Une quarantaine d’infirmières ont manifesté devant l’hôpital Fleurimont mercredi midi pour dénoncer l’imposition du temps supplémentaire obligatoire.

« Ce n'est pas une vie », disent les infirmières

Les professionnelles en soins ont lancé un autre cri du cœur mercredi pour dénoncer le recours abusif au temps supplémentaire obligatoire (TSO). Malgré la tenue de plusieurs rencontres entre les représentantes de la FIQ-SPSCE et la partie patronale depuis le mois d’avril, la situation ne s’est pas améliorée. Elle se serait même dégradée. Plusieurs infirmières pensent même à quitter leur emploi.

« Les conditions ne font que se dégrader depuis que je suis arrivée, indique Caroline Fillion, infirmière depuis deux ans. Avant, on était imposées par exemple une fois par mois et c’était déjà un problème, mais maintenant on est imposées de deux à trois fois par semaine. On est tannées et on est épuisées, c’est toujours les mêmes filles qui restent. Ce n’est pas une vie. Je vous le dis, dans quelques années, je ne serai plus infirmière parce que ces conditions ne sont pas vivables avec des enfants. »

Mme Fillion faisait partie des nombreuses infirmières, membres du syndicat et conjoints qui se sont rassemblés mercredi à l’entrée principale pour dénoncer l’utilisation abusive du TSO. Le désespoir était bien présent dans le discours des personnes présentes.

« Elle est anxieuse d’aller travailler parce qu’elle ne sait pas quand elle va finir, raconte pour sa part Alexis Lampron, le conjoint d’une infirmière du CIUSSS. Elle est complètement épuisée, donc elle prend ses journées de congé pour dormir. Elle a les larmes aux yeux en revenant. Ça ne peut pas continuer comme cela. Pour l’instant, on n’a pas d’enfant et on arrange notre vie pour le travail, ce qui ne devrait pas être le cas, selon moi. Ce qui va arriver, c’est qu’elle va se trouver un autre emploi. Elle ne peut pas travailler là et avoir des enfants. »

L’impact du TSO sur la vie familiale est le principal problème selon les infirmières rencontrées par La Tribune.

« Nos conjoints doivent se plier à tout ça, souligne Mylène Gagné, mère d’une jeune fille de 8 ans. J’apprends à 16 h que je dois rester lorsque je crois que mon quart est terminé, donc je dois vite appeler mon conjoint. On doit se débrouiller, mais parfois on n’a personne autour pour venir nous aider. Ça crée des frustrations entre collègues parce que ça ne serait pas à mon tour par exemple d’être imposée, mais celle qui devrait l’être ne peut pas. On essaie d’être solidaire entre nous. »

« L’équilibre est précaire quand on a des tensions au travail et des tensions à la maison, mentionne pour sa part Nathalie Desmarais, assistante infirmière-chef de jour en néonatalogie. On est un milieu de femmes, on n’est pas des hommes qui vont crier et taper sur les tables pour régler des situations. On est des infirmières qui ont le cœur sur la main et on est en train de s’épuiser. La société ne tolère pas la conduite avec des facultés affaiblies, mais on tolère des infirmières fatiguées avec des problèmes de concentration et la mémoire qui fait défaut. »

Plusieurs demandes

Le point de presse était organisé par la FIQ-Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est (FIQ-SPSCE) qui avait plusieurs revendications pour l’employeur.

« Des demandes de mesures structurantes d’attraction et de rétention du personnel ont été déposées à l’employeur, car il y a urgence d’agir, mentionne Sophie Séguin, présidente du comité exécutif de la FIQ-SPSCE. Il s’est montré ouvert à les considérer, mais les décisions et les actions tardent à venir ».

Selon le syndicat les taux de TS et de TSO ont atteint des seuils critiques dans plus de 50 centres d’activités du CIUSSS, approchant parfois 10 % des heures travaillées. La FIQ-SPSCE demande, entre autres, de stabiliser les postes et les horaires de travail des professionnelles en soins et de reconnaître leur expertise dans leur domaine en évitant de les assigner à des tâches pouvant être accomplies par d’autres titres d’emplois.

De plus, la FIQ-SPSCE a demandé à l’employeur d’offrir des incitatifs aux professionnelles en soins qui désirent offrir leur disponibilité dans les unités où le TSO est imposé. 

La FIQ-Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est représente plus de 5574 infirmières, infirmières auxiliaires, inhalothérapeutes et perfusionnistes cliniques.


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Un secteur complexe

Sur les 10 quarts de travail en temps supplémentaire obligatoire qui se font chaque jour de semaine chez les employés représentés par le FIQ-Syndicat des professionnelles en soins des Cantons-de-l’Est, quatre le sont dans le secteur mère-enfant qui comprend la maternité, la néonatalogie, la pédopsychiatrie et la pédiatrie. Or le secteur ne compte que 250 employés sur les 5574 représentés par le syndicat dans le CIUSSS de l’Estrie-CHUS.

La fin de semaine, le nombre de quarts de travail en TSO double pour se rendre à 20. Cinq de ces quarts sont faits par des employés du secteur mère-enfant.

« C’est un secteur où on vit des problèmes et des enjeux depuis un certain temps; ça ne date pas d’hier, admet Josée Paquette, directrice des ressources humaines, des communications et des affaires juridiques du CIUSSS. On est tout à fait conscients du problème et notre approche est de dénoncer le temps supplémentaire obligatoire. Une heure de TSO en est une de trop. On est au courant que ça touche à la vie personnelle et la qualité de vie au travail. »

Mme Paquette admet que le temps supplémentaire a augmenté dans la dernière année au CIUSSS de l’Estrie-CHUS. Elle confirme toutefois que sept nouvelles personnes sont en cours d’orientation en maternité et il y en a six à venir en néonatalogie dans les prochaines semaines.

« On aurait voulu le faire avant, mais l’équilibre entre les secteurs est extrêmement précaire, indique Mme Paquette. Si on déplace des gens vers un secteur, ça signifie moins de ressources pour un autre. »

Des quarts de 12 heures ont aussi été mis en place pour tenter de diminuer le TSO. Environ 6 personnes auraient déjà levé la main pour faire ce type de quart.

Quelques infirmières ont avoué à La Tribune penser sérieusement à changer d’emploi si la situation ne s’améliore pas. Le CIUSSS se dit très préoccupé par la situation.

« Ça nous affecte d’entendre ça parce que ces gens-là ont étudié pour donner des soins à une clientèle qu’ils ont à cœur, résume Mme Paquette. On espère vraiment être en mesure d’améliorer les conditions. »