La voiture est pour sa part entreposée chez le concessionnaire depuis août 2018, où elle est aussi à vendre « telle quelle ».
La voiture est pour sa part entreposée chez le concessionnaire depuis août 2018, où elle est aussi à vendre « telle quelle ».

Sa Lamborghini jaunit à la chaleur

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
L’expertise de l’évaluateur automobile granbyen Denis Fausse se retrouve au cœur d’une poursuite de plus de 400 000 $ intentée par un Montréalais et son fils à l’endroit d’un concessionnaire Lamborghini.

En tout près de 40 ans de carrière, M. Fausse n’avait jamais vu un tel phénomène : exposée à la chaleur ou au soleil, la peinture blanche du véhicule, une Lamborghini Huracan Spyder 2017, tourne au jaune.

Ce faisant, le rêve de Gasparino Caruso est devenu « un cauchemar total », note la poursuite rapportée d’abord par Le Journal de Montréal, jeudi matin.

M. Caruso avait reçu la voiture de luxe en cadeau de son père Calogero, un homme d’affaires de Montréal. Celui-ci avait réhypothéqué sa résidence pour acquérir le véhicule en juillet 2017 pour la somme de 365 000 $ plus taxes auprès du concessionnaire John Scotti Automotive.

Au retour d’une première escapade de 440 kilomètres, M. Caruso, fils, remarque un changement de couleur de la peinture à l’arrière de la voiture. 

Le plaignant et son père retournent donc chez le concessionnaire, qui leur dit que le changement de couleur de la peinture n’est que le reflet du soleil sur la carrosserie. Or, même à l’intérieur, dans un garage, l’effet jaunâtre est bien visible, allèguent-ils.

Le concessionnaire pose alors l’hypothèse que la chaleur émise par le moteur de la voiture pourrait être en cause. 

Insatisfaits, les Caruso ont retourné la Lamborghini chez le concessionnaire, qui a fait venir un spécialiste d’Italie pour inspecter la voiture. Un représentant de Lamborghini U.S.A a pour sa part reconnu que le changement de couleur observé n’était pas normal et leur a offert de remplacer les parties de la voiture touchées par le problème ou de les repeindre, ce qui ne devrait pas miner la valeur de l’automobile.

Dommages

La voiture est entreposée chez le concessionnaire depuis août 2018, où elle est aussi à vendre « telle quelle » pour 349 900 $.

Jugeant la situation « inacceptable », les demandeurs réclament le remboursement de 366 662,21 $ avec intérêts pour l’achat du véhicule ainsi que le remboursement de tous les frais d’assurances, d’immatriculation et d’hypothèque encourus depuis l’entreposage du véhicule. Les Caruso offrent aussi l’option au concessionnaire de remplacer le véhicule par un neuf ou de le décaper et de le repeindre entièrement, à ses frais.

À l’une ou l’autre de ces options s’ajoute une requête en dommages de 50 000 $ pour pallier le « stress, aux inconvénients et aux journées de congé » prises en raison de la situation. 

L’expertise de l’évaluateur automobile granbyen Denis Fausse se retrouve au coeur d’une poursuite de plus de 400 000$ intentée par un Montréalais et son fils à l’endroit d’un concessionnaire Lamborghini.

La chaleur en cause, estime Denis Fausse

Les Caruso ont sollicité l’expertise de M. Fausse en avril 2019. 

« C’est la première fois dans toute ma carrière que je voyais ça », se rappelle l’expert, en faisant référence au changement de couleur de la peinture. 

« La peinture jaunit là où le moteur chauffe. Alors soit le moteur vient trop chaud, soit c’est un défaut dans la peinture, suppose-t-il. Il n’y a que la chaleur qui peut expliquer ça. »

Hormis de remplacer le véhicule, le concessionnaire n’a pas vraiment d’autre choix que de repeindre la voiture en entier s’il veut en maintenir la valeur.

« Il faudrait que la voiture soit décapée au complet et repeinte à neuf par la compagnie pour que sa valeur ne soit pas altérée, et ça, ça coûte très cher, explique M. Fausse. Si on ne fait que repeindre la section arrière, la voiture ne sera plus originale et par le fait même, sa valeur sera altérée également. »

« Et puis, est-ce que la peinture va jaunir encore après ça ? », demande-t-il. 

Le rapport de M. Fausse, remis le 1er mai 2019 indique qu’une voiture de luxe repeinte perd environ 20 % de sa valeur initiale. « Selon nous, si on repeint cette voiture, elle sera dépréciée de 73 332,44 $ plus les taxes, à moins qu’il soit possible de garantir qu’il n’y paraîtrait rien avec des retouches, ce qui est impossible selon le concessionnaire. »

M. Fausse évaluait également la voiture à 293 329,78 $ au moment de son évaluation, fait valoir la requête.

Denis Fausse s’attend à être convoqué pour aller témoigner en Cour, si les Caruso en font la demande. « Si on me le demande, je me déplacerai », a-t-il fait savoir.