« Il y a 15 ans, tu pouvais entrer dans un CLSC, demander à voir un psychologue et tu avais un rendez-vous dans les jours qui suivaient. Aujourd'hui, c'est 18 mois d'attente. Un an et demi d'attente pour voir un psychologue. Celui qui en a vraiment besoin ne se rendra pas là. Il va sombrer. Tomber en crise et finir à l'urgence où on va le bourrer de pilules. »

18 mois d'attente pour voir un psychologue

« Il y a 15 ans, tu pouvais entrer dans un CLSC, demander à voir un psychologue et tu avais un rendez-vous dans les jours qui suivaient. Aujourd'hui, c'est 18 mois d'attente. Un an et demi d'attente pour voir un psychologue. Celui qui en a vraiment besoin ne se rendra pas là. Il va sombrer. Tomber en crise et finir à l'urgence où on va le bourrer de pilules. »
C'est exactement à ce moment-là que les choses commencent à vraiment mal tourner, ajoute du même souffle le directeur de Droit-Accès de l'Outaouais, Daniel St-Jean. La façon dont les services sont organisés à l'urgence de Gatineau, où tous les cas de santé mentale sont transférés quand la situation le commande, empire la situation, dit-il.
« Une urgence c'est correct pour des gens ensanglantés, qui arrivent en morceaux et avec le coeur arrêté, mais pour un problème de santé mentale, ça ne vaut rien, lance-t-il. La machine est inadéquate et provoque exactement ce qu'on souhaite éviter. On amène la personne à l'urgence parce qu'elle est en crise, mais le milieu ne fait souvent que provoquer une crise encore plus profonde. »
Daniel St-Jean explique qu'une personne en crise a besoin d'être écoutée et rassurée. « Au lieu de ça, à l'urgence, la personne en crise devra attendre souvent deux, trois ou quatre heures, menottées et surveillées par des policiers. C'est là que ce font les plus graves dégâts. C'est là qu'une personne se désorganise totalement. Son cas est urgent, mais elle doit attendre. »
Une urgence spécialisée en psychiatrie est un besoin criant, soutient M. St-Jean. Ce dernier affirme que plusieurs professionnels de la santé hésitent à condamner tout haut ce qui se déroule dans les hôpitaux. « Ils viennent se confesser à Droit-Accès, dit-il. Ils nous le disent tous que ce qui se passe, la façon de fonctionner du réseau est une vraie joke. Ils sont écoeurés. Nous n'inventons rien. »
Les omnipraticiens qui travaillent à l'urgence fuient les patients qui se présentent avec un état psychiatrique, avance M. St-Jean. « Il y a quelques braves, mais ce n'est pas la majorité, précise-t-il. La plupart vont remettre le patient en santé mentale sous la pile afin de l'éviter et de le refiler au psychiatre qui entrera le lendemain matin. C'est la norme. »
Le Centre de santé et de services sociaux de Gatineau (CSSSG) a d'ailleurs supprimé le seul poste de travailleur social en place à son urgence de Gatineau en novembre dernier, affirme M. St-Jean. « Ça prend une urgence spécialisée en santé mentale avec des professionnels formés pour gérer ce type de clientèle. »