Le premier ministre François Legault, entouré du directeur national de la santé publique Horacio Arruda et de la ministre de la Santé Danielle McCann.
Le premier ministre François Legault, entouré du directeur national de la santé publique Horacio Arruda et de la ministre de la Santé Danielle McCann.

Rouvrir les écoles avant le 4 mai? Le yin et le yang de François Legault [VIDÉO]

Olivier Bossé
Olivier Bossé
Le Soleil
«On n’exclut pas de rouvrir les écoles puis les garderies avant le 4 mai», a lâché François Legault, à la surprise des Québécois. Plus d’enfants seront alors infectés par la COVID-19, mais ils n’auront qu’à se tenir loin de leurs grands-parents.

Voilà le yin et le yang avec lequel jongle le premier ministre du Québec dans cette crise. La fameuse «balance des inconvénients» dont il parle depuis le début de ses points de presses quotidiens, il y a un mois.

Au bout de quatre semaines de confinement, M. Legault estime maintenant que les Québécois ont besoin d’«un peu d’espoir», a-t-il affirmé, pensant entre autres «aux entrepreneurs et aux parents d’enfants turbulents».

Depuis que les spécialistes de l’Institut national de santé publique du Québec et du ministère de la Santé et des Services sociaux ont annoncé mardi que le sommet de l’épidémie était attendu autour du 18 avril, le premier ministre se montre plus optimiste que jamais.

Depuis quelques jours, son discours porte surtout sur la réouverture de l’activité sociale et surtout économique de la province.

Vague «moins haute qu’ailleurs»

«Il y a toutes raisons de croire qu’on est en train d’atteindre le fameux pic, le fameux sommet. Donc, ça va se stabiliser, ensuite redescendre. Puis je pense qu’on va, en tout cas, je l’espère, être capables, dans les prochains jours, de passer à une nouvelle étape», a dit un M. Legault encore positif, vendredi, avant de prendre pour Pâques deux jours de congé loin des journalistes.

«Ce qu’on voit aussi, puis on est prudents, c’est qu’on est en train d’atteindre le haut de la vague. Les augmentations se stabilisent, donc on est en train d’atteindre le haut de la vague puis en plus, la vague est moins haute qu’ailleurs, est moins haute même qu’on avait anticipé.»

Mais personne ne se réjouit de voir 25 nouveaux décès survenus de jeudi à vendredi, ce qui porte le décompte à 241 Québécois morts de la maladie à coronavirus jusqu’ici.

On compte dorénavant 11 677 cas confirmés, dont 733 traités dans nos hôpitaux. Cette fois avec 54 de plus en 24 heures, ce nombre n’a juste jamais pris la tangente exponentielle tant crainte au début et pour laquelle le gouvernement avait libéré jusqu’à 8000 lits.

Même que vendredi, on comptait 186 patients alités aux soins intensifs, 10 de moins que la veille!

«On voit que le nombre de personnes hospitalisées et aux soins intensifs se stabilise encore. Ça commence à faire quelques journées de suite. Évidemment, on va continuer d’avoir des décès. En particulier dans les CHSLD, parce qu’on a, dans les CHSLD, des personnes qui sont déjà malades, donc qui sont plus vulnérables lorsqu’elles sont atteintes de COVID-19», constate le premier ministre.

«Chômage beaucoup plus élevé»

M. Legault constate aussi que «l’ampleur du chômage est beaucoup plus élevée» que les 8,1 % annoncés jeudi pour le mois de mars au Québec. En février, le Québec montrait son plus bas taux de chômage depuis 1976, 4,5 %.

«On est en train de faire l’évaluation, secteur par secteur, de combien d’emplois ont disparu depuis le début de la crise pour se donner un plan pour rouvrir éventuellement les différents secteurs, a-t-il assuré.

Rouvrir. Le mot magique. Mais aussi piégé, en même temps. Toujours trouver l’équilibre entre l’économique et la santé publique.

Souffler à la fois le chaud et le froid. Comme vendredi, alors que le gouvernement a aussi demandé d’annuler tous les festivals et événements publics sportifs et culturels prévus sur le territoire québécois jusqu’au 31 août.

Mais si on veut retourner des gens au travail, leurs enfants, surtout ceux de l’école primaire, ne peuvent pas rester seuls à la maison. De là l’idée de rouvrir les écoles et garderies avant le 4 mai, deuxième date annoncée il y a déjà deux semaines après celle du 30 mars.

«C’est plus que sérieux», confirme le premier ministre Legault.

«Il n’y a rien de décidé encore. On va suivre les résultats jour par jour. Mais comme on l’a souvent dit, les enfants sont beaucoup moins à risque. Ce qu’il va falloir s’assurer quand on va rouvrir les écoles puis les garderies, c’est que les enfants ne passent pas du temps proche de leurs grands-parents. C’est malheureux et je sais que les grands-parents aiment ça voir leurs petits-enfants, mais pendant un certain temps, il va falloir absolument éviter ça. Mais vous le voyez, dans les résultats, il y a très peu d’enfants qui subissent des conséquences graves.»

«Il pourrait avoir un scénario où il va avoir une réouverture partielle avec les parents, quand il y a un des deux parents qui peut retourner travailler, ou ceux qui n’ont pas d’enfants jeunes. Et peut-être dans un deuxième temps, une fois les écoles, les garderies ouvertes, rouvrir davantage l’économie. Mais tout ça, ce sont des scénarios qu’on regarde. Ce dont on a besoin, c’est de l’accord de la Santé publique», ajoute-t-il.

«On ne veut pas être des dictateurs»

Car aussi pressé peut être le comptable devenu premier ministre de relancer l’économie, il a toujours le médecin au-dessus de son épaule pour le guider dans ses décisions.

Directeur national de santé publique du Québec, Horacio Arruda rebat les oreilles des Québécois depuis un mois avec ses directives de séparation de deux mètres et de lavage de mains.

Il a quand même adapté son discours, au cours des derniers jours. «On ouvre le robinet progressivement, on mesure, on ouvre le robinet, on mesure… [...] Je veux faire confiance aux Québécois. On ne veut pas contraindre encore trop longtemps», a dit le Dr Arruda.

«Il n’y a personne qui veut qu’on reste dans cet état-là. Psychologiquement, c’est trop difficile. On ne veut pas être des dictateurs, mais on veut éviter qu’on reprenne une hausse importante, exponentielle, qu’on a évitée. [...] Mais il faut surtout être prudents, ne pas penser que c’est bar open demain matin par rapport à la distanciation sociale.

«C’est important qu’une société fonctionne aussi, quelque part, sinon : augmentation de la violence, enfants battus, dépressions, suicides. Tout ça, c’est associé à des éléments de confinement, puis à un moment donné, on finit par devenir fou si on est toujours enfermé.»

Le Québec a été mis en pause d’un coup, comme avec un interrupteur on-off. Le Dr Arruda illustre la relance avec un gradateur. «Il faut doser tout ça», résume le premier ministre Legault.