Les co-propriétaires du Rustiek, Arièle Bertho, Jesse Charette et Marie-Claire Chartrand
Les co-propriétaires du Rustiek, Arièle Bertho, Jesse Charette et Marie-Claire Chartrand

Salles à manger des restaurants fermées: «On est doublement punis»

Daniel LeBlanc
Daniel LeBlanc
Le Droit
Le prolongement des mesures sanitaires en zone rouge jusqu’en janvier est une nouvelle dure à encaisser pour les restaurateurs de Gatineau et de la MRC des Collines-de-l’Outaouais, qui doivent continuer de redoubler d’imagination pour attirer la clientèle avec des repas pour emporter ou en livraison.

Copropriétaire du Rustiek, dans le Vieux-Hull, Jesse Charette a du mal à comprendre pourquoi les salles à manger ne peuvent rouvrir alors que l’achalandage dans les centres commerciaux n’ira qu’en s’accroissant d’ici Noël.

«C’est frustrant un peu, non seulement pour nous, mais pour tout le monde de l’industrie qui de peine et de misère arrive à survivre. On entre dans une période de l’année où on pourrait se créer un petit fonds, alors c’est plate. Décembre, c’est là où on peut faire des sous, c’est un mois qui nous permet de passer à travers l’hiver, une période où il y a moins de pieds carrés à rentabiliser, où il n’y a pas de terrasse», lance-t-il.

Sa collègue et copropriétaire Arièle Bertho soutient que contrairement à la première vague de la pandémie, les gens vaquent à leurs occupations habituelles et ont moins le réflexe d’encourager les petits commerçants.

Malgré le succès du concept de boîtes de repas orchestré avec trois autres restaurants, le chiffre d’affaires du Rustiek atteint à peine le tiers de la normale, alors qu’il était d’environ 60% lors du confinement au printemps.

«La lumière au bout du tunnel, je la vois, mais j’ai l’impression qu’un train s’en vient et le tunnel n’est pas large», s’exclame M. Charette.

Affirmant que les commandes pour emporter ne représentent que 15% de ses ventes habituelles, le propriétaire du restaurant Ben & Florentine de Gatineau, Jamel Jani, croit que l’Outaouais est une région «doublement punie».

«Si l’on compare avec Ottawa, où c’est ouvert, on est pénalisés deux fois. La première raison, c’est que notre système de santé n’est pas efficace et très fragile, et la deuxième, c’est qu’on demeure en zone rouge à cause de cela. Les restaurants ont essayé de respecter toutes les mesures de la santé publique, ne sont pas la cause de la propagation du virus, et malgré tout, on paie toujours la facture. J’essaie de m’accrocher, je résiste et je fais le maximum. Mais ça va être difficile en 2021, il y aura un gros trou dans les finances», affirme l’homme d’affaires.

Le propriétaire du restaurant Ben & Florentine de Gatineau, Jamel Jani

Pour Manuela Teixeira, propriétaire du Chelsea Pub et du Biscotti & Cie, la région devrait carrément être une zone orange.

«Je rejoins les propos du maire (Pedneaud-Jobin) dans sa lettre (aux députés). On ne devrait pas être une zone rouge. En tout cas, ce n’est pas le nombre de cas qui le justifie. C’est parce que notre système de santé ne peut pas le prendre, apparemment. Nous sommes une région qui est à part à tous les niveaux et il faudrait peut-être arriver avec d’autres solutions, être inventif. Ce sont les entrepreneurs qui paient le prix de ne pas avoir un système de santé adéquat. Les deux prochains mois seront critiques», dit-elle.

Manuela Teixeira, propriétaire du Chelsea Pub et du Biscotti & Cie

Au restaurant Antonyme, dans le secteur Aylmer, on ne cache pas sa déception, mais on se relève les manches une fois de plus.

«Plusieurs autres semaines de fermeture, c’est dur sur le moral et c’est difficile à comprendre. Juste ici, on avait acheté au-dessus de 5000$ en plexiglas pour accommoder les gens. On considérait que les mesures étaient bonnes cet été, mais en bout de ligne, on a été forcé de fermer quand même. Ça nous fait travailler encore plus pour essayer d’attirer les gens, leur donner une raison de sortir (pour des mets à emporter)», explique le copropriétaire William Spencer St-Jean.

Le restaurant a d’ailleurs lancé une initiative avec le Bistro L’Autre Oeil avec une boîte spéciale 5 à 7 virtuels «accords mets-bières» les jeudis.

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