Les dispositions de la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir sont en vigueur depuis décembre 2015.
Les dispositions de la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir sont en vigueur depuis décembre 2015.

Aide médicale à mourir: 36 patients ont allégé leurs souffrances en Outaouais

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Les trois quarts des demandes d’aide médicale à mourir formulées par des patients de la région ont été administrées, révèlent les plus récentes données du Centre intégré de santé et de services sociaux de l’Outaouais (CISSSO).

Au total, 36 des 48 personnes qui ont choisi cette option en 2019-2020 ont pu mettre un terme à leurs souffrances. En comparaison, 28 personnes sur 40 ont pu recevoir ce soin ultime l’année précédente.

C’est la preuve, selon l’organisation, que même si plusieurs médecins ressentent encore un malaise et invoquent «une objection de conscience» face à cette pratique, les mentalités ont beaucoup évolué ces dernières années. Les dispositions de la loi québécoise sur l’aide médicale à mourir sont, rappelons-le, en vigueur depuis décembre 2015.

«Pour l’aide médicale à mourir, ça va bien au CISSSO, en ce sens où on a de plus en plus de demandes et on y répond. Des fois, les gens ne se qualifient pas, car bien sûr il y a des critères qui doivent être respectés, mais on voit de plus en plus de personnes qui formulent des demandes et on est en mesure de l’offrir. On en donne de plus en plus à domicile, c’est l’un des faits saillants. On le favorise», a indiqué le conseiller médical à la Direction des services professionnels et de la pertinence clinique, Dr Guy Morissette, en présentant les chiffres au conseil d’administration du CISSSO, plus tôt cet été.

Parmi les 36 demandes d’aide médicale à mourir qui ont été administrées, 22 ont eu lieu dans un centre hospitalier, alors que 11 patients ont rendu l’âme à la maison, soit le double de l’an passé (5).

Les trois autres ont été obtenues dans un CHSLD, où le nombre de demandes est plus faible qu’ailleurs en province.

Des 12 demandes non administrées, trois ne l’ont pas été parce que les conditions exigées n’étaient pas entièrement respectées, alors que dans trois autres cas, la personne a changé d’avis ou retiré sa demande. Deux personnes sont également décédées avant d’obtenir l’aide médicale à mourir, alors qu’une autre a été transférée vers un autre établissement. Dans trois cas, les motifs sont inconnus.

Le Dr Guy Morissette

Trois défis

À moyen et long terme, le Dr Morissette perçoit trois «défis» avec l’aide médicale à mourir en Outaouais. Le premier d’entre eux est le fait qu’un nombre encore minime de médecins (une vingtaine sur un total de plus de 600) sont impliqués dans ce soin.

«La majorité des demandes sont transmises au médecin traitant, mais certainement les trois quarts sinon plus allèguent finalement une objection de conscience. L’organisation doit alors identifier un médecin qui doit donner le service», explique-t-il.

Interrogé à savoir s’il croit que cette réalité a pour effet de limiter l’accès à ce soin ultime, le Dr Morissette répond par la négative.

«C’est une question qui fait l’objet de différentes réflexions au Québec. J’ai les sons de cloche partout. En Outaouais, ce n’est pas un enjeu, mais ce l’était probablement dans les premières années (de la légalisation), en 2016 et 2017. C’est une préoccupation qui est de moins en moins présente, probablement parce que sur le plan de la société, il y a une meilleure acceptabilité. Avant, les médecins ou d’autres membres de l’équipe étaient un peu mal à l’aise, inconfortables, mais ça, on le sent beaucoup moins. Les médecins savent quoi faire lorsqu’ils reçoivent une demande et on a mis beaucoup d’efforts au CISSSO pour faire en sorte que ça chemine rapidement», dit-il.

Malgré tout, ce dernier souligne qu’on lui signale encore des situations pour lesquelles il doit intervenir, «mais c’est plus anecdotique que généralisé». Il ajoute qu’à sa connaissance, les réticences d’un médecin n’ont jamais jusqu’ici freiné le cheminement d’une demande.

Le second enjeu à prendre en considération est «la consolidation de l’équipe impliquée» dans l’aide médicale à mourir dans la région, estime le Dr Morissette.

«Ce n’est pas une question de disponibilité, il y a beaucoup d’intérêt autour de ça. Mais il y a bien souvent de la détresse et on n’a pas toujours la capacité de répondre à cette détresse de façon optimale», lance-t-il.

Convaincu que le nombre de demandes haussera de façon significative lorsque ce sera chose faite, le Dr Morissette soutient que les éventuelles modifications au Code criminel pour élargir l’accès à l’aide médicale à mourir seront un autre défi majeur. L’entrée en vigueur de ces changements, qui permettront d’abolir l’exigence de mort «raisonnablement prévisible», est retardée, car le fédéral a demandé un sursis jusqu’en décembre.

«Je peux vous dire que sur le terrain, beaucoup de gens attendaient juillet pour formuler des demandes. Ils ont manifesté le fait qu’ils étaient bien déçus», explique-t-il.

Une porte... moins fermée

Par ailleurs, si aucune des trois maisons de soins palliatifs de l’Outaouais n’accepte d’offrir l’aide médicale à mourir entre ses propres murs, une réalité que le Dr Morissette qualifie de «préoccupation majeure», les choses pourraient changer.

«Il y a des échanges. Je vous dirais qu’il y a une fermeture, mais que la porte est de moins en moins fermée. Il y a une des trois (maisons) où ça se discute de plus en plus activement et je pense que je ne serais pas surpris que ça puisse s’offrir dans la prochaine année. Mais à ce moment-ci, ce n’est pas évident, c’est difficile. Je pense qu’il y a de plus en plus de pression. On est toujours ouverts à discuter avec eux sur un accommodement, une réflexion», a-t-il relaté.

Au total, 2906 personnes en fin de vie ont reçu des soins palliatifs l’an dernier en Outaouais, une hausse de 6% par rapport à l’année précédente. Du nombre, 77% se trouvaient à domicile ou en centre hospitalier. La proportion de gens hébergés dans une maison de soins palliatifs a bondi à 17%.