Sabrina Cyr, qui a écrit le Livre noir des urgences, a présenté sa démission en février dernier. Quant à Caroline Dufour, cette infirmière gatinoise a participé à l’événement qui se tenait au Petit Chicago, dans le Vieux-Hull.

À cœur et à micro ouverts

Plus d’une trentaine d’infirmiers et infirmières de l’Outaouais et de Montréal se sont livrés à un exercice collectif public qui consistait à échanger leurs expériences de vie et de travail dans le cadre d’un événement intitulé Dénonçons, parlons, agissons.

Cette rencontre s’inscrivait dans ce large mouvement de dénonciation qui secoue, depuis quelque temps, le milieu infirmier des urgences de l’Outaouais et d’ailleurs au Québec.

Les longues heures de travail, l’épuisement professionnel et le ras-le-bol généralisé des travailleurs infirmiers ont déjà engendré plusieurs autres actions récentes, notamment la rédaction d’un Livre noir des urgences de l’Outaouais, l’impression de slogans-chocs sur des tee-shirts de travailleurs hospitaliers, le partage de photos dans les médias sociaux, des entrevues dans les médias et autre sit-in.

La trentaine d’infirmiers et infirmières épuisés et révoltés des hôpitaux de Gatineau et Montréal, qui étaient présents, se sont livrés, vendredi soir, à ce qu’ils appelaient un « événement à micro ouvert » au bar Le petit Chicago dans le Vieux-Hull.

À tour de rôle, les uns et les autres devaient monter sur la petite scène et se vider le cœur sur ce qu’ils et elles vivent en milieu de travail, mais chaque intervention devait se terminer par une suggestion de solution concrète aux problèmes dans les urgences : l’élaboration d’une loi sur les ratios infirmières-patients a été maintes fois souhaitée.

Tout cet exercice visait à « identifier les manquements dans les soins et les pratiques de gestion » et on espérait ainsi « proposer des pistes de solutions pour remédier à ces manquements », expliquait le communiqué invitant les infirmières à se rassembler. Par cet événement, on voulait « mobiliser, rassembler et surtout [...] nourrir ce mouvement qui prend forme — mouvement par et pour les soignants sur le terrain ».

L’initiatrice du Livre noir démissionne

L’une des principales voix contestataires derrière le fameux Livre noir des urgences, Sabrina Cyr, a confirmé, lors de cette soirée, son départ de l’Hôpital de Gatineau, même si elle avait officiellement présenté sa démission le 26 février dernier.

Après moins de deux ans à l’urgence de l’Hôpital de Gatineau, l’infirmière quittera, vendredi prochain, pour exercer désormais son métier à La Romaine, un petit village de la Basse-Côte-Nord. Du coup, l’exigeant ratio gatinois de près de 15 patients pour deux infirmières à l’urgence, certaines journées, fondera à quelque cinq à dix patients par jour dans ce dispensaire isolé de la Côte-Nord ; une autre réalité...

En entrevue au Droit, madame Cyr a réclamé plusieurs changements dans l’exercice des fonctions qu’elle quitte en Outaouais, notamment l’informatisation des dossiers traités (encore gérés manuellement), la fusion des archives entre les hôpitaux de Hull et Gatineau, l’éclaircissement des rôles dans la hiérarchie des gestionnaires de services, l’accroissement du personnel dit connexe pour libérer les infirmières de tâches secondaires excessives et la remise en service plus rapide d’appareils défectueux...

Devant le taux de participation relativement humble à cette soirée, Sabrina Cyr a expliqué :

« C’est un peu dur la mobilisation, les gens ont peur un peu, ils sont fatigués après leur shift [...] Il faut aller les chercher [...] Y a beaucoup de craintes. On s’est fait faire des chandails ‘Infirmières épuisées’. Quand on a commencé à les porter, y a eu de l’intimidation un petit peu : mon gestionnaire est entré dans la salle de rapports pour dire aux filles : ‘‘tous ceux qui portent le chandail peuvent pas travailler aujourd’hui.’’ C’est des trucs quand même qui refroidissent les filles parce qu’il y en a qui ont des enfants. C’est sûr qu’elles ne veulent pas perdre leur emploi. »

Sur scène, devant le micro, l’assistante infirmière-chef de nuit, Caroline Dufour, est venue dire à l’auditoire que la loi du silence était en train de tomber en Outaouais et qu’il s’agissait bien là d’un mouvement de dénonciation véritablement historique.

Une seconde version du livre noir est en préparation et devrait contenir sous peu d’autres témoignages percutants d’infirmières épuisées.