Louise Brazeau Ward est poursuivie par l'Ordre des psychologues du Québec.

Accusée d'exercice illégal de la psychologie, Louise Ward témoigne

Accusée d'exercice illégal de la psychologie, la fondatrice du Centre canadien de dyslexie, Louise Ward, affirme que même si elle a dit à une agente d'investigation qu'elle était « définitivement dyslexique », elle n'a procédé qu'à du dépistage, et non à une évaluation, un acte réservé en fonction du Code des professions.
Le procès de Mme Ward, entamé le mois dernier au palais de justice de Gatineau, s'est poursuivi la semaine dernière avec son propre témoignage. La Gatinoise a d'abord dressé le portrait de son expérience dans le domaine de la dyslexie, qui inclut notamment diverses conférences et formations auprès de professionnels des milieux de la santé et de l'éducation au sujet de sa méthode EMS (enseignement multisensoriel simultané) pour aider les dyslexiques à cheminer. « Il y a eu des thèses de doctorat sur ma méthode », a notamment mentionné Mme Ward, qui se décrit comme une autodidacte en matière de dyslexie.
Interrogée sur sa rencontre avec l'agente d'investigation mandatée par l'Ordre des psychologues du Québec pour se faire passer pour une cliente au bureau gatinois de l'époque du Centre canadien de dyslexie, Mme Ward a répété à maintes reprises qu'elle avait « juste fait du dépistage » lors de leur rencontre d'avril 2015.
L'Ordre soutient plutôt qu'une évaluation a été faite et que Mme Ward a ainsi enfreint des dispositions législatives qui prévoient, depuis 2012, que l'évaluation des troubles mentaux est un acte réservé à certains professionnels, dont les médecins et les psychologues.
Enregistrée à son insu par l'agente d'investigation, Mme Ward lui avait mentionné qu'elle n'était pas psychologue ni orthopédagogue, mais qu'elle était « spécialisée en dyslexie ». Elle soutient aussi que sa propre dyslexie peut faire en sorte qu'elle se trompe dans les mots qu'elle utilise.
« Je n'ai jamais fait de diagnostic de dyslexie, a-t-elle affirmé en cour. [...] Quand je dis "dyslexique", c'est pour éviter de dire "caractéristiques de la dyslexie". [...] Mon discours est différent quand je parle à des personnes qui me semblent moins intelligentes [que l'agente d'investigation]. [...] Généralement, je dis toujours "t'as les caractéristiques de la dyslexie". »
L'avocat de l'Ordre, Me Louis Gélinas, a pour sa part rappelé que Louise Ward avait dit à l'agente d'investigation qu'elle était « pas mal dyslexique », « définitivement dyslexique », et qu'elle avait « deux formes de dyslexie ». La position de l'Ordre est que la dyslexie est un trouble d'apprentissage, et que les troubles d'apprentissage sont des troubles mentaux selon le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5), un ouvrage de référence reconnu de la communauté scientifique.
La juge Christine Lafrance, qui doit rendre sa décision le 6 juillet prochain, a indiqué que deux questions se posent dans ce dossier, soit si « la poursuite a démontré hors de tout doute raisonnable que la dyslexie est un trouble mental », et le cas échéant, s'il a été « prouvé hors de tout doute raisonnable [que Mme Ward] a fait une évaluation de dyslexie ».
Deux infractions pèsent contre Mme Ward, soit d'« avoir exercé l'évaluation des troubles mentaux » et d'« avoir agi de manière à laisser croire qu'elle était autorisée à exercer l'évaluation des troubles mentaux ». Une amende de 5000 $ est réclamée pour chacune des infractions.