S’aimer quand les frontières se ferment

Sébastien Pierroz
Sébastien Pierroz
ONFR+ / Collaboration spéciale
Luc Ethier et son conjoint résident à quelques kilomètres l’un de l’autre. Mais depuis quatre mois, ils ne se sont pas vus. Lui travaille à Windsor, tandis que son compagnon vit à Détroit. Entre eux, la rivière synonyme de délimitation entre le Canada et les États-Unis est infranchissable dans ces temps de COVID-19. Les gouvernements viennent d’annoncer le maintien de la fermeture de la frontière pour les voyages non essentiels au moins jusqu’au 20 août.

Las d’attendre, Luc Ethier se rendra à Détroit dans quelques semaines. Un voyage qui s’effectuera par avion, en raison de la fermeture de la frontière terrestre. Les Canadiens restent autorisés à voyager aux États-Unis par voie aérienne.

Avant de rester dans le Michigan « au moins un mois », le périple ne sera pas de tout repos.

« Je vais devoir prendre un avion pour Toronto, et de là reprendre un avion pour Détroit. Mon conjoint ira me chercher à l’aéroport. »

Au retour au Canada, il faudra se mettre en quarantaine. « Mon employeur se montre compréhensif de la situation. Je pourrai travailler de la maison. »

La séparation justifie les heures de vol. « C’est difficile. J’aime le surprendre par des FaceTime surprise. Peut-être me trouve-t-il tannant. Nous parlons beaucoup de projets, de ce que nous allons faire quand tout sera fini, comme faire des cours de danse, ou bien voyager. »

Une résolution à long terme : vivre ensemble dans le même pays. « La pandémie démontre que la gouvernance est bien meilleure au Canada, mais nous souhaiterions tout de même travailler à Détroit. »

Un mariage annulé

S’aimer à distance, c’est aussi le défi de la Franco-Torontoise Charlotte Bédard. « Mon fiancé est américain et vit en Pennsylvanie. On devait se marier le 2 mai, mais nos projets se sont arrêtés avec la fermeture des frontières en raison du coronavirus. »

Depuis février date des derniers moments passés ensemble, le temps est long pour Charlotte Bédard.

« Je perds l’espoir que les frontières vont rouvrir, surtout lorsque je vois les chiffres d’infection. Depuis mars, l’ouverture de la frontière est sans cesse repoussée. C’est décourageant. Au début, j’étais accrochée à l’actualité tous les jours pour voir l’évolution de la crise, mais maintenant j’évite, car ça affecte mon moral. »

Et d’ajouter  : « Les raisons pour lesquelles on veut se marier, c’est qu’il puisse venir au Canada. Les frontières sont ouvertes pour les gens qui sont mariés. »

En attendant, autant prendre son mal en patience.

« On s’envoie des messages durant la journée, et le soir, on s’appelle par Skype. On laisse allumer, même si on ne se parle pas, pour dire d’être ensemble. »

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