Le propriétaire de Verner Construction, Charles Verner
Le propriétaire de Verner Construction, Charles Verner

Ruée vers le bois d'oeuvre: des constructeurs paient la note

Benoit Sabourin
Benoit Sabourin
Le Droit
La hausse vertigineuse du prix du bois d’œuvre affecte plusieurs entrepreneurs en construction de l’Outaouais qui voient aujourd’hui leur marge de profit fondre de manière considérable.

Si vous avez magasiné pour une maison neuve au printemps et que vous avez finalement repoussé le projet de vos rêves à cet automne, c’était définitivement une très mauvaise décision, du moins, d’un point de vue financier.

Charles Verner est propriétaire de Verner Construction, une entreprise de L’Ange-Gardien spécialisée dans la construction de maisons sur mesure. L’entrepreneur réalise une dizaine de projets par année. L’homme d’affaires scrute chaque semaine les listes de prix du bois. La moitié de ses chantiers pour 2020 ont fait l’objet d’une signature de contrat avant que le coût du bois de charpente commence à grimper en flèche cet été.

À LIRE AUSSI: Les effets pervers d'une ruée vers le bois de construction

« J’ai fait des estimés à mes clients en début de saison en me basant sur le prix des matériaux d’avril, mai ou juin, mais entre le moment où on fait l’estimé et le moment où on commence la construction, il y a un délai de quelques mois. On arrive aujourd’hui pour débuter la construction et le prix du bois d’œuvre a augmenté d’environ 60 %. Je suis bien inconfortable de revenir voir mes clients, de justifier cette augmentation-là et de leur demander de partager une partie de la facture avec moi. Je préfère encaisser le coup pour maintenir ma relation de confiance avec le client, mais s’il y a d’autres augmentations des matériaux qui deviennent juste trop importantes en septembre, je n’aurai peut-être pas le choix d’essayer d’approcher mes gens pour voir s’il y a possibilité de collaborer », confie M. Verner.

La vice-présidente de l’entreprise Silva Construction, Karine Silva, souligne que le bois d’œuvre représente environ 10 % de la facture d’un projet de construction neuve. Dans le contexte actuel, les entrepreneurs qui fonctionnent avec des contrats à prix fixe n’ont d’autre choix que de réduire leur marge de profit.

« Est-ce qu’il va y avoir une hausse de prix sur les prochains contrats que nous allons signer ? Absolument. Jusqu’à quel point ? C’est difficile à dire. On y va de semaine en semaine parce qu’avec la COVID-19 et la fluctuation des prix, nous sommes vraiment dans le néant, mais il faut, comme contracteur, trouver une façon de se protéger. Il faudra éventuellement avoir une clause contractuelle sur la question de l’indexation des matériaux et des problèmes d’approvisionnement », dit-elle à propos de la situation.


« J’ai fait des estimés à mes clients en début de saison en me basant sur le prix des matériaux d’avril, mai ou juin, mais entre le moment où on fait l’estimé et le moment où on commence la construction, il y a un délai de quelques mois. »
Charles Verner

Si la rareté des matériaux de bois observée en ce moment n’est que la pointe de l’iceberg et que la pénurie s’envenime, c’est un scénario bien pire qui pourrait s’abattre sur l’industrie de la construction dans la région et partout au Québec.

Délais de livraison

« Il y a la question du prix, mais il y a aussi la question des délais. Payer ton bois plus cher, c’est une chose, mais si je me suis engagée à livrer une maison le 20 décembre et qu’il n’y a plus de bois sur le marché, je n’ai pas le choix de repousser le projet. Il y a tellement d’enjeux mélangés. Ça va durer combien de temps tout ça ? J’ose espérer que ça va se régler dans les prochaines semaines ou prochains mois », affirme l’entrepreneure.

Si personne ne possède de boule de cristal pour prédire l’avenir, Sylvain Chartrand, directeur des achats chez Matériaux Bonhomme, a bon espoir que toute cette escalade de l’offre et de la demande va se résorber par elle-même d’ici l’hiver. Celui qui travaille depuis près de 35 ans dans « les cours à bois » et le domaine des matériaux de construction demeure optimiste.

« C’est absolument impossible que le prix du bois reste aussi élevé. Quand la neige va arriver, vers la fin de l’automne, la demande va baisser et le prix aussi. Ça ne peut pas rester à ces niveaux-là. Je regarde le graphique, je parle avec nos fournisseurs. En quelque part, l’épinette dans le bois n’a pas fait fois trois (avec le prix) à cause de la COVID », de conclure M. Chartrand.