Les ruines des rapides Deschênes
Les ruines des rapides Deschênes

Ruines des rapides Deschênes: un joyau régional en danger

Mathieu Bélanger
Mathieu Bélanger
Le Droit
EXCLUSIF / Après avoir mis sur la glace son intention de démolir les ruines des rapides Deschênes, sur la rivière des Outaouais, le ministère des Transports du Québec (MTQ) met de nouveau le pied sur l’accélérateur et fait savoir qu’à défaut d’avoir une offre d’achat sérieuse pour le site d’ici un mois, il rasera les vestiges du vieux barrage en 2022, a appris Le Droit

Une note dont nous avons obtenu copie, envoyée le 12 juin dernier par le directeur régional du MTQ, François Asselin, à plusieurs ministères fédéraux et provinciaux, aux villes de Gatineau et d’Ottawa ainsi qu’à la Commission de la capitale nationale (CCN) et à Tourisme Outaouais (TO), a froissé de nombreux partenaires avec qui le MTQ collabore pourtant depuis trois ans sur un projet d’envergure internationale au même endroit. 

Eau Vive Québec (EVQ), la fédération provinciale qui réglemente la pratique sportive et sanctionne les événements et compétitions de sports d’eau vive, travaille avec de nombreux partenaires depuis quelques années sur l’aménagement d’un parc nautique unique en Amérique du Nord aux rapides Deschênes. Le potentiel de l’endroit est à ce point gigantesque que plusieurs acteurs économiques et politiques de la région somment le MTQ de respirer par le nez et l’invitent vivement à suspendre la mise en vente des vieilles ruines. 

À commencer par le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin. 

«S’il y a un enjeu de sécurité important, qu’on le gère autrement qu’en démolissant, qu’on agisse sur l’accès, mais on ne démolit pas un vestige comme ça, lance-t-il. Il y a là un projet unique avec un potentiel récréotouristique exceptionnel qui devrait intéresser le gouvernement. Il faut donner le temps aux partenaires de monter leur dossier.»

Le projet pourrait générer annuellement autour de 10 millions $ en retombées économiques, uniquement pour l’utilisation du site des ruines des rapides Deschênes par les adeptes de sports d’eau vive.

Coupe du monde

Ce qui surprend le plus dans le changement de cap du MTQ, qui est impliqué dans toutes les discussions concernant ce projet depuis 2017, c’est que l’étude de faisabilité du projet vient tout juste d’être terminée. EVQ n’attend que l’occasion de pouvoir la présenter à ses nombreux partenaires. 

«Les retombées économiques sont très encourageantes, lance Julie Crépeau-Boisvert, directrice générale de EVQ. C’est un endroit unique, dans un milieu urbain, à Gatineau, à côté d’Ottawa et près de Montréal. Tous les atouts sont là. On a les ingrédients pour une recette gagnante. Le potentiel est énorme.»

Selon nos informations, le projet pourrait générer annuellement autour de 10 millions $ en retombées économiques, uniquement pour l’utilisation du site par les adeptes de sports d’eau vive. 

À cela s’ajouteraient des revenus générés par la vente de billets pour des événements sportifs et culturels et tout ce que peut représenter un événement de classe internationale comme une étape de coupe du monde.

Le site des ruines des rapides Deschênes pourrait servir de lieu de formation pour le sauvetage en eaux vives.

«Ruins Wave»

Le secret des rapides Deschênes, c’est la «Ruins Wave», une vague de réputation mondiale. La configuration du site en fait quelque chose d’unique. «Ça vient de partout dans le monde pour faire cette vague au moins une fois, explique Julie Crépeau-Boisvert. Les pros passent par là. Une fois aménagé, cet endroit pourrait accueillir des étapes de la coupe du monde, des championnats nationaux. On pourrait y tenir des événements compétitifs de haut niveau chaque année.» 

D’autres sections du site offrent des niveaux de difficulté moindre, assez pour y faire de l’enseignement et de l’initiation aux sports d’eau vive. 

Le site pourrait aussi servir de lieu de formation pour le sauvetage en eaux vives. Le projet développé par EVQ permettrait de sécuriser entièrement le site. 

L’aménagement conserverait l’aspect naturel du parc, même si des infrastructures temporaires comme des gradins pourront y être installées.

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LA CLASSE POLITIQUE SE MOBILISE

Un site patrimonial. Une réputation déjà mondiale. Un projet d’envergure internationale qui cadre exactement avec l’ambitieux plan de plein air urbain de Gatineau et de l’industrie touristique de toute la région. Des retombées économiques importantes. 

Voilà ce que le ministère des Transports du Québec (MTQ) s’apprête à anéantir s’il met à exécution son plan de démolition des ruines des rapides Deschênes. La levée de boucliers a été immédiate.

« Le MTQ a les reins solides, rappelle le maire Maxime Pedneaud-Jobin. Les ruines, c’est son infrastructure et il devrait s’en occuper. La responsabilité du patrimoine est partagée et le MTQ devrait agir en bon propriétaire de biens patrimoniaux. »

Le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin

La directrice générale de Tourisme Outaouais, France Bélisle, appelle pour sa part le MTQ au « respect des partenaires ». Son appel d’intérêt pour vendre le site immédiatement, faute de quoi il le démolira, en pleine crise de la COVID, au beau milieu de l’été, doit être suspendu, dit-elle. « J’invite le ministère à jouer en équipe et à considérer le potentiel économique que ce projet représente », a-t-elle ajouté. 

Fortin et Lacombe

Le député libéral de Pontiac, André Fortin, avait empêché la démolition des ruines une première fois en 2017, alors qu’il était le ministre des Transports. Il entend récidiver. « Nous allons faire parvenir sous peu une demande formelle de report afin de permettre aux groupes intéressés d’aller au bout de leur démarche visant la revalorisation de ce site, a-t-il affirmé. C’est un endroit qui continue de représenter un potentiel récréotouristique et patrimonial intéressant pour la région. Il serait donc prématuré de le démolir alors qu’un groupe travaille toujours sur une solution possible. »

Le député libéral de Pontiac, André Fortin

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe, souvent à couteaux tirés avec M. Fortin à l’Assemblée nationale, assure le député de Pontiac de sa « pleine collaboration dans ce dossier » et soutient que sa « porte est toujours ouverte afin de l’accompagner dans ses démarches ».

Le ministre responsable de l’Outaouais, Mathieu Lacombe