Le Dr Luc Monette est un des seuls médecins spécialistes à utiliser cette nouvelle technique.

Amygdalectomies moins risquées grâce à une nouvelle technique médicale

Les enfants de l’Outaouais devant subir l’ablation des amygdales ont désormais accès à une nouvelle technique qui diminue grandement la douleur post-chirurgicale, mais aussi les risques de complications.

Le Dr Luc Monette, oto-rhino-laryngologiste au Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais, est l’un des quelques spécialistes de la province à utiliser une nouvelle technique pour pratiquer des amygdalectomies.

C’est en se rendant à Londres rencontrer le Dr Daniel Tweedie que le Dr Monette a pu observer comment fonctionne cette méthode, appelée amygdalectomie intracapsulaire. Le Dr Tweedie est ensuite venu à Montréal pour former quelques spécialistes.

Avec cette procédure qui existe depuis une dizaine d’années, les amygdales sont retirées sans toucher à la capsule qui les enveloppe. « Il n’y a pas de sang tout au long de l’intervention, explique le Dr Monette. L’amygdale est disséquée sans être coupée. »

Alors que la température du tissu peut grimper jusqu’à plus de 500 °C avec la méthode traditionnelle, elle peut maintenant se limiter à un maximum de 75 °C.

La technique traditionnelle — dite extracapsulaire — nécessite que les enfants soient au repos pendant 14 jours, sans école ni activité physique. « Ça représente des absences du travail pour les parents », souligne le Dr Monette, qui est aussi président de l’Association d’oto-rhino-laryngologie et de chirurgie cervico-faciale du Québec.

La nouvelle procédure représente « une avancée incroyable » pour les petits patients. « Ils sont en forme le lendemain et mangent normalement », dit-il. La douleur se contrôle avec de l’acétaminophène pendant moins d’une semaine, ce qui évite le recours à des opiacés.

Côté complications, des saignements étaient rapportés chez 4 à 10 % des patients avec la méthode traditionnelle. Les données compilées jusqu’à présent en Angleterre font état de saignement post-chirurgie dans seulement 0,29 % des cas.

Chaque année, environ 5000 petits Québécois se font retirer les amygdales. Depuis 2002, cinq enfants sont décédés après une telle chirurgie, des tragédies qui ne sont pas étrangères à la recherche d’une technique comportant moins de risques.

Les sondes utilisées pour la nouvelle technique sont dix fois plus chères que celles normalement utilisées, soit 250 $ au lieu de 25 $.

Le soutien de la Fondation de l’Hôpital de Montréal pour enfants a permis d’acheter 400 sondes afin qu’elles soient utilisées non seulement dans la métropole, mais aussi à Gatineau, Québec et Repentigny.

Depuis le mois de juillet, le Dr Monette a pu faire l’intervention chez 15 enfants. Deux de ses collègues en ont aussi effectué, chacun chez deux jeunes patients. Aucun n’a été revu à l’urgence à la suite de la chirurgie, et aucun appel n’a été reçu pour signaler un problème de contrôle de la douleur.

La nouvelle technique « peut laisser un résidu d’amygdales » dans 2 à 5 % des cas, indique le Dr Monette, ce qui pourrait faire en sorte qu’elles réapparaissent à l’âge adulte. Il ne s’agit toutefois pas d’un gros inconvénient si l’on considère tous les avantages, expose le Dr Monette, qui est convaincu que l’investissement en vaut la peine. « La différence est énorme », assure-t-il.

Les données colligées à partir des interventions faites au Québec serviront à l’étude chapeautée par l’équipe du Centre universitaire de santé McGill, avec laquelle coopère le Dr Monette.

Les résultats seront présentés au ministère de la Santé, dans l’espoir qu’un financement soit accordé pour implanter la nouvelle technique à la grandeur de la province.