute de temps ou de personnel, affirment Camille et Joël. Leur bain complet, normalement offert une fois par semaine, a donc déjà eu lieu seulement aux deux semaines. Et comme ce sont des préposés de nuit qui leur donne, ça se fait à 5h30 le matin, déplorent-ils.
Côté alimentation, ça laisse aussi à désirer, estiment les deux bénéficiaires. Les patates pilées reviennent « très souvent » dans leurs assiettes. En entrevue, Camille grimace juste à en entendre parler. La jeune femme a la chance d'avoir certains repas cuisinés par sa mère, qu'elle savoure lorsque le menu du jour ne lui plaît pas.
Un manque de nourriture a aussi déjà été dénoncé par les résidents, racontent-ils. Au point où ils ont déjà dû se contenter de rôties en guise de souper. « Très rarement, mais c'est arrivé », note Joël.
À ces désagréments qu'ils disent observer s'ajoute l'isolement. Les chambres voisines hébergent pour la plupart des personnes âgées. « Je discute avec eux, mais je ne me lie pas d'amitié vraiment, raconte Joël. [...] Une chance que j'ai des amis à l'extérieur de là pour me changer les idées, parce que je virerais fou. »
Camille apprécie aussi s'évader chaque fois qu'elle se rend dans les locaux de l'organisme Entre deux roues, où elle peut participer à diverses activités. C'est là que s'est déroulée l'entrevue. « Si je pouvais avoir un lit ici, je le prendrais », dit-elle.
Ayant déjà formulé plusieurs plaintes auprès de la direction de la résidence, Joël envisage de se tourner vers le commissaire aux plaintes du Centre intégré de santé et de services sociaux de l'Outaouais (CISSSO) dans l'espoir de faire bouger les choses. « C'est ma prochaine étape », dit-il.
Joël et Camille aimeraient bien se dénicher une place dans une autre ressource, même s'ils ont certains doutes. « Je n'ai pas fait la demande encore, confie Joël. Je ne suis pas prêt à 100 %, j'ai encore peur du changement un peu. J'ai peur que ce ne soit pas mieux. »